{"id":52186,"date":"2025-10-09T00:04:00","date_gmt":"2025-10-09T00:04:00","guid":{"rendered":"https:\/\/alger16.dz\/?p=52186"},"modified":"2026-02-13T19:11:26","modified_gmt":"2026-02-13T19:11:26","slug":"les-protestations-se-multiplient-au-maroc-la-rue-gronde-le-makhzen-vacille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alger16.dz\/?p=52186","title":{"rendered":"Les protestations se multiplient au Maroc : La rue gronde, le Makhzen vacille"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"653\" src=\"https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/maroc-2-1024x653.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-52187\" srcset=\"https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/maroc-2-1024x653.jpg 1024w, https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/maroc-2-300x191.jpg 300w, https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/maroc-2-768x490.jpg 768w, https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/maroc-2.jpg 1440w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le Maroc vit une s\u00e9quence politique et sociale d\u2019une rare intensit\u00e9. Depuis plusieurs jours, la rue marocaine s\u2019est embras\u00e9e, port\u00e9e par une jeunesse d\u00e9sabus\u00e9e, en qu\u00eate de dignit\u00e9 et de justice sociale.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les protestations se multiplient \u00e0 Casablanca, F\u00e8s, Tanger ou encore Marrakech. Aujourd\u2019hui, elles ne sont plus de simples mouvements de col\u00e8re : elles traduisent une \u00e9rosion profonde de la confiance politique et un rejet croissant de ce que beaucoup appellent d\u00e9sormais \u00ab le syst\u00e8me du silence \u00bb \u2013 cette m\u00e9canique d\u2019\u00c9tat verrouill\u00e9e, incarn\u00e9e par le Makhzen, qui pr\u00e9tend gouverner sans \u00e9couter.<br>L\u2019explosion du m\u00e9contentement n\u2019est pas un accident. Depuis des ann\u00e9es, une g\u00e9n\u00e9ration enti\u00e8re s\u2019est construite \u00e0 la marge du discours officiel, \u00e9trang\u00e8re \u00e0 un syst\u00e8me politique qui n\u2019a su ni la comprendre ni la repr\u00e9senter.<br>Priv\u00e9e de d\u00e9bouch\u00e9s \u00e9conomiques, expos\u00e9e au ch\u00f4mage structurel et \u00e0 la pr\u00e9carit\u00e9, cette jeunesse voit dans la rue le dernier espace d\u2019expression. Elle ne croit plus aux institutions ni aux promesses de r\u00e9formes r\u00e9p\u00e9t\u00e9es \u00e0 chaque crise.<br>Le message est clair : le contrat social marocain s\u2019effrite et le pouvoir ne semble plus capable d\u2019en proposer un nouveau.<br>C\u2019est dans ce climat d\u2019exasp\u00e9ration qu\u2019est survenue la d\u00e9claration du ministre marocain de la Sant\u00e9 et de la Protection sociale, Amine Tahraoui, annon\u00e7ant la suspension des subventions publiques d\u2019investissement au profit du secteur priv\u00e9 de la sant\u00e9.<br>Mais un d\u00e9tail a choqu\u00e9 l\u2019opinion : ces subventions n\u2019existaient tout simplement pas.<br>Les rapports financiers officiels le confirment. Le ministre a donc suspendu un m\u00e9canisme inexistant \u2014 une d\u00e9cision per\u00e7ue comme un symbole criant du d\u00e9calage entre la parole politique et la r\u00e9alit\u00e9.<br>Cette maladresse a raviv\u00e9 les tensions dans un secteur d\u00e9j\u00e0 sinistr\u00e9. Les h\u00f4pitaux manquent de moyens, les m\u00e9decins d\u00e9sertent et les zones rurales restent livr\u00e9es \u00e0 elles-m\u00eames. Les r\u00e9seaux sociaux marocains ont vite transform\u00e9 l\u2019affaire en mot d\u2019ordre : \u00abPas de soins, pas d\u2019\u00c9tat \u00bb.