{"id":61728,"date":"2026-05-19T00:15:00","date_gmt":"2026-05-19T00:15:00","guid":{"rendered":"https:\/\/alger16.dz\/?p=61728"},"modified":"2026-05-19T10:18:39","modified_gmt":"2026-05-19T10:18:39","slug":"reportage-de-notre-journaliste-dans-les-points-de-vente-de-moutons-entre-la-hausse-des-prix-et-limportation-les-familles-sadaptent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alger16.dz\/?p=61728","title":{"rendered":"Reportage de notre journaliste dans les points de vente de moutons  : Entre la hausse des prix et l\u2019importation, les familles s\u2019adaptent"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/mou4-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-61729\" srcset=\"https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/mou4-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/mou4-300x225.jpg 300w, https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/mou4-768x576.jpg 768w, https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/mou4-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/mou4-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019A\u00efd El-Adha approche, et avec lui, cette atmosph\u00e8re unique qui transforme les villes et les p\u00e9riph\u00e9ries en vastes march\u00e9s \u00e0 ciel ouvert. Odeur de paille humide, poussi\u00e8re soulev\u00e9e par les pas, b\u00ealements qui couvrent les conversations, camions qui d\u00e9chargent leur cargaison animale d\u00e8s l\u2019aube\u2026 Tout rappelle que l\u2019on entre dans une p\u00e9riode \u00e0 part, o\u00f9 la tradition religieuse rencontre frontalement la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique.<br>Mais derri\u00e8re cette sc\u00e8ne famili\u00e8re, quelque chose a chang\u00e9. Cette ann\u00e9e, le march\u00e9 du mouton n\u2019est plus seulement un rendez-vous saisonnier. Il ressemble davantage \u00e0 un thermom\u00e8tre social, r\u00e9v\u00e9lant sans filtre les tensions du pouvoir d\u2019achat.<br>A une semaine de l\u2019A\u00efd El-Adha, Alger16 s\u2019est d\u00e9plac\u00e9 au c\u0153ur des points de vente de la p\u00e9riph\u00e9rie d\u2019Alger-Est, plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 Dergana, Rouiba et A\u00efn Taya, cam\u00e9ra et carnet en main, pour voir ce march\u00e9 de l\u2019int\u00e9rieur, \u00e9couter ceux qui le font vivre et comprendre comment les familles composent avec des prix devenus difficiles \u00e0 ignorer.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Reportage r\u00e9alis\u00e9 par G. Salah Eddine<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s les premiers pas dans les espaces de vente, on reconna\u00eet l\u2019endroit sans m\u00eame avoir besoin de r\u00e9fl\u00e9chir. Le sol poussi\u00e9reux, les barri\u00e8res mont\u00e9es \u00e0 la va-vite, les enclos serr\u00e9s o\u00f9 les moutons bougent lentement et ce m\u00e9lange permanent de voix, de n\u00e9gociations et de b\u00ealements qui ne s\u2019arr\u00eatent jamais vraiment.<br>On avance avec le flux des visiteurs. Par moment, tout se fige devant un enclos : un regard, une estimation rapide, un prix qui tombe et le reste devient secondaire. Autour, chacun vit sa propre sc\u00e8ne. Un p\u00e8re h\u00e9site, un enfant s\u2019\u00e9loigne en riant, un vendeur tire sur une corde\u2026 et la discussion s\u2019interrompt d\u00e8s que le prix est prononc\u00e9.