{"id":37866,"date":"2025-04-22T23:07:36","date_gmt":"2025-04-22T23:07:36","guid":{"rendered":"https:\/\/alger16.dz\/?p=37866"},"modified":"2025-08-19T19:27:41","modified_gmt":"2025-08-19T19:27:41","slug":"le-couscous-de-retailleau-des-echanges-commerciaux-algero-francais-et-une-algerie-en-pleine-ascension-focus-sur-les-evenements-politico-economiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alger16.dz\/?p=37866","title":{"rendered":"Le \u00ab\u00a0couscous\u00a0\u00bb de Retailleau, des \u00e9changes commerciaux alg\u00e9ro-fran\u00e7ais et une Alg\u00e9rie en pleine ascension: Focus sur les \u00e9v\u00e9nements politico-\u00e9conomiques"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"621\" src=\"https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/alg2-1024x621.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-37867\" srcset=\"https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/alg2-1024x621.jpg 1024w, https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/alg2-300x182.jpg 300w, https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/alg2-768x465.jpg 768w, https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/alg2-1536x931.jpg 1536w, https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/alg2.jpg 1980w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Lors de l\u2019\u00e9mission \u00abHebdo Show\u00bb diffus\u00e9 dimanche dernier sur la cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision AL24 News, plusieurs experts sont revenus sur les retomb\u00e9es \u00e9conomiques de la nouvelle d\u00e9gradation des relations franco-alg\u00e9riennes.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Par G. Salah Eddine<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 peine quinze jours apr\u00e8s une accalmie apparente marqu\u00e9e par un \u00e9change t\u00e9l\u00e9phonique entre les pr\u00e9sidents Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron, les relations alg\u00e9ro-fran\u00e7aises replongent dans une nouvelle phase de crispation. Cette escalade inattendue intervient dans un contexte o\u00f9 l\u2019on esp\u00e9rait une stabilisation, voire une relance du dialogue bilat\u00e9ral, notamment apr\u00e8s la visite \u00e0 Alger du ministre fran\u00e7ais d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 charg\u00e9 de l&rsquo;Europe, Jean-No\u00ebl Barrot.<br>Mais l&rsquo;arrestation controvers\u00e9e, le 8 avril dernier, d\u2019un agent consulaire alg\u00e9rien \u00e0 Paris, a brutalement raviv\u00e9 les tensions. Ce geste, interpr\u00e9t\u00e9 par Alger comme une provocation, a d\u00e9clench\u00e9 une s\u00e9rie de mesures r\u00e9ciproques, parmi lesquelles des expulsions diplomatiques en cascade et le rappel de l\u2019ambassadeur de France en Alg\u00e9rie.<br>Pour Mehdi Ghezzar, chroniqueur r\u00e9gulier de l\u2019\u00e9mission, cette d\u00e9t\u00e9rioration brutale r\u00e9v\u00e8le une d\u00e9rive inqui\u00e9tante dans la mani\u00e8re dont les relations entre les deux pays sont m\u00e9diatis\u00e9es et g\u00e9r\u00e9es. \u00abNous sommes pass\u00e9s d&rsquo;une communication entre deux personnes sens\u00e9es que sont les pr\u00e9sidents Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron \u2014 des personnes r\u00e9fl\u00e9chies, avec un but commun : la r\u00e9ussite des relations bilat\u00e9rales \u2014 \u00e0 du m\u00e9dia training de basse qualit\u00e9, avec des m\u00e9dias mainstream qui relatent des faits compl\u00e8tement d\u00e9connect\u00e9s de toute r\u00e9alit\u00e9.