{"id":59919,"date":"2026-04-15T20:00:00","date_gmt":"2026-04-15T20:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/alger16.dz\/?p=59919"},"modified":"2026-04-15T21:10:44","modified_gmt":"2026-04-15T21:10:44","slug":"la-visite-du-pape-fait-polemique-en-france-quand-le-bonheur-des-uns-fait-le-malheur-des-autres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alger16.dz\/?p=59919","title":{"rendered":"La visite du pape fait pol\u00e9mique en France : Quand le bonheur des uns fait le malheur des autres"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"950\" height=\"653\" src=\"https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/teb3.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-59920\" srcset=\"https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/teb3.jpg 950w, https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/teb3-300x206.jpg 300w, https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/teb3-768x528.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 950px) 100vw, 950px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Dans un monde normal, la visite d\u2019un chef religieux serait comment\u00e9e avec un minimum de retenue, voire un soup\u00e7on de dignit\u00e9 intellectuelle. Mais nous sommes dans un monde o\u00f9 l\u2019Alg\u00e9rie agit comme un d\u00e9clencheur \u00e9motionnel permanent dans certains cercles m\u00e9diatiques parisiens.<br>R\u00e9sultat : pendant que L\u00e9on XIV est accueilli en Alg\u00e9rie dans une ambiance spirituelle symbolique et purement fraternelle, une partie de la sph\u00e8re politico-m\u00e9diatique fran\u00e7aise transforme l\u2019\u00e9v\u00e9nement en th\u00e9\u00e2tre d\u2019obsessions, de rancunes et de r\u00e9\u00e9critures \u00e0 la cha\u00eene.<br>\u00c0 Alger, la s\u00e9quence est claire : visite officielle, symbolique forte, gestes de m\u00e9moire, discours de dialogue. \u00c0 Paris, c\u2019est un autre sc\u00e9nario qui se joue \u2014 plus nerveux, plus brouill\u00e9, presque compulsif. Comme si chaque image venue d\u2019Alg\u00e9rie devait obligatoirement \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e \u00e0 travers un prisme de suspicion ou de correction morale.<br>Le contraste est frappant. L\u00e0 o\u00f9 la visite cherche \u00e0 construire des ponts, certaines analyses s\u2019emploient \u00e0 raviver des fractures. Et dans ce d\u00e9calage, une phrase revient comme un refrain : Les \u00abdroitards\u00bb, les oubli\u00e9s des municipales, rouvrent les yeux pour d\u00e9gainer leur haine d\u2019Alger, comme il est devenu, aujourd\u2019hui, une rengaine pour cette tendance politique qui a oubli\u00e9 ses valeurs, pour autant qu\u2019elle en ait un jour eu, pour se consacrer \u00e0 un lamentable service apr\u00e8s-vente sur les plateaux de t\u00e9l\u00e9vision dont la cr\u00e9dibilit\u00e9 se mesure aux titres que s\u2019attribuent leurs v\u00e9n\u00e9rables analystes et commentateurs attitr\u00e9s. Dans ce climat, l\u2019ancien ambassadeur de France en Alg\u00e9rie, Xavier Driencourt, revient dans le d\u00e9bat avec une grille de lecture centr\u00e9e sur la langue et l\u2019alignement diplomatique. Il reproche notamment au souverain pontife de ne pas s\u2019inscrire dans les codes linguistiques fran\u00e7ais et avance l\u2019id\u00e9e d\u2019une lecture politique de ses choix de communication. \u00ab Tout ce qui se d\u00e9marque de la France, l\u2019image de la France d\u2019ancien colonisateur, est toujours bon \u00e0 prendre par le r\u00e9gime d\u2019Alg\u00e9rie\u00bb, a-t-il not\u00e9. On dirait bien que depuis sa retraite, il a oubli\u00e9 les codes du discours diplomatique. Bollor\u00e9 peut donc bien acheter des consciences, les plus fragiles. Dans cette logique, chaque d\u00e9tail devient suspect, chaque nuance devient position. Comme si la diplomatie mondiale devait encore tourner autour d\u2019une seule langue et d\u2019un seul r\u00e9cit.