<br>Tr\u00e8s vite, un vendeur, ne sachant pas qu\u2019on est des journalistes, nous interpelle : \u00abVous venez acheter, j\u2019ai ce qu\u2019il vous faut ! Vous voyez ce mouton, je vais vous faire un prix, vous pouvez le prendre pour 146 000 dinars. \u00bb<br>On en profite pour l\u2019interroger sur les prix pour avoir les r\u00e9ponses les plus r\u00e9elles possibles. C\u2019est simple. Tr\u00e8s vite, on a \u00e9t\u00e9 \u00e9tonn\u00e9s. Le prix du mouton le plus bas est \u00e0 85 000 DA. C\u2019est un mouton tr\u00e8s l\u00e9ger, tr\u00e8s petit. On s\u2019interroge spontan\u00e9ment sur le coup : \u00ab Vous \u00eates s\u00fbrs qu\u2019il a six mois ? \u00bb Le vendeur nous r\u00e9pond : \u00ab Mais oui, ne vous inqui\u00e9tez pas je sais ce que je vends.\u00bb<br>On d\u00e9cide alors de voir d\u2019autres vendeurs, ce sont les m\u00eames prix \u00e0 quelque 1 000 \u00e0 2 000 dinars de diff\u00e9rence entre les vendeurs. Le mouton moyen est entre 120 000 et 140 000 dinars. Ceux qui sont relativement grands sont entre 140 000 et 170 000 dinars. Tandis que les tr\u00e8s grands sont \u00e0 plus de 170 000 dinars. Les plus petits sont donc entre 85 000 et 120 000 dinars.<br>Des prix qui, contrairement \u00e0 l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, o\u00f9 ils \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s \u00e9l\u00e9v\u00e9s, ont encore augment\u00e9. On finit par se pr\u00e9senter aux vendeurs en tant que journalistes. Ils nous expliquent que les moutons cette ann\u00e9e, malgr\u00e9 la hausse des prix, connaissent toujours une bonne affluence m\u00eame si beaucoup de gens ont privil\u00e9gi\u00e9 les moutons import\u00e9s.<br>Un acheteur dans la trentaine confie \u00e0 Alger16 : \u00ab Avant, on venait pour acheter. Maintenant, on vient surtout pour voir si on peut encore se le permettre. \u00bb<br>Un peu plus loin, un vendeur ajuste un enclos en plein passage et l\u00e2che, \u00e0 Alger16, sans m\u00eame lever la voix :<br>\u00ab Cette ann\u00e9e, si tu n\u2019as pas ton budget en t\u00eate avant de venir, tu es perdu. Il n\u2019y a plus de marge d\u2019improvisation. \u00bb<br>Entre les deux, le dialogue est constant mais d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9 : des familles qui tentent de pr\u00e9server un rituel et des vendeurs qui composent avec un march\u00e9 devenu impr\u00e9visible.<br>Tr\u00e8s vite, en avan\u00e7ant d\u2019enclos en enclos, une r\u00e9alit\u00e9 s\u2019impose : le mouton local a chang\u00e9 de cat\u00e9gorie. Il n\u2019est plus seulement cher, il est devenu difficile \u00e0 atteindre pour une grande partie des familles.<br>Les chiffres circulent partout, parfois dits \u00e0 voix basse comme une information qu\u2019on h\u00e9site \u00e0 croire. Autour de 90 000 dinars l\u2019an dernier, le prix moyen semble d\u00e9j\u00e0 loin. Cette ann\u00e9e, certains moutons locaux montent jusqu\u2019\u00e0 environ 120 000 dinars, selon le poids et la qualit\u00e9.<br>L\u2019effet est imm\u00e9diat sur les comportements. Les familles s\u2019arr\u00eatent, \u00e9valuent, puis repartent. Certains sortent leur t\u00e9l\u00e9phone pour comparer, comme si une autre r\u00e9alit\u00e9 pouvait exister ailleurs. D\u2019autres restent silencieux, coinc\u00e9s entre tradition et budget.<br>Un vendeur rencontr\u00e9 sur place confie \u00e0 Alger16, en continuant \u00e0 attacher un mouton : \u00ab C\u2019est devenu un autre march\u00e9. M\u00eame nous, on est surpris des niveaux cette ann\u00e9e. \u00bb Autour de lui, les r\u00e9actions sont similaires : moins d\u2019achats impulsifs, plus de calculs, plus d\u2019h\u00e9sitations.<br>Dans ce contexte, le mouton local n\u2019est plus un choix automatique. Il devient presque une position. Une partie des familles continue de le privil\u00e9gier, par attachement \u00e0 la tradition et \u00e0 la symbolique.