<br>Pour de nombreux observateurs, cette pol\u00e9mique r\u00e9v\u00e8le la faillite d\u2019une gouvernance qui confond communication et politique publique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L\u2019illusion de la r\u00e9forme<br><\/strong>Les critiques ne viennent plus seulement de la rue, mais aussi du monde acad\u00e9mique.<br>Une \u00e9tude scientifique publi\u00e9e en octobre dans la revue allemande \u201cSocioEconomic Challenges\u201d par les chercheurs Mohamed Chra\u00efmi et Mohamed Ben Issa dresse un constat gla\u00e7ant : la confiance des Marocains envers les institutions officielles du Makhzen atteint des niveaux historiquement bas \u2014 16 % pour le gouvernement, 21 % pour le Parlement, 15 % pour les partis politiques. Ce d\u00e9ficit massif traduit un d\u00e9saveu populaire et une fatigue d\u00e9mocratique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e.<br>Selon les auteurs, cette d\u00e9fiance r\u00e9sulte de plusieurs facteurs : manque de transparence, promesses \u00e9lectorales non tenues, gestion client\u00e9liste des politiques publiques et d\u00e9gradation des services essentiels.<br>Autant de sympt\u00f4mes d\u2019un \u00c9tat administratif hypertrophi\u00e9, mais politiquement essouffl\u00e9, o\u00f9 la parole publique a perdu sa cr\u00e9dibilit\u00e9.<br>\u00c0 cette col\u00e8re s\u2019ajoute la r\u00e9volte silencieuse des victimes du s\u00e9isme d\u2019Al-Haouz. La Coordination nationale des sinistr\u00e9s, apr\u00e8s deux ans d\u2019attente et de d\u00e9marches ignor\u00e9es, a d\u00e9cid\u00e9 de reprendre les manifestations.<br>En cause : les propos r\u00e9cents de la ministre de l\u2019Am\u00e9nagement du territoire, Fatima-Zahra Mansouri, qui a affirm\u00e9 vouloir \u00ab \u00e9couter les dol\u00e9ances des populations \u00bb.<br>Un discours per\u00e7u comme une provocation. \u00ab Ses mots contredisent deux ans de silence \u00bb, d\u00e9nonce la Coordination dans un communiqu\u00e9, rappelant les dizaines de sit-in et de lettres rest\u00e9es sans r\u00e9ponse.<br>Ce \u00ab r\u00e9veil tardif \u00bb du gouvernement, disent les sinistr\u00e9s, n\u2019est qu\u2019une tentative de d\u00e9samorcer la col\u00e8re populaire sans r\u00e9soudre les injustices v\u00e9cues. Le foss\u00e9 entre le centre politique de Rabat et la p\u00e9riph\u00e9rie meurtrie d\u2019Al-Haouz devient le miroir d\u2019un Maroc fractur\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Une crise de l\u00e9gitimit\u00e9 structurelle<br><\/strong>Ce qui se joue aujourd\u2019hui d\u00e9passe la question sociale. La crise actuelle met en lumi\u00e8re une \u00e9rosion de la l\u00e9gitimit\u00e9 politique du Makhzen, cette structure monarchique et administrative qui domine tous les leviers du pouvoir.<br>Le probl\u00e8me n\u2019est plus conjoncturel, mais structurel : il s\u2019agit d\u2019un mod\u00e8le de gouvernance qui s\u2019essouffle face aux exigences d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 plus \u00e9duqu\u00e9e, plus connect\u00e9e, plus exigeante.<br>Dans les rues comme dans les universit\u00e9s, une m\u00eame interrogation r\u00e9sonne : \u00e0 quoi sert l\u2019\u00c9tat, s\u2019il ne prot\u00e8ge ni ne repr\u00e9sente ?<br>L\u2019absence de perspectives politiques cr\u00e9dibles et la confiscation du d\u00e9bat public nourrissent une frustration qui, jour apr\u00e8s jour, se transforme en mouvement social d\u2019ampleur.<br>En tout cas, la stabilit\u00e9, disent certains intellectuels marocains, n\u2019est pas l\u2019absence de bruit, mais la pr\u00e9sence d\u2019\u00e9coute. Or, depuis des ann\u00e9es, le pouvoir central a choisi le contr\u00f4le plut\u00f4t que le dialogue.<br>Aujourd\u2019hui, les manifestations ne sont plus une menace ponctuelle : elles sont le sympt\u00f4me d\u2019un syst\u00e8me \u00e0 bout de souffle. Le Makhzen, fort de son appareil m\u00e9diatique et s\u00e9curitaire, tente de maintenir l\u2019ordre, mais la soci\u00e9t\u00e9 marocaine semble avoir franchi un cap, celui du d\u00e9senchantement total.