\u00bb<br>Ce constat r\u00e9sonne avec les inqui\u00e9tudes exprim\u00e9es par de nombreux observateurs sur l\u2019amateurisme croissant qui entoure les \u00e9changes officiels entre Alger et Paris. Le recours excessif aux canaux m\u00e9diatiques, souvent au d\u00e9triment des proc\u00e9dures diplomatiques classiques, fragilise une relation d\u00e9j\u00e0 marqu\u00e9e par l&rsquo;histoire, les blessures m\u00e9morielles et des int\u00e9r\u00eats g\u00e9ostrat\u00e9giques parfois divergents.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les nouvelles lignes de fracture<br><\/strong>La m\u00e9canique diplomatique franco-alg\u00e9rienne s\u2019est de nouveau gripp\u00e9e, nourrie cette fois par des contentieux \u00e0 la fois judiciaires et symboliques. Au c\u0153ur de cette r\u00e9surgence de tensions : la question de l\u2019ing\u00e9rence per\u00e7ue, et la m\u00e9moire douloureuse de pr\u00e9c\u00e9dents diplomatiques non r\u00e9solus.<br>Fay\u00e7al M\u00e9taoui, journaliste et analyste, d\u00e9nonce une forme d\u2019asym\u00e9trie dans le traitement des affaires judiciaires sensibles : \u00abOn \u00e9voque effectivement cette question de justice ind\u00e9pendante en France, et on fait pression sur l\u2019Alg\u00e9rie pour lib\u00e9rer un \u00e9crivain poursuivi par la justice alg\u00e9rienne. On exige sa lib\u00e9ration, comme si la justice alg\u00e9rienne n\u2019\u00e9tait pas souveraine.\u00bb<br>Ce d\u00e9bat relance une probl\u00e9matique r\u00e9currente dans les relations franco-alg\u00e9riennes : celle de la reconnaissance mutuelle des institutions et de leur ind\u00e9pendance. M\u00e9taoui insiste sur un point fondamental : \u00abSi la justice est ind\u00e9pendante en France, elle l\u2019est aussi en Alg\u00e9rie. Sansal, qui est un citoyen alg\u00e9rien, est poursuivi selon les termes de la justice alg\u00e9rienne.\u00bb<br>Dans ce contexte, l\u2019affaire de l\u2019\u00e9crivain alg\u00e9rien n\u2019est pas isol\u00e9e. Elle s\u2019inscrit dans une s\u00e9quence politique o\u00f9 les symboles sont instrumentalis\u00e9s, parfois opportun\u00e9ment. Ainsi, Fay\u00e7al M\u00e9taoui rappelle un \u00e9pisode troublant survenu quelques jours seulement apr\u00e8s la visite \u00e0 Alger de Jean-No\u00ebl Barrot, ministre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 charg\u00e9 de l\u2019Europe, re\u00e7u officiellement par le pr\u00e9sident Abdelmadjid Tebboune : \u00abLa paire invoqu\u00e9e, la peur du kidnapping d\u2019un Alg\u00e9rien en exil en France, a refait surface le 29 avril 2024, soit deux jours apr\u00e8s la venue de M. Barrot. On ne peut pas ne pas faire le lien.\u00bb<br>Et d&rsquo;ajouter, en soulignant l\u2019ancrage historique de ce type d\u2019affaires : \u00abJe voulais rappeler une affaire remontant au 14 ao\u00fbt 2008. \u00c0 cette \u00e9poque, Mohamed Ziane Hassani, alors directeur du protocole du minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res, avait \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 \u00e0 l\u2019a\u00e9roport de Marseille, poursuivi pour complicit\u00e9 d\u2019assassinat d\u2019un opposant, Ali Mecili. Une affaire datant de 1987, dans laquelle il s\u2019est av\u00e9r\u00e9 plus tard qu\u2019il n\u2019y avait aucun lien entre M. Hassani et ce crime.\u00bb<br>Ce rappel, lourd de sens, renvoie \u00e0 une constante dans les relations bilat\u00e9rales : la r\u00e9activation de dossiers judiciaires sensibles au gr\u00e9 des agendas politiques.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L&rsquo;\u00e9conomie franco-alg\u00e9rienne au bord du gouffre<br><\/strong>Dans ce climat fragile, les entrepreneurs et responsables \u00e9conomiques redoutent une d\u00e9gradation durable, comparable \u00e0 celle qui avait suivi la crise avec Madrid en 2022.