<br>Un acheteur d\u2019une quarantaine d\u2019ann\u00e9es r\u00e9sume la situation en quelques mots : \u00abC\u2019est cher, oui\u2026 mais pour l\u2019A\u00efd, on pr\u00e9f\u00e8re le local. M\u00eame si \u00e7a p\u00e8se sur le budget. \u00bb Et dans cette phrase simple, tout se joue : entre l\u2019attachement \u00e0 une tradition qui reste forte et une r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique qui, elle, ne laisse plus beaucoup de place \u00e0 l\u2019h\u00e9sitation.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les moutons import\u00e9s offrent une bouff\u00e9e d\u2019air aux citoyens<br><\/strong>\u00c0 quelques m\u00e8tres seulement, le d\u00e9cor reste presque le m\u00eame, mais l\u2019atmosph\u00e8re change compl\u00e8tement. Les b\u00ealements continuent de couvrir une partie des conversations, les vendeurs appellent toujours les passants, mais ici, on sent moins l\u2019h\u00e9sitation et davantage une forme de soulagement collectif. On entre dans l\u2019univers des moutons import\u00e9s, devenu cette ann\u00e9e un point d\u2019\u00e9quilibre essentiel pour de nombreuses familles.<br>Align\u00e9s par dizaines dans des espaces d\u00e9di\u00e9s, les moutons attirent un flux continu de visiteurs. Les prix affich\u00e9s, entre 48 000 et 50 000 dinars, reviennent dans presque toutes les discussions. Dans le contexte actuel, ce montant repr\u00e9sente pour beaucoup la seule possibilit\u00e9 r\u00e9aliste de c\u00e9l\u00e9brer l\u2019A\u00efd sans d\u00e9s\u00e9quilibrer totalement le budget familial.<br>Les comportements changent aussi. Les familles avancent plus vite, les discussions sont plus directes. Ici, on ne vient plus vraiment \u201cchercher\u201d un mouton pendant des heures, mais r\u00e9cup\u00e9rer un achat d\u00e9j\u00e0 effectu\u00e9 via la plateforme num\u00e9rique d\u00e9di\u00e9e mise en place pour l\u2019op\u00e9ration.<br>Devant un enclos, un p\u00e8re de famille venu r\u00e9cup\u00e9rer son mouton affiche un l\u00e9ger sourire en discutant avec Alger16 :<br>\u00ab Alhamdoulilah, c\u2019est une tr\u00e8s bonne initiative. Les moutons locaux sont devenus trop chers pour beaucoup de familles. \u00bb<br>Un autre acheteur nous confie, presque soulag\u00e9 : \u00ab L\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, je n\u2019avais pas r\u00e9ussi \u00e0 acheter. Cette fois, avec le syst\u00e8me par internet, c\u2019\u00e9tait plus simple et plus organis\u00e9.\u00bb Autour de nous, la m\u00eame ambiance revient souvent : des familles satisfaites d\u2019avoir pu s\u00e9curiser un mouton \u00e0 un prix jug\u00e9 accessible, des couples qui v\u00e9rifient les r\u00e9f\u00e9rences sur t\u00e9l\u00e9phone, des enfants qui regardent les animaux avec excitation pendant que les adultes semblent surtout soulag\u00e9s d\u2019avoir \u201cr\u00e9gl\u00e9 le probl\u00e8me\u201d. Pour beaucoup, le mouton import\u00e9 n\u2019est plus vu comme une alternative secondaire, mais comme une solution concr\u00e8te qui a permis \u00e0 de nombreuses familles de maintenir la tradition malgr\u00e9 la hausse g\u00e9n\u00e9rale des prix. M\u00eame les vendeurs reconnaissent l\u2019impact de cette op\u00e9ration. L\u2019un d\u2019eux explique \u00e0 Alger16 : \u00ab Cette ann\u00e9e, le mouton import\u00e9 a aid\u00e9 \u00e9norm\u00e9ment de familles. Sans \u00e7a, beaucoup seraient repartis sans mouton. \u00bb<br>Et m\u00eame dans cet espace plus organis\u00e9, les comparaisons continuent. Tr\u00e8s vite, un d\u00e9bat revient dans les discussions : Roumanie ou Espagne.<br>Les moutons roumains semblent globalement avoir la pr\u00e9f\u00e9rence des visiteurs. Plus imposants visuellement, ils donnent \u00e0 beaucoup l\u2019impression d\u2019un meilleur rapport qualit\u00e9-prix. Les moutons espagnols, eux, sont parfois jug\u00e9s plus petits malgr\u00e9 des tarifs similaires.