{"id":64466,"date":"2026-07-16T00:01:00","date_gmt":"2026-07-16T00:01:00","guid":{"rendered":"https:\/\/alger16.dz\/?p=64466"},"modified":"2026-07-16T18:50:42","modified_gmt":"2026-07-16T18:50:42","slug":"visite-officielle-du-president-tebboune-a-berlin-lalgerie-et-lallemagne-a-lheure-du-grand-rapprochement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alger16.dz\/?p=64466","title":{"rendered":"Visite officielle du Pr\u00e9sident Tebboune \u00e0 Berlin : L&rsquo;Alg\u00e9rie et l&rsquo;Allemagne \u00e0 l&rsquo;heure du grand rapprochement"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"884\" height=\"355\" src=\"https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/energies.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-64468\" srcset=\"https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/energies.jpg 884w, https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/energies-300x120.jpg 300w, https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/energies-768x308.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 884px) 100vw, 884px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Il est des visites diplomatiques qui d\u00e9passent largement le cadre du protocole. Celle entam\u00e9e, aujourd\u2019hui, par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Abdelmadjid Tebboune, en Allemagne, appartient sans doute \u00e0 cette cat\u00e9gorie. Derri\u00e8re les honneurs militaires, les poign\u00e9es de main officielles et les d\u00e9clarations communes se dessine peut-\u00eatre un partenariat appel\u00e9 \u00e0 changer d&rsquo;\u00e9chelle entre Alger et Berlin \u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 les grands \u00e9quilibres \u00e9conomiques, \u00e9nerg\u00e9tiques et industriels mondiaux sont en pleine recomposition.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Par G. Salah Eddine<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le programme officiel pr\u00e9voit un accueil solennel par le pr\u00e9sident f\u00e9d\u00e9ral Frank-Walter Steinmeier, suivi d&rsquo;entretiens bilat\u00e9raux. Le Pr\u00e9sident Tebboune rencontrera ensuite le chancelier Friedrich Merz au si\u00e8ge de la Chancellerie f\u00e9d\u00e9rale. Au menu des discussions figurent notamment les relations bilat\u00e9rales, l&rsquo;\u00e9conomie, l&rsquo;\u00e9nergie et les mati\u00e8res premi\u00e8res strat\u00e9giques, avant une d\u00e9claration conjointe devant la presse. Mais derri\u00e8re ces intitul\u00e9s diplomatiques se cachent des enjeux autrement plus structurants pour les deux pays.<br>Cette visite traduit, en r\u00e9alit\u00e9, la convergence progressive des priorit\u00e9s strat\u00e9giques d&rsquo;Alger et de Berlin. Pour l&rsquo;Allemagne, premi\u00e8re puissance \u00e9conomique europ\u00e9enne, il s&rsquo;agit de consolider son partenariat avec un acteur incontournable du continent africain, capable de jouer un r\u00f4le croissant dans la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique, les minerais strat\u00e9giques et les industries du futur. Pour l&rsquo;Alg\u00e9rie, l&rsquo;enjeu est tout aussi important : attirer davantage d&rsquo;investissements \u00e0 forte valeur ajout\u00e9e, acc\u00e9l\u00e9rer le transfert de technologies, renforcer la coop\u00e9ration scientifique et universitaire et accompagner la diversification de son mod\u00e8le \u00e9conomique.<br>Le moment est d&rsquo;autant plus propice que les trajectoires des deux pays semblent aujourd&rsquo;hui converger. Tandis que l&rsquo;Alg\u00e9rie poursuit sa transformation autour des grands projets industriels, des ressources mini\u00e8res, des \u00e9nergies renouvelables et de l&rsquo;\u00e9conomie de la connaissance, l&rsquo;Allemagne cherche \u00e0 s\u00e9curiser ses futurs besoins \u00e9nerg\u00e9tiques et industriels dans un environnement international marqu\u00e9 par la fragilit\u00e9 des cha\u00eenes d&rsquo;approvisionnement. Plus qu&rsquo;une visite pr\u00e9sidentielle, c&rsquo;est finalement la rencontre de deux visions strat\u00e9giques compl\u00e9mentaires qui pourrait se jouer \u00e0 Berlin.