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Les intellectuels marocains outr\u00e9s<br><\/strong>Dans ce climat tendu, l\u2019\u00e9crivain marocain Mohamed Braou a estim\u00e9, dans un article publi\u00e9 lundi dernier sur plusieurs sites d\u2019information, que \u00ab\u00a0ce qui se passe n\u2019est pas une simple explosion passag\u00e8re de col\u00e8re ni une vague protestataire \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, mais l\u2019expression d\u2019un v\u00e9ritable soul\u00e8vement social accumul\u00e9 depuis des ann\u00e9es\u00a0\u00bb.<br>Ce constat lucide tranche avec la communication officielle du Makhzen, qui tente de r\u00e9duire l\u2019ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 quelques revendications isol\u00e9es. En r\u00e9alit\u00e9, la col\u00e8re qui secoue le royaume r\u00e9v\u00e8le une crise de fond : celle d\u2019un mod\u00e8le politique verrouill\u00e9, d\u2019un syst\u00e8me \u00e9conomique in\u00e9galitaire et d\u2019une gouvernance coup\u00e9e des aspirations r\u00e9elles de la population.<br>L\u2019analyse de Braou s\u2019inscrit dans une perspective plus large, celle d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 marocaine en mutation, o\u00f9 l\u2019exigence de transparence et de responsabilit\u00e9 se heurte \u00e0 un pouvoir centralis\u00e9 et opaque. Comme il le souligne, les jeunes \u00ab\u00a0ne r\u00e9clament plus des am\u00e9liorations ponctuelles, mais reposent les questions fondamentales : Qui gouverne ? Comment ? Et pour qui ?\u00a0\u00bb Ces interrogations traduisent une rupture g\u00e9n\u00e9rationnelle profonde : la jeunesse marocaine ne se contente plus des discours sur la r\u00e9forme, elle revendique la refondation m\u00eame du contrat social.<br>Selon Braou, dans la perception de cette jeunesse, le gouvernement du Makhzen symbolise \u00ab\u00a0l\u2019apog\u00e9e de la rupture entre le pouvoir et la rue\u00a0\u00bb, ajoutant qu\u2019\u00a0\u00bbune large partie de la jeunesse a bris\u00e9 le silence, exprimant non seulement sa col\u00e8re, mais aussi une vision alternative de la politique et de la dignit\u00e9\u00a0\u00bb. Ces mots illustrent une transformation silencieuse mais radicale : l\u2019\u00e9mergence d\u2019une conscience politique collective, nourrie par les frustrations \u00e9conomiques, les in\u00e9galit\u00e9s territoriales et le sentiment d\u2019exclusion.<br>De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019\u00e9crivain marocain Othmane Mkhoun a affirm\u00e9, dans un article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Quand la libert\u00e9 d\u2019expression se r\u00e9tr\u00e9cit, les concepts se renversent\u00a0\u00bb, publi\u00e9 lundi dernier, que \u00ab\u00a0lorsque l\u2019espace de libert\u00e9 se r\u00e9tr\u00e9cit, ce n\u2019est pas seulement la voix critique qui s\u2019\u00e9touffe, mais la v\u00e9rit\u00e9 elle-m\u00eame\u00a0\u00bb. Ces mots sonnent comme une mise en garde contre un glissement dangereux : celui d\u2019un pouvoir qui, en muselant la parole libre, d\u00e9truit le dernier lien de confiance entre gouvernants et gouvern\u00e9s.<br>Dans ces environnements \u00ab\u00a0en crise\u00a0\u00bb, o\u00f9 \u00ab\u00a0la presse ind\u00e9pendante recule et o\u00f9 dominent les pouvoirs de l\u2019argent et de la politique\u00a0\u00bb, il observe que \u00ab\u00a0la r\u00e9alit\u00e9 est r\u00e9organis\u00e9e au profit des puissants, au point que la victime para\u00eet coupable et le dominant passe pour sauveur\u00a0\u00bb. Cette inversion des valeurs, que Mkhoun d\u00e9crit avec une acuit\u00e9 remarquable, illustre l\u2019\u00e9tat d\u2019un syst\u00e8me m\u00e9diatique instrumentalis\u00e9, incapable de jouer son r\u00f4le de contre-pouvoir.