<br>Dans ce d\u00e9tail qui peut sembler anodin, une r\u00e9alit\u00e9 appara\u00eet pourtant clairement : aujourd\u2019hui, l\u2019achat du mouton d\u00e9passe largement la simple tradition.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une cha\u00eene longue et fragment\u00e9e<br><\/strong>Les moutons import\u00e9s c\u2019est bien, mais les moutons alg\u00e9riens sont toujours aussi chers. En avan\u00e7ant plus profond\u00e9ment dans le march\u00e9, un autre r\u00e9cit se dessine. Moins visible pour ceux qui viennent simplement acheter, mais omnipr\u00e9sent d\u00e8s qu\u2019on prend le temps d\u2019\u00e9couter les \u00e9leveurs et les revendeurs. Une sorte de m\u00e9canique complexe, o\u00f9 le prix final ne se d\u00e9cide jamais \u00e0 un seul endroit.<br>Plusieurs professionnels et vendeurs sur les lieux nous expliquent que le parcours du mouton s\u2019est allong\u00e9 au fil des derni\u00e8res ann\u00e9es. Il ne passe plus directement de l\u2019\u00e9leveur au consommateur. Il transite, change de main, traverse plusieurs interm\u00e9diaires avant d\u2019arriver sur les points de vente. Et \u00e0 chaque \u00e9tape, une nouvelle marge s\u2019ajoute.<br>Un \u00e9leveur rencontr\u00e9 sur place nous confie, en regardant ses b\u00eates avec calme :<br>\u00ab Ce n\u2019est pas seulement le co\u00fbt de production. Le probl\u00e8me, c\u2019est le chemin qu\u2019il fait avant d\u2019arriver ici. Entre nous et le client final, il y a trop d\u2019interm\u00e9diaires et chacun prend sa part. \u00bb<br>Autour de lui, d\u2019autres acquiescent. Mais loin d\u2019un ton accusateur, le constat est plut\u00f4t celui d\u2019un syst\u00e8me devenu plus long, plus fragment\u00e9, o\u00f9 chacun trouve sa place, mais o\u00f9 le prix final s\u2019alourdit naturellement au fil du parcours.<br>En poursuivant l\u2019\u00e9change, un autre facteur revient avec insistance dans les discussions : la s\u00e9cheresse. Un sujet \u00e9voqu\u00e9 sans dramatisation excessive, mais avec lucidit\u00e9.<br>Les \u00e9leveurs expliquent que les derni\u00e8res saisons ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es par un manque de pluie et une baisse des p\u00e2turages disponibles. R\u00e9sultat : moins d\u2019alimentation naturelle, donc davantage de recours aux aliments achet\u00e9s.<br>Un professionnel du secteur nous explique avec simplicit\u00e9 : \u00ab Quand la pluie est rare, on d\u00e9pend plus des aliments achet\u00e9s. Et \u00e7a change tout dans les co\u00fbts. \u00bb<br>Dans ce contexte, m\u00eame les variations modestes du prix des aliments pour b\u00e9tail deviennent importantes \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019un \u00e9levage entier. Plusieurs \u00e9leveurs parlent d\u2019un \u00e9quilibre plus serr\u00e9, o\u00f9 chaque d\u00e9pense compte davantage qu\u2019avant.<br>Et en continuant la visite entre les enclos, une conclusion s\u2019impose doucement, sans \u00eatre forc\u00e9e. Le prix du mouton local n\u2019est pas le r\u00e9sultat d\u2019un seul facteur, mais l\u2019addition de plusieurs r\u00e9alit\u00e9s qui se superposent : un circuit long, des co\u00fbts de production plus lourds et des conditions naturelles parfois impr\u00e9visibles.<br>Un ensemble complexe, qui finit par se refl\u00e9ter directement sur le march\u00e9\u2026 et sur le choix final des familles.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une classe moyenne sous arbitrage permanent<br><\/strong>Dans les \u00e9changes avec les acheteurs, un constat revient sans forcer : la classe moyenne est celle qui ressent le plus fortement cette p\u00e9riode. Pas dans un discours th\u00e9orique, mais dans du tr\u00e8s concret, du quotidien pur.