<br>Au-del\u00e0 des consid\u00e9rations \u00e9conomiques, Alger et Berlin entretiennent depuis plusieurs ann\u00e9es une relation diplomatique fond\u00e9e sur le pragmatisme, le dialogue politique et la convergence de leurs int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques. L&rsquo;Allemagne consid\u00e8re l&rsquo;Alg\u00e9rie comme un partenaire majeur en Afrique du Nord et au Sahel, non seulement en raison de son poids g\u00e9opolitique et \u00e9nerg\u00e9tique, mais \u00e9galement du r\u00f4le qu&rsquo;elle joue dans la pr\u00e9servation de la stabilit\u00e9 r\u00e9gionale et la promotion de solutions politiques aux diff\u00e9rentes crises qui traversent son voisinage imm\u00e9diat.<br>Cette proximit\u00e9 diplomatique s&rsquo;exprime notamment \u00e0 travers une vision largement partag\u00e9e des grands enjeux internationaux. Les deux pays d\u00e9fendent le primat du dialogue politique dans la r\u00e9solution des conflits, le respect du droit international, ainsi que le multilat\u00e9ralisme comme cadre privil\u00e9gi\u00e9 des relations internationales. Alger et Berlin affichent \u00e9galement des positions convergentes sur plusieurs dossiers internationaux, parmi lesquels figure notamment leur attachement \u00e0 la solution \u00e0 deux \u00c9tats pour la question palestinienne.<br>Cette volont\u00e9 de renforcer leur coordination politique a d&rsquo;ailleurs \u00e9t\u00e9 r\u00e9affirm\u00e9e lors d&rsquo;un r\u00e9cent entretien t\u00e9l\u00e9phonique entre le pr\u00e9sident Abdelmadjid Tebboune et son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier. Les deux chefs d&rsquo;\u00c9tat avaient alors exprim\u00e9 leur ambition commune d&rsquo;approfondir davantage leur partenariat bilat\u00e9ral et de poursuivre leurs concertations sur les grandes questions r\u00e9gionales et internationales.<br>On pourrait \u00e9galement mentionner la gr\u00e2ce accord\u00e9e par le Pr\u00e9sident Tebboune au prisonnier Boualem Sansal, apr\u00e8s une demande faite par le chancelier allemand. Une dynamique qui t\u00e9moigne de l&rsquo;\u00e9volution progressive des relations alg\u00e9ro-allemandes vers un partenariat qui ne se limite plus aux seuls \u00e9changes \u00e9conomiques, mais s&rsquo;\u00e9tend d\u00e9sormais aux dimensions diplomatiques, strat\u00e9giques et s\u00e9curitaires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Une relation \u00e9conomique appel\u00e9e \u00e0 changer d&rsquo;\u00e9chelle<br><\/strong>Si les relations entre Alger et Berlin sont anciennes, elles connaissent depuis plusieurs ann\u00e9es une acc\u00e9l\u00e9ration remarquable. L&rsquo;Allemagne figure aujourd&rsquo;hui parmi les principaux partenaires \u00e9conomiques europ\u00e9ens de l&rsquo;Alg\u00e9rie et demeure l&rsquo;un des investisseurs industriels les plus importants pr\u00e9sents sur le march\u00e9 national. Bien au-del\u00e0 des \u00e9changes commerciaux, Berlin appara\u00eet d\u00e9sormais comme l&rsquo;un des partenaires les mieux positionn\u00e9s pour accompagner la nouvelle strat\u00e9gie \u00e9conomique alg\u00e9rienne, fond\u00e9e sur l&rsquo;industrialisation, l&rsquo;innovation et la mont\u00e9e en gamme des productions nationales.<br>Le savoir-faire allemand est d\u00e9j\u00e0 solidement implant\u00e9 dans plusieurs secteurs strat\u00e9giques, des \u00e9quipements industriels aux technologies m\u00e9dicales, en passant par l&rsquo;\u00e9nergie, les infrastructures et la formation professionnelle. Une pr\u00e9sence appel\u00e9e \u00e0 se renforcer, selon l&rsquo;ambassadeur d&rsquo;Allemagne \u00e0 Alger, Georg Felsheim, qui qualifiait r\u00e9cemment les relations alg\u00e9ro-allemandes d&rsquo;\u00ab excellentes \u00bb, estimant qu&rsquo;elles \u00e9taient destin\u00e9es \u00ab \u00e0 s&rsquo;approfondir davantage \u00bb au cours des prochaines ann\u00e9es. Plus de cinquante entreprises allemandes sont aujourd&rsquo;hui implant\u00e9es en Alg\u00e9rie, actives notamment dans les \u00e9nergies renouvelables, l&rsquo;agriculture, l&rsquo;industrie pharmaceutique et les industries m\u00e9caniques.