<br>Michel Bisac, pr\u00e9sident de la Chambre de commerce et d\u2019industrie alg\u00e9ro-fran\u00e7aise (CCIAF), tire la sonnette d\u2019alarme sur un volet souvent rel\u00e9gu\u00e9 au second plan : l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle, celle des \u00e9changes, des entreprises et des emplois.<br>\u00abJe pense qu\u2019on n\u2019arrive pas \u00e0 comprendre en France, du moins dans une certaine classe politique, les cons\u00e9quences dramatiques que cette crise pourrait engendrer sur le plan \u00e9conomique. C\u2019est pourtant \u00e9vident. \u00bb<br>L\u2019industriel rappelle \u00e0 ce titre l\u2019\u00e9pisode marquant de la crise diplomatique entre Alger et Madrid en 2022, qui avait vu l\u2019Alg\u00e9rie suspendre brutalement une partie de ses \u00e9changes avec l\u2019Espagne. \u00abHier encore, je rappelais ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 avec l\u2019Espagne. Les bateaux avaient d\u00fb faire demi-tour alors qu\u2019ils \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 en route pour les ports alg\u00e9riens.\u00bb Selon lui, un sc\u00e9nario similaire avec la France aurait des cons\u00e9quences d\u2019une tout autre ampleur : \u00abSi jamais l\u2019Alg\u00e9rie d\u00e9cidait de prendre le m\u00eame type de mesures \u00e0 l\u2019encontre de la France, ce sont cinq milliards d\u2019euros qui partent en fum\u00e9e imm\u00e9diatement.\u00bb Une estimation qui n\u2019a rien d\u2019anecdotique : \u00abPour \u00eatre plus pr\u00e9cis, il s\u2019agit de 4,8 milliards d\u2019euros, correspondant aux importations fran\u00e7aises vers l\u2019Alg\u00e9rie.\u00bb<br>Ce tissu d\u2019\u00e9changes soutient actuellement des milliers d\u2019emplois : Il y a environ 6 000 entreprises fran\u00e7aises qui travaillent pour ou avec l\u2019Alg\u00e9rie. Ces entreprises se retrouveraient en tr\u00e8s grande difficult\u00e9 si les relations commerciales venaient \u00e0 se figer ou \u00e0 se rompre.\u00bb D\u2019o\u00f9 son insistance : \u00abC\u2019est ce que je veux absolument marteler, car aujourd\u2019hui, nous sommes dans une situation critique.\u00bb<br>Michel Bisac \u00e9voque \u00e9galement l\u2019instabilit\u00e9 \u00e9motionnelle qui caract\u00e9rise ces derni\u00e8res semaines les relations bilat\u00e9rales : \u00abJusqu\u2019\u00e0 r\u00e9cemment, j\u2019avais encore beaucoup d\u2019espoir. On a v\u00e9cu une sorte d\u2019ascenseur \u00e9motionnel : une phase de d\u00e9gradation, suivie d\u2019une embellie soudaine, puis une rechute brutale.\u00bb<br>Ce regain de tension, selon lui, brise le fragile processus de r\u00e9conciliation enclench\u00e9 par les deux chefs d\u2019\u00c9tat : \u00abCette embellie, n\u00e9e de conversations prolong\u00e9es entre les pr\u00e9sidents Tebboune et Macron, a \u00e9t\u00e9 brutalement cass\u00e9e par des d\u00e9cisions qui rel\u00e8vent, non pas de la diplomatie, mais d\u2019un emballement politique, voire m\u00e9diatique, d\u00e9connect\u00e9 des r\u00e9alit\u00e9s \u00e9conomiques.\u00bb<br>L\u2019appel de Michel Bisac est clair : il enjoint les autorit\u00e9s fran\u00e7aises \u00e0 mesurer l\u2019impact potentiel de cette spirale conflictuelle sur les int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques des deux pays. \u00abL\u2019\u00e9conomie devrait rester un terrain pr\u00e9serv\u00e9, un espace de stabilit\u00e9 m\u00eame lorsque la diplomatie chancelle.