<br>Entre les loyers, les cr\u00e9dits immobiliers, les frais de transport, la rentr\u00e9e scolaire et cette ann\u00e9e les d\u00e9marches li\u00e9es \u00e0 AADL 3, beaucoup de foyers jonglent avec plusieurs engagements en m\u00eame temps. Et l\u2019A\u00efd vient s\u2019ajouter \u00e0 cette \u00e9quation d\u00e9j\u00e0 charg\u00e9e.<br>Un p\u00e8re de famille rencontr\u00e9 sur place confie \u00e0 Alger16, en regardant rapidement son t\u00e9l\u00e9phone avant de lever les yeux vers les enclos :<br>\u00ab Entre AADL 3, les examens des enfants et les d\u00e9penses du mois, tout arrive en m\u00eame temps\u2026 donc on doit prioriser. L\u2019A\u00efd reste important, mais on calcule plus qu\u2019avant. \u00bb<br>Cette logique d\u2019arbitrage est visible partout dans le march\u00e9. Certains avancent sans h\u00e9siter, d\u2019autres comparent longuement et beaucoup finissent par ajuster leur choix selon ce que permet r\u00e9ellement le budget du moment.<br>Mais dans ce contexte, un changement majeur a modifi\u00e9 l\u2019\u00e9quilibre cette ann\u00e9e : la pr\u00e9sence des moutons import\u00e9s. Pour de nombreuses familles, ils ont jou\u00e9 un r\u00f4le de \u201csolution accessible\u201d, permettant de maintenir le rituel sans entrer dans une pression financi\u00e8re trop forte.<br>Une m\u00e8re de famille le dit simplement, avec un m\u00e9lange de soulagement et de lucidit\u00e9 : \u00ab Franchement, sans les moutons import\u00e9s, beaucoup de gens n\u2019auraient pas pu acheter cette ann\u00e9e. \u00c7a a facilit\u00e9 les choses. \u00bb<br>Du c\u00f4t\u00e9 des \u00e9leveurs, la lecture est diff\u00e9rente mais compl\u00e9mentaire. L\u2019A\u00efd reste pour eux une p\u00e9riode courte mais d\u00e9cisive, o\u00f9 se concentre une grande partie du chiffre d\u2019affaires annuel.<br>Un vendeur habitu\u00e9 \u00e0 ces saisons charg\u00e9es explique \u00e0 Alger16, en surveillant ses b\u00eates :<br>\u00ab On pr\u00e9pare \u00e7a toute l\u2019ann\u00e9e. Apr\u00e8s, en quelques semaines, tout se joue. Il faut \u00eatre pr\u00eat, parce que la demande change tr\u00e8s vite. \u00bb<br>Et au fil des discussions, une r\u00e9alit\u00e9 tr\u00e8s alg\u00e9rienne ressort sans \u00eatre dramatis\u00e9e : les grandes p\u00e9riodes de d\u00e9pense se superposent d\u00e9sormais. Examens scolaires, projets de logement comme AADL 3, obligations familiales, puis l\u2019A\u00efd\u2026 tout arrive dans un calendrier serr\u00e9.<br>Mais malgr\u00e9 cette pression de calendrier, le march\u00e9 garde son propre rythme. Les familles s\u2019adaptent, r\u00e9organisent leurs priorit\u00e9s et cherchent \u00e0 pr\u00e9server ce qui reste essentiel pour beaucoup : la tradition, le partage et le moment de l\u2019A\u00efd en famille.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un march\u00e9 qui raconte plus que des prix<br><\/strong>Malgr\u00e9 la pression des prix et les arbitrages constants, les march\u00e9s ne perdent pas totalement leur \u00e2me. Il reste quelque chose de profond\u00e9ment humain dans ces espaces. Les p\u00e8res de familles continuent de ramener leur enfants, souvent sur plusieurs g\u00e9n\u00e9rations. Les enfants s\u2019arr\u00eatent devant les enclos, curieux, parfois excit\u00e9s, tandis que les adultes avancent plus lentement, pris entre l\u2019envie de respecter la tradition et la r\u00e9alit\u00e9 du budget.<br>Par moments, l\u2019ambiance redevient presque l\u00e9g\u00e8re. Une remarque, un sourire entre deux n\u00e9gociations, une discussion improvis\u00e9e autour d\u2019un mouton qui \u201ca l\u2019air solide\u201d ou \u201cun peu trop cher\u201d. Mais cette convivialit\u00e9, bien r\u00e9elle, est l\u2019essence m\u00eame de cette p\u00e9riode b\u00e9nie.