<br>Dans un autre registre, Gilbert Collard s\u2019inscrit dans une posture plus militante. Il s\u2019indigne notamment que \u00ab le pape demande pardon devant le monument aux martyrs d\u2019Alger, en hommage aux morts de la guerre d\u2019ind\u00e9pendance contre la France\u00bb. \u00abAvec tout mon respect, s\u2019insurge l\u2019avocat, Saintet\u00e9, vous n\u2019avez jamais entendu parler des pieds-noirs et des harkis, des attentats et du FLN ?\u00bb Il a oubli\u00e9 que cette question n\u2019est plus alg\u00e9rienne depuis 1962 \u00bb, ajoute-t-il. Il ignore que si l\u2019on devait parler de pardon, le seul qui fasse encore sens pour les harkis et les pieds-noirs reste celui de la France elle-m\u00eame, celle qui les a longtemps rel\u00e9gu\u00e9s dans des zones d\u2019ombre, des \u00abenclos \u00bb sans v\u00e9ritable reconnaissance ni droits pleins, malgr\u00e9 un choix souvent douloureux en faveur de cette m\u00eame nation.<br>Leur m\u00e9moire ne demande pas des d\u00e9bats \u00e0 distance ni des r\u00e9cup\u00e9rations politiques, mais une reconnaissance claire, tardive et encore incompl\u00e8te.<br>Rendre hommage \u00e0 ces trajectoires devrait relever d\u2019une \u00e9vidence r\u00e9publicaine. Pourtant, dans une France politique qui flirte parfois avec la r\u00e9habilitation de zones historiques ambigu\u00ebs \u2014 de Vichy \u00e0 P\u00e9tain, jusqu\u2019\u00e0 certaines r\u00e9interpr\u00e9tations plus r\u00e9centes dans le d\u00e9bat public \u2014 cette reconnaissance semble encore se heurter \u00e0 des r\u00e9sonances contradictoires, comme si la m\u00e9moire elle-m\u00eame restait un champ de tension jamais totalement apais\u00e9.<br>Dans une autre tonalit\u00e9, Julien Odoul adopte une posture de d\u00e9ploration nationale. Il s\u2019exprime sur un registre de frustration politique, affirmant : \u00ab Notre pays est cens\u00e9 \u00eatre la 7e puissance du monde et on est incapables de faire sortir l\u2019un de nos ressortissants face \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie, 70e puissance du monde. On a un gouvernement de pleutres \u00bb.<br>Ici, la visite du pape dispara\u00eet presque compl\u00e8tement derri\u00e8re une lecture de rivalit\u00e9 symbolique entre \u00c9tats, o\u00f9 l\u2019Alg\u00e9rie devient un miroir des tensions internes fran\u00e7aises. Le d\u00e9bat ne porte plus sur la visite, mais sur une forme de d\u00e9classement per\u00e7u de la France elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quand l\u2019actualit\u00e9 devient pr\u00e9texte \u00e0 confrontation<\/strong><br>Progressivement, la lecture de la visite quitte le terrain religieux et diplomatique pour devenir un support narratif. L\u2019\u00e9v\u00e9nement n\u2019est plus analys\u00e9 pour ce qu\u2019il est, mais pour ce qu\u2019il permet d\u2019alimenter : une opposition, une critique, une mise en accusation.