<br>Cette dynamique se refl\u00e8te \u00e9galement dans les chiffres du commerce bilat\u00e9ral. Les importations allemandes en provenance d&rsquo;Alg\u00e9rie ont progress\u00e9 de 11 % en 2025 pour atteindre 1,4 milliard d&rsquo;euros, avant d&rsquo;enregistrer une nouvelle hausse de pr\u00e8s de 20 % au premier trimestre 2026. Les exportations allemandes vers l&rsquo;Alg\u00e9rie se maintiennent quant \u00e0 elles autour de 2,1 milliards d&rsquo;euros, tir\u00e9es principalement par les \u00e9quipements industriels et les machines-outils, v\u00e9ritables piliers du mod\u00e8le \u00e9conomique allemand.<br>Mais l&rsquo;enjeu de cette visite pr\u00e9sidentielle semble aujourd&rsquo;hui d\u00e9passer largement le cadre des relations commerciales traditionnelles. L&rsquo;Alg\u00e9rie ne souhaite plus \u00eatre uniquement per\u00e7ue comme un fournisseur d&rsquo;hydrocarbures ou comme un march\u00e9 de plus de 47 millions de consommateurs. Elle ambitionne d\u00e9sormais de s&rsquo;imposer comme une plateforme industrielle r\u00e9gionale, capable de produire davantage localement, de d\u00e9velopper des cha\u00eenes de valeur strat\u00e9giques et de renforcer sa pr\u00e9sence sur les march\u00e9s africains et m\u00e9diterran\u00e9ens.<br>Cette mutation \u00e9conomique suppose toutefois un acc\u00e8s accru aux technologies de pointe, aux investissements productifs et aux expertises industrielles internationales. Autant de domaines dans lesquels l&rsquo;Allemagne dispose d&rsquo;atouts consid\u00e9rables. Premi\u00e8re puissance industrielle europ\u00e9enne, Berlin a b\u00e2ti sa comp\u00e9titivit\u00e9 sur l&rsquo;innovation, la recherche appliqu\u00e9e et la compl\u00e9mentarit\u00e9 entre universit\u00e9s, industrie et tissu entrepreneurial. Un mod\u00e8le qui fait \u00e9cho aux nouvelles orientations \u00e9conomiques engag\u00e9es par l&rsquo;Alg\u00e9rie autour de l&rsquo;\u00e9conomie de la connaissance, de l&rsquo;industrie manufacturi\u00e8re et de la souverainet\u00e9 productive.<br>Derri\u00e8re cette visite pourrait ainsi se dessiner une nouvelle philosophie de coop\u00e9ration entre les deux pays. L&rsquo;ambition n&rsquo;est plus seulement d&rsquo;acheter et de vendre, mais davantage de produire ensemble, de transf\u00e9rer des technologies, de former des comp\u00e9tences et de cr\u00e9er de la valeur ajout\u00e9e sur le territoire alg\u00e9rien. \u00c0 mesure que l&rsquo;Alg\u00e9rie acc\u00e9l\u00e8re sa diversification \u00e9conomique et que l&rsquo;Allemagne red\u00e9finit ses partenariats strat\u00e9giques face aux bouleversements g\u00e9opolitiques mondiaux, Alger et Berlin semblent disposer d&rsquo;une opportunit\u00e9 rare : celle de faire \u00e9voluer leur relation vers un partenariat industriel, technologique et scientifique appel\u00e9 \u00e0 changer durablement d&rsquo;\u00e9chelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Un pacte gazier sera sign\u00e9<br><\/strong>Impossible d&rsquo;\u00e9voquer cette visite pr\u00e9sidentielle sans parler d&rsquo;\u00e9nergie. C&rsquo;est sans doute sur ce terrain que les int\u00e9r\u00eats des deux pays convergent aujourd&rsquo;hui avec le plus de force. Depuis plusieurs ann\u00e9es, l&rsquo;Allemagne poursuit une profonde recomposition de sa strat\u00e9gie \u00e9nerg\u00e9tique afin de s\u00e9curiser ses approvisionnements tout en acc\u00e9l\u00e9rant sa transition vers une \u00e9conomie d\u00e9carbon\u00e9e. L&rsquo;Alg\u00e9rie, forte de son statut de troisi\u00e8me fournisseur de gaz naturel de l&rsquo;Union europ\u00e9enne et de son immense potentiel dans les \u00e9nergies renouvelables, s&rsquo;impose progressivement comme l&rsquo;un des partenaires les plus strat\u00e9giques de Berlin dans cette \u00e9quation.La compl\u00e9mentarit\u00e9 appara\u00eet presque naturelle. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, l&rsquo;Allemagne cherche \u00e0 garantir les besoins \u00e9nerg\u00e9tiques qui permettront \u00e0 ses industries de demeurer comp\u00e9titives dans les prochaines d\u00e9cennies. De l&rsquo;autre, l&rsquo;Alg\u00e9rie poursuit sa diversification \u00e9conomique et ambitionne de d\u00e9velopper de nouvelles fili\u00e8res \u00e9nerg\u00e9tiques \u00e0 forte valeur ajout\u00e9e, capables d&rsquo;accompagner sa transformation industrielle.<br>Selon le quotidien \u00e9conomique allemand Handelsblatt, l&rsquo;un des plus influents du pays, Berlin souhaiterait obtenir une augmentation des volumes de gaz naturel liqu\u00e9fi\u00e9 (GNL) alg\u00e9rien destin\u00e9s au march\u00e9 allemand. Citant des sources gouvernementales, le journal \u00e9voque m\u00eame la conclusion prochaine d&rsquo;un v\u00e9ritable \u00ab pacte gazier \u00bb \u00e0 l&rsquo;occasion de la visite d&rsquo;\u00c9tat du Pr\u00e9sident Tebboune. Plusieurs d\u00e9clarations d&rsquo;intention destin\u00e9es \u00e0 approfondir le partenariat \u00e9nerg\u00e9tique entre les deux pays devraient \u00e9galement \u00eatre sign\u00e9es, avec au premier rang une extension des livraisons alg\u00e9riennes de GNL vers l&rsquo;Allemagne.<br>Cette coop\u00e9ration \u00e9nerg\u00e9tique se dessine d\u00e9j\u00e0 sur le terrain. Le 2 juillet dernier, Sonatrach a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 sa premi\u00e8re livraison de gaz naturel liqu\u00e9fi\u00e9 vers le terminal allemand de Wilhelmshaven, marquant une nouvelle \u00e9tape dans les relations \u00e9nerg\u00e9tiques entre les deux pays. Berlin envisage parall\u00e8lement d&rsquo;accompagner Alger dans la r\u00e9duction des \u00e9missions de m\u00e9thane tout au long de la cha\u00eene de valeur des hydrocarbures, un enjeu devenu central dans les politiques environnementales europ\u00e9ennes. La participation annonc\u00e9e des secr\u00e9taires d&rsquo;\u00c9tat allemands \u00e0 l&rsquo;Environnement et \u00e0 l&rsquo;\u00c9conomie, Jochen Flasbarth et Frank Wetzel, lors des signatures pr\u00e9vues \u00e0 Berlin, t\u00e9moigne d&rsquo;ailleurs de l&rsquo;importance accord\u00e9e \u00e0 cette dimension du partenariat. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais l&rsquo;ambition des deux capitales est d\u00e9j\u00e0 bien au-del\u00e0 du gaz naturel. L&rsquo;hydrog\u00e8ne vert constitue sans doute l&rsquo;un des chantiers les plus prometteurs de la coop\u00e9ration alg\u00e9ro-allemande. Gr\u00e2ce \u00e0 son potentiel solaire exceptionnel et aux investissements engag\u00e9s dans les \u00e9nergies renouvelables, l&rsquo;Alg\u00e9rie aspire \u00e0 devenir l&rsquo;un des futurs producteurs mondiaux de cette \u00e9nergie appel\u00e9e \u00e0 jouer un r\u00f4le majeur dans la d\u00e9carbonation des industries europ\u00e9ennes. Berlin en a d&rsquo;ailleurs fait l&rsquo;un des piliers de sa strat\u00e9gie industrielle pour les d\u00e9cennies \u00e0 venir.<br>Plusieurs projets structurants illustrent d\u00e9j\u00e0 cette vision commune, \u00e0 l&rsquo;image du corridor SouthH2 destin\u00e9 au transport de l&rsquo;hydrog\u00e8ne vert vers l&rsquo;Europe, ainsi que des initiatives TaqatyH2 et DigiEnR, qui t\u00e9moignent de la volont\u00e9 des deux pays de construire un partenariat \u00e9nerg\u00e9tique tourn\u00e9 vers l&rsquo;innovation et les technologies du futur. Derri\u00e8re les discussions sur le gaz se dessine ainsi une ambition beaucoup plus large : celle de faire de l&rsquo;\u00e9nergie le moteur d&rsquo;une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de coop\u00e9