\u00bb \u00c0 d\u00e9faut, c\u2019est un pan entier des relations franco-alg\u00e9riennes qui risque de s\u2019effondrer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une tentative d\u2019humiliation de l\u2019Alg\u00e9rie<br><\/strong>Dans ce contexte tendu o\u00f9 chaque geste, chaque d\u00e9claration semble raviver un conflit latent entre Paris et Alger, certaines voix alertent sur la gravit\u00e9 symbolique et g\u00e9opolitique de la situation. Pour Badis Khenissa, expert en g\u00e9opolitique, ce qui se joue d\u00e9passe largement le cadre d\u2019un simple malentendu diplomatique. Selon lui, \u00abtorpiller le dialogue, avec du recul, c\u2019est aussi humilier l\u2019Alg\u00e9rie.\u00bb<br>Il pointe du doigt l\u2019attitude de certains responsables politiques fran\u00e7ais, \u00e0 commencer par Bruno Retailleau, chef de file des s\u00e9nateurs Les R\u00e9publicains, qu\u2019il accuse d\u2019avoir volontairement jet\u00e9 de l\u2019huile sur le feu\u00bb. \u00abRetailleau, c\u2019est pour moi l\u2019architecte principal de cette brouille. Il voit dans l\u2019Alg\u00e9rie non pas un partenaire strat\u00e9gique, mais un levier \u00e9lectoral. C\u2019est l\u00e0 que le glissement commence\u00bb, d\u00e9nonce-t-il, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une posture politicienne qui instrumentaliserait la relation franco-alg\u00e9rienne \u00e0 des fins de politique int\u00e9rieure fran\u00e7aise. Mais c\u2019est surtout l\u2019arrestation brutale d\u2019un ressortissant alg\u00e9rien sur le sol fran\u00e7ais, dans des conditions jug\u00e9es humiliantes, qui concentre sa col\u00e8re. \u00abDans quelles conditions cette arrestation a-t-elle eu lieu ? En pleine rue, dans une mise en sc\u00e8ne quasi-militaire, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un repris de justice s\u2019indigne-t-il, soulignant que cette m\u00e9thode constitue une violation flagrante des conventions internationales.<br>\u00abCe sont des m\u00e9thodes de voyou\u00bb, l\u00e2che-t-il enfin, visiblement outr\u00e9, tout en appelant \u00e0 la retenue et au respect mutuel. \u00abL\u2019Alg\u00e9rie n\u2019a jamais agi ainsi, m\u00eame dans des contextes bien plus graves. Le contraste est saisissant.\u00bb<br>Pour Khenissa, la France prend le risque de mettre en p\u00e9ril non seulement une relation diplomatique, mais aussi un \u00e9quilibre strat\u00e9gique en M\u00e9diterran\u00e9e. \u00abIl faut revenir \u00e0 un dialogue digne, respectueux et d\u00e9barrass\u00e9 des arri\u00e8re-pens\u00e9es \u00e9lectoralistes. Ce n\u2019est pas avec des postures de domination qu\u2019on construit une relation bilat\u00e9rale solide.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Des m\u00e9thodes d\u2019intimidation indignes<br><\/strong>Par ailleurs, plusieurs analystes politiques d\u00e9noncent une spirale inqui\u00e9tante faite de provocations, de postures \u00e9lectoralistes et de d\u00e9cisions \u00e0 l\u2019emporte-pi\u00e8ce. Parmi eux, Gamal Abina, analyste politique reconnu pour ses prises de position directes, tire la sonnette d\u2019alarme sur ce qu\u2019il qualifie de m\u00e9thodes de voyou\u00bb d\u00e9ploy\u00e9es contre des citoyens franco-alg\u00e9riens et alg\u00e9riens r\u00e9sidant en France. \u00c0 l\u2019origine de sa col\u00e8re : l\u2019interpellation, \u00e0 l\u2019a\u00e9roport, d\u2019une journaliste culturelle franco-alg\u00e9rienne, qu\u2019il conna\u00eet personnellement depuis plusieurs ann\u00e9es. \u00abElle n\u2019a rien d\u2019une activiste politique, encore moins d\u2019une pol\u00e9miste. Elle travaille dans la culture, elle fait son m\u00e9tier avec discr\u00e9tion et s\u00e9rieux. Et pourtant, elle a \u00e9t\u00e9 retenue 45 minutes, interrog\u00e9e, surveill\u00e9e, fouill\u00e9e\u2026 Pour quoi ? Pour qui ? interroge-t-il avec gravit\u00e9.