<br>Au Maroc, poursuit-il, au lieu de favoriser un d\u00e9bat public responsable sur les causes profondes de la crise, les grands m\u00e9dias \u2013 officiels ou semi-officiels \u2013 pr\u00e9f\u00e8rent inviter des \u00ab\u00a0experts\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0analystes\u00a0\u00bb charg\u00e9s de d\u00e9politiser la col\u00e8re populaire, r\u00e9duisant le mouvement des jeunes \u00e0 un simple \u00ab\u00a0ph\u00e9nom\u00e8ne social ou psychologique\u00a0\u00bb. En r\u00e9alit\u00e9, souligne-t-il, il s\u2019agit d\u2019\u00a0\u00bbun cri politique face \u00e0 de profondes d\u00e9faillances structurelles de l\u2019\u00c9tat et de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb.<br>Ce double constat, formul\u00e9 par Braou et Mkhoun, met en lumi\u00e8re un fait incontestable : la soci\u00e9t\u00e9 marocaine vit une crise de l\u00e9gitimit\u00e9 politique sans pr\u00e9c\u00e9dent. Derri\u00e8re la fa\u00e7ade de stabilit\u00e9 entretenue par le Makhzen se cache un pays fragment\u00e9, o\u00f9 l\u2019injustice sociale, la concentration du pouvoir et la marginalisation de la jeunesse nourrissent un profond ressentiment collectif.<br>La contestation qui secoue les villes marocaines n\u2019est donc pas un accident conjoncturel : elle est le produit d\u2019un d\u00e9s\u00e9quilibre accumul\u00e9, d\u2019un \u00c9tat qui a longtemps privil\u00e9gi\u00e9 l\u2019apparence \u00e0 la r\u00e9forme, la communication \u00e0 l\u2019action et la r\u00e9pression \u00e0 l\u2019\u00e9coute.<br>Ce qui se joue aujourd\u2019hui dans la rue marocaine d\u00e9passe le cadre des simples revendications \u00e9conomiques. C\u2019est une interrogation existentielle sur le sens m\u00eame de la citoyennet\u00e9, de la libert\u00e9 et de la justice. En face, le Makhzen semble prisonnier de son propre syst\u00e8me : incapable de se r\u00e9inventer sans se remettre en cause, il multiplie les mesures de fa\u00e7ade et les op\u00e9rations de communication, esp\u00e9rant contenir une g\u00e9n\u00e9ration qui, elle, a cess\u00e9 d\u2019avoir peur.<br>Ainsi, \u00e0 travers les analyses crois\u00e9es d\u2019intellectuels marocains lucides, se dessine l\u2019image d\u2019un royaume en qu\u00eate de v\u00e9rit\u00e9 et de dignit\u00e9. Une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les voix critiques, malgr\u00e9 la censure et la peur, continuent d\u2019affirmer que le changement, t\u00f4t ou tard, viendra du peuple \u2014 et non des palais.<br>En ce moment, au Maroc, derri\u00e8re les slogans et les hashtags, c\u2019est une nation enti\u00e8re qui interroge son destin.<br>Les protestations de ces derniers jours ne sont pas seulement sociales : elles sont existentielles.<br>Elles traduisent le besoin vital d\u2019un peuple de se r\u00e9approprier sa voix, son avenir et son droit \u00e0 la dignit\u00e9. Le Makhzen, en refusant de r\u00e9former, prend le risque de voir la rue devenir le seul espace politique r\u00e9el du pays.<br>Et dans un Maroc en qu\u00eate de sens, cette rue pourrait bien, un jour, r\u00e9clamer plus qu\u2019une r\u00e9forme : une refondation. <br><strong>G. Salah Eddine<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Maroc vit une s\u00e9quence politique et sociale d\u2019une rare intensit\u00e9. Depuis plusieurs jours, la rue marocaine s\u2019est embras\u00e9e, port\u00e9e par une jeunesse d\u00e9sabus\u00e9e, en qu\u00eate de dignit\u00e9 et de justice sociale. Les protestations se multiplient \u00e0 Casablanca, F\u00e8s, Tanger ou encore Marrakech. 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