<br>Dans le bruit continu des march\u00e9s, entre les n\u00e9gociations parfois serr\u00e9es et les regards h\u00e9sitants devant les enclos, une chose finit par s\u2019imposer sans discours inutile : le mouton de l\u2019A\u00efd n\u2019est plus seulement un symbole religieux ou une tradition familiale. Il est devenu, malgr\u00e9 lui, un indicateur social et \u00e9conomique \u00e0 part enti\u00e8re.<br>Et au fond, au-del\u00e0 des prix et des d\u00e9bats, une id\u00e9e simple reste intacte pour beaucoup : si l\u2019on peut s\u2019offrir le mouton, tant mieux. Mais si ce n\u2019est pas possible cette ann\u00e9e, la valeur de l\u2019A\u00efd ne dispara\u00eet pas pour autant.<br>On quitte le march\u00e9 avec cette sensation particuli\u00e8re d\u2019avoir travers\u00e9 plus qu\u2019un simple lieu de vente. Une ambiance, des tensions, des compromis silencieux. Derri\u00e8re les cl\u00f4tures et les n\u00e9gociations, c\u2019est tout un \u00e9quilibre social qui s\u2019est exprim\u00e9 \u00e0 ciel ouvert.<br>Et au moment de s\u2019\u00e9loigner, une id\u00e9e reste en arri\u00e8re-plan, simple mais essentielle : chacun fera selon ses moyens. L\u2019A\u00efd ne se r\u00e9sume pas \u00e0 un achat et le mouton n\u2019en est qu\u2019une forme possible. Le plus important reste ailleurs, dans la famille r\u00e9unie, dans le partage, dans ce lien collectif qui ne d\u00e9pend ni des prix ni des march\u00e9s.<br>Le march\u00e9 s\u2019efface doucement derri\u00e8re nous. Les voix deviennent lointaines. Et la journ\u00e9e continue, comme si de rien n\u2019\u00e9tait, mais avec un peu plus de lucidit\u00e9 sur ce qui se joue vraiment derri\u00e8re ces sc\u00e8nes famili\u00e8res.<br><strong>G. Salah Eddine<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019A\u00efd El-Adha approche, et avec lui, cette atmosph\u00e8re unique qui transforme les villes et les p\u00e9riph\u00e9ries en vastes march\u00e9s \u00e0 ciel ouvert. Odeur de paille humide, poussi\u00e8re soulev\u00e9e par les pas, b\u00ealements qui couvrent les conversations, camions qui d\u00e9chargent leur cargaison animale d\u00e8s l\u2019aube\u2026 Tout rappelle que l\u2019on entre dans [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":61729,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[236,4922],"tags":[2617],"class_list":["post-61728","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-a-la-une","category-reportage","tag-aid-el-adha-2"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/alger16.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/61728","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/alger16.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/alger16.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/alger16.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/alger16.dz\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=61728"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/alger16.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/61728\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":61730,"href":"https:\/\/alger16.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/61728\/revisions\/61730"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/alger16.dz\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/61729"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/alger16.dz\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=61728"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/alger16.dz\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=61728"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/alger16.dz\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=61728"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}