<br>Pour Abina, cet acte n\u2019est pas isol\u00e9 mais s\u2019inscrit dans un climat g\u00e9n\u00e9ral de suspicion et de pression cibl\u00e9e. Il \u00e9voque \u00abdes directives\u00bb qui viseraient, selon lui, \u00e0 \u00ab faire des coups de pression contre les binationaux et les Alg\u00e9riens en g\u00e9n\u00e9ral\u00bb. Il emploie des termes forts, assum\u00e9s : \u00abCe sont des m\u00e9thodes d\u2019intimidation, de voyou. \u00bb<br>Et l\u2019analyste ne m\u00e2che pas ses mots \u00e0 l\u2019encontre de ceux qu\u2019il consid\u00e8re comme les artisans de cette d\u00e9rive. \u00abMonsieur Retailleau a un probl\u00e8me obsessionnel avec l\u2019Alg\u00e9rie. Ce n\u2019est pas une posture r\u00e9cente : c\u2019est un comportement syst\u00e9matique, id\u00e9ologique, et profond\u00e9ment dangereux.\u00bb Il n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 le qualifier d\u2019\u00abint\u00e9griste politique\u00bb qui nuit \u00e0 l\u2019image de la France et \u00e0 ses int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques.<br>Il conclut sur une note grave, appelant \u00e0 la lucidit\u00e9 collective : \u00abCe qui est en jeu ici, ce n\u2019est pas seulement la diplomatie. Ce sont des vies humaines, des \u00e9quilibres \u00e9conomiques, la dignit\u00e9 d\u2019un peuple. La France ne peut pas se permettre de laisser un discours aussi haineux guider ses relations internationales.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une lecture erron\u00e9e de l\u2019expulsion des agents fran\u00e7ais<br><\/strong>De plus, la r\u00e9cente expulsion de douze agents fran\u00e7ais par Alger a suscit\u00e9 une vague de r\u00e9actions. Pour certains, il s\u2019agirait d\u2019un acte hostile ciblant directement les diplomates de l\u2019Hexagone. Or, selon Mehdi Ghezzar, chroniqueur et fin connaisseur des rouages s\u00e9curitaires, cette lecture est erron\u00e9e, voire manipulatrice.<br>\u00abIl y a un nota b\u00e9n\u00e9 fondamental que l\u2019on oublie volontairement de souligner dans certains cercles m\u00e9diatiques ou politiques en France : ces douze agents ne sont pas des diplomates du minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res, mais des agents de la DGSI, la Direction g\u00e9n\u00e9rale de la s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure \u00bb, affirme-t-il.<br>Ghezzar insiste : \u00abCes agents rel\u00e8vent exclusivement du minist\u00e8re fran\u00e7ais de l\u2019Int\u00e9rieur, et non de Jean-No\u00ebl Barrot ou du Quai d\u2019Orsay. C\u2019est une distinction majeure.\u00bb Selon lui, l\u2019Alg\u00e9rie a r\u00e9agi \u00e0 une \u00abprovocation directe\u00bb, faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019arrestation d\u2019un agent consulaire alg\u00e9rien en France dans des conditions jug\u00e9es humiliantes par Alger.<br>Autre point essentiel selon Ghezzar : \u00abL\u2019Alg\u00e9rie n\u2019a pas d\u2019\u00e9quivalent \u00e0 la DGSI op\u00e9rant en France. Il n\u2019existe pas d\u2019agents de renseignement alg\u00e9riens d\u00e9ploy\u00e9s sur le territoire fran\u00e7ais de mani\u00e8re officielle, contrairement \u00e0 ces douze agents fran\u00e7ais pr\u00e9sents \u00e0 Alger.\u00bb Ce d\u00e9s\u00e9quilibre, ajoute-t-il, est la d\u00e9monstration d\u2019un \u00abdeux poids deux mesures \u00e9vident, et souvent occult\u00e9.