<br>Le journaliste S\u00e9bastien Lignier pousse cette logique plus loin en affirmant qu\u2019\u00ab il n\u2019y a, selon lui, d\u2019intol\u00e9rance qu\u2019en Alg\u00e9rie \u00bb. Il concentre son analyse sur la loi de 2006 encadrant la pratique religieuse, qu\u2019il interpr\u00e8te comme un dispositif visant les chr\u00e9tiens. Il d\u00e9clare, notamment : \u00ab C\u2019est une loi qui vise les chr\u00e9tiens en Alg\u00e9rie. Vous avez des pasteurs et des pr\u00eatres qui ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s \u00e0 de la prison ferme pour avoir distribu\u00e9 des livres chr\u00e9tiens \u00bb, ajoutant : \u00ab En Kabylie, notamment, toutes les \u00e9glises ferment. Il y a une pers\u00e9cution g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e.\u00bb<br>Dans ce r\u00e9cit, l\u2019Alg\u00e9rie devient un espace fig\u00e9, interpr\u00e9t\u00e9 dans une grille unique, sans prise en compte du cadre juridique ou du contexte institutionnel. Et dans un paradoxe r\u00e9v\u00e9lateur, d\u2019autres situations internationales, pourtant largement document\u00e9es et m\u00e9diatis\u00e9es, disparaissent compl\u00e8tement du champ de l\u2019analyse.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La spiritualit\u00e9 devient une logistique<\/strong><br>Une \u00e9ditorialiste de LCI d\u00e9roule, avec une assurance presque professorale, une lecture rapide de saint Augustin, figure centrale revendiqu\u00e9e par le pape L\u00e9on XIV, d\u00e9crit comme \u00ab augustinien jusqu\u2019\u00e0 l\u2019os \u00bb. Dans sa grille d\u2019analyse, ce lien spirituel devient presque un pr\u00e9texte logistique, une raison d\u2019embarquement vers Alger. Elle l\u00e2che, comme une \u00e9vidence qui ne souffre aucune nuance : \u00ab Mais qu\u2019est-il all\u00e9 faire dans cette gal\u00e8re ? \u00bb, interroge la dame du plateau comme qui aurait d\u00e9cel\u00e9 une erreur de tour-operator du Vatican.<br>Dans ce r\u00e9cit t\u00e9l\u00e9vis\u00e9, la visite n\u2019est plus un geste religieux ou diplomatique, mais une sc\u00e8ne interpr\u00e9t\u00e9e \u00e0 travers des r\u00e9flexes m\u00e9diatiques o\u00f9 chaque symbole devient suspect. Et tr\u00e8s vite, le d\u00e9bat glisse : le v\u00e9ritable \u00ab gagnant \u00bb de cette s\u00e9quence, selon elle, serait le Pr\u00e9sident Tebboune, pr\u00e9sent\u00e9 comme celui qui r\u00e9colte \u00ab le jackpot \u00bb, \u00ab une image diplomatique dont il va b\u00e9n\u00e9ficier dans les n\u00e9gociations avec l\u2019Europe, notamment les n\u00e9gociations gazi\u00e8res \u00bb.<br>Puis la conclusion tombe, presque avec un soupir : \u00ab C\u2019est le soft power alg\u00e9rien qui se refait une sant\u00e9. \u00bb Une reconnaissance \u00e0 demi-mot, teint\u00e9e de regret, comme si cette visibilit\u00e9 internationale relevait d\u2019un d\u00e9s\u00e9quilibre du sc\u00e9nario.<br>Dans le m\u00eame flux, elle encha\u00eene sur le cas de Boualem Sansal, \u00e9voqu\u00e9 comme \u00ab un h\u00e9ritier d\u2019une certaine id\u00e9e de la libert\u00e9 de conscience \u00bb, sans prendre en compte les zones grises, les controverses et les lectures contradictoires qui entourent son dossier, ni les analyses divergentes publi\u00e9es dans plusieurs m\u00e9dias fran\u00e7ais et internationaux.