\u00bb<br>De plus, Ghezzar temp\u00e8re quelque peu son propos en \u00e9voquant les efforts diplomatiques en cours : \u00ablfaut aussi noter que Jean-No\u00ebl Barrot et Ahmed Attaf ont eu un \u00e9change jug\u00e9 constructif. Cela montre qu\u2019au-del\u00e0 des gesticulations s\u00e9curitaires ou \u00e9lectoralistes, le dialogue reste possible entre les deux \u00c9tats. Encore faut-il que la ligne diplomatique ne soit pas parasit\u00e9e par les humeurs d\u2019une certaine frange politique fran\u00e7aise.\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Des \u00e9l\u00e9ments constructifs ?<br><\/strong>Alors que la France justifie l\u2019arrestation de l\u2019agent consulaire alg\u00e9rien par des soup\u00e7ons de nature terroriste, Gamal Abina, analyste politique, d\u00e9nonce une manipulation s\u00e9mantique et une instrumentalisation dangereuse de la qualification juridique.<br>\u00abCe qu\u2019il faut bien comprendre, c\u2019est que tout ce qui rel\u00e8ve de l\u2019antiterrorisme en France d\u00e9pend du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur. Et l\u00e0, on voit clairement une directive politique, presque une mise en sc\u00e8ne\u00bb, estime-t-il.<br>Pour Abina, le probl\u00e8me se situe surtout dans la qualification pr\u00e9cipit\u00e9e des faits : \u00abD\u00e8s le d\u00e9part, on a parl\u00e9 d\u2019un acte terroriste. Mais sur quelle base ? Il n\u2019y a ni victime, ni acte de terreur, ni revendication, ni volont\u00e9 manifeste de frapper une population. Le terrorisme, historiquement, c\u2019est le r\u00e9gime de la terreur. L\u00e0, on est tr\u00e8s loin de cette d\u00e9finition.\u00bb<br>L\u2019analyste d\u00e9plore une rh\u00e9torique insidieuse, nourrie par des conditionnels qui deviennent presque affirmations : \u00abCe responsable politique, que je qualifierais d\u2019obsessionnel \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019Alg\u00e9rie, utilise le conditionnel avec une lourdeur volontaire. Il dit \u201con ne sait pas, mais\u2026\u201d, et derri\u00e8re ce mais, il insinue que tout est d\u00e9j\u00e0 d\u00e9cid\u00e9. C\u2019est une m\u00e9canique du soup\u00e7on.\u00bb<br>Abina alerte enfin sur les cons\u00e9quences profondes d\u2019une telle posture : \u00ab\u00c0 travers une simple formule, on jette l\u2019opprobre sur tout un pays. On ne fait pas que nuire aux relations diplomatiques, on cr\u00e9e un climat d\u00e9l\u00e9t\u00e8re o\u00f9 la justice devient un outil de pression. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Retailleau instrumentalise l\u2019Alg\u00e9rie<br><\/strong>En outre, M. Badis Khenissa, expert en g\u00e9opolitique, ne fait aucun doute que le chef de file de la droite conservatrice fran\u00e7aise, Bruno Retailleau, a sciemment fait de l\u2019Alg\u00e9rie un levier de strat\u00e9gie int\u00e9rieure. \u00abD\u00e8s le d\u00e9part, il a choisi de stigmatiser notre communaut\u00e9 nationale, de la cibler, dans une logique profond\u00e9ment machiav\u00e9lique\u00bb, d\u00e9nonce-t-il.<br>Selon Khenissa, l\u2019objectif de Retailleau est double : diviser la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise en isolant les Fran\u00e7ais d\u2019origine alg\u00e9rienne, et en m\u00eame temps se forger une stature pr\u00e9sidentielle en jouant sur un imaginaire postcolonial. \u00abIl a transform\u00e9 une relation d\u2019\u00c9tat \u00e0 \u00c9tat en un enjeu de campagne, en un argument \u00e9lectoral. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019appara\u00eet la d\u00e9rive majeure.\u00bb<br>Face \u00e0 cela, l\u2019expert tient \u00e0 saluer la maturit\u00e9 de la communaut\u00e9 alg\u00e9rienne en France, qu\u2019il d\u00e9crit comme \u00abfid\u00e8le \u00e0 ses institutions, debout aux c\u00f4t\u00e9s de son pays d\u2019origine, agissant en v\u00e9ritables ambassadeurs pour d\u00e9fendre l\u2019image et la dignit\u00e9 de l\u2019Alg\u00e9rie\u00bb. Il souligne que cette communaut\u00e9, \u00e0 l\u2019image de ses a\u00efeux, continue de porter une vision positive, tourn\u00e9e vers la construction et le dialogue, malgr\u00e9 les provocations.<br>\u00abCe que Retailleau vend, ce n\u2019est pas un projet : c\u2019est un fantasme. Il tente de commercialiser un r\u00e9cit falsifi\u00e9, rempli de st\u00e9r\u00e9otypes.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Rem\u00e9dier \u00e0 la crise<br><\/strong>La r\u00e9cente r\u00e9surgence des tensions entre l&rsquo;Alg\u00e9rie et la France illustre la fragilit\u00e9 d&rsquo;une relation historique fa\u00e7onn\u00e9e par des blessures m\u00e9morielles et des int\u00e9r\u00eats g\u00e9opolitiques souvent divergents. Alors que l&rsquo;on esp\u00e9rait un apaisement suite \u00e0 des \u00e9changes constructifs entre les dirigeants des deux pays, l&rsquo;arrestation d&rsquo;un agent consulaire alg\u00e9rien a brutalement raviv\u00e9 des conflits latents, soulignant la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une diplomatie plus r\u00e9fl\u00e9chie et moins sujette \u00e0 des influences m\u00e9diatiques et politiciennes.<br>Les tensions actuelles mettent en exergue non seulement des probl\u00e9matiques diplomatiques, mais aussi des enjeux \u00e9conomiques cruciaux. La communaut\u00e9 d&rsquo;affaires, d\u00e9j\u00e0 inqui\u00e8te d&rsquo;une d\u00e9gradation des relations, rappelle que des milliers d&#8217;emplois et des milliards d&rsquo;euros d&rsquo;\u00e9changes commerciaux sont en jeu. Les cons\u00e9quences d&rsquo;une rupture durable seraient d&rsquo;une ampleur consid\u00e9rable, comparable \u00e0 celles observ\u00e9es lors de pr\u00e9c\u00e9dentes crises diplomatiques dans la r\u00e9gion.<br>Il est imp\u00e9ratif que les dirigeants alg\u00e9riens et fran\u00e7ais reconnaissent l&rsquo;importance de restaurer un dialogue bas\u00e9 sur le respect mutuel et la reconnaissance des institutions. L&rsquo;instrumentalisation politique de la relation franco-alg\u00e9rienne, souvent motiv\u00e9e par des ambitions \u00e9lectorales, doit c\u00e9der la place \u00e0 une approche pragmatique et \u00e9quilibr\u00e9e. Pour construire un avenir commun, il devient essentiel de d\u00e9passer les clivages historiques et de travailler \u00e0 une coop\u00e9ration durable, b\u00e9n\u00e9fique pour les deux nations et leurs populations.<br>Le r\u00e9tablissement de la confiance et d&rsquo;une communication claire est vital pour pr\u00e9venir une escalade suppl\u00e9mentaire et garantir la stabilit\u00e9 dans un contexte g\u00e9opolitique d\u00e9j\u00e0 complexe. C&rsquo;est en cultivant des relations fond\u00e9es sur le dialogue constructif que l&rsquo;Alg\u00e9rie et la France pourront surmonter leurs diff\u00e9rends et envisager un partenariat solide pour l&rsquo;avenir.<br><strong>G.\u2008S. E.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lors de l\u2019\u00e9mission \u00abHebdo Show\u00bb diffus\u00e9 dimanche dernier sur la cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision AL24 News, plusieurs experts sont revenus sur les retomb\u00e9es \u00e9conomiques de la nouvelle d\u00e9gradation des relations franco-alg\u00e9riennes. Par G. 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