<br>Elle poursuit ensuite avec le journaliste Christophe Gleize, qualifi\u00e9 de \u00ab un otage \u00bb, glissant dans un vocabulaire charg\u00e9, o\u00f9 l\u2019\u00e9motion remplace l\u2019enqu\u00eate et o\u00f9 l\u2019assertion remplace le contexte. Le tout s\u2019inscrit dans une narration plus large, o\u00f9 l\u2019Alg\u00e9rie devient un prisme constant de tension, de suspicion ou de lecture politique. Puis vient une sorte de d\u00e9tour quasi encyclop\u00e9dique, o\u00f9 saint Augustin est pr\u00e9sent\u00e9 comme \u00ab l\u2019un des plus grands penseurs que l\u2019Occident a produit \u00bb, r\u00e9duit \u00e0 une figure intellectuelle presque abstraite, reli\u00e9e \u00e0 une r\u00e9flexion sur le \u00ab Je \u00bb des \u00abConfessions \u00bb. Ce \u00ab Je \u00bb est ensuite mis en parall\u00e8le avec le penseur persan Mansour El Halaj, cens\u00e9 avoir d\u00e9clar\u00e9 \u00ab Je suis Dieu \u00bb, avant d\u2019\u00eatre rectifi\u00e9 : \u00ab Je suis la v\u00e9rit\u00e9 \u00bb \u00ab Ana houa el haq \u00bb.<br>Enfin, la boucle se referme sur une formule finale, presque dramatique, \u00e9voquant la mort du saint de Souk-Ahras, pr\u00e9sent\u00e9 comme symbole de r\u00e9sistance spirituelle, tandis que la visite du pape L\u00e9on XIV en Alg\u00e9rie est r\u00e9sum\u00e9e, dans cette lecture, comme \u00ab une capitulation douce \u00bb.<br>Une narration tendue, o\u00f9 les faits, les figures historiques et les symboles religieux finissent pris dans un m\u00eame flux interpr\u00e9tatif, sans respiration, comme si tout devait absolument devenir un verdict.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019Alg\u00e9rie : un miroir d\u00e9formant<\/strong><br>Au fond, cette s\u00e9quence ne parle peut-\u00eatre m\u00eame plus du pape L\u00e9on XIV. Elle parle d\u2019autre chose. D\u2019un r\u00e9flexe. D\u2019un automatisme m\u00e9diatique. D\u2019un vieux logiciel narratif qui s\u2019active d\u00e8s que le mot \u00ab Alg\u00e9rie\u00bb appara\u00eet \u00e0 l\u2019\u00e9cran.<br>\u00c0 Alger, l\u2019\u00e9v\u00e9nement se d\u00e9roule dans sa logique propre : diplomatie, spiritualit\u00e9, gestes symboliques, m\u00e9moire assum\u00e9e, dialogue affich\u00e9. Rien de spectaculaire, rien de forc\u00e9 \u2014 juste une continuit\u00e9 historique o\u00f9 la visite s\u2019inscrit dans une architecture de sens.<br>Mais ailleurs, le signal se transforme. Il se d\u00e9forme. Il se charge. Comme si la distance g\u00e9ographique cr\u00e9ait instantan\u00e9ment une surcharge \u00e9motionnelle. Et l\u00e0, l\u2019analyse n\u2019est plus une lecture du r\u00e9el, mais une reconstitution mentale.<br>On ne regarde plus l\u2019\u00e9v\u00e9nement. On le r\u00e9\u00e9crit.<br>Et dans cette r\u00e9\u00e9criture, tout devient support : une langue, un geste, une phrase, une absence, une m\u00e9moire. Chaque d\u00e9tail est aspir\u00e9 dans une narration d\u00e9j\u00e0 pr\u00eate, d\u00e9j\u00e0 \u00e9crite avant m\u00eame que les faits n\u2019existent. Alors, une question s\u2019impose, presque brutalement :<br>\u00abEst-ce encore l\u2019actualit\u00e9 qui est comment\u00e9e\u2026 ou simplement une obsession qui cherche des pr\u00e9textes pour se raconter elle-m\u00eame ?\u00bb Parce qu\u2019au final, la visite passe. Les images restent. Mais certains discours, eux, tournent en boucle.<br>Et dans cette boucle, l\u2019Alg\u00e9rie n\u2019est plus un sujet. Elle devient un r\u00e9v\u00e9lateur. Un \u00e9cran. Un test projectif grandeur nature o\u00f9 chacun projette ce qu\u2019il veut voir \u2014 ou ce qu\u2019il refuse d\u2019admettre.<br>Pendant ce temps, ailleurs, la r\u00e9alit\u00e9 continue sans pause. Et elle, contrairement aux plateaux, n\u2019a pas besoin de commentaire pour exister.<br><strong>G.Salah Eddine<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans un monde normal, la visite d\u2019un chef religieux serait comment\u00e9e avec un minimum de retenue, voire un soup\u00e7on de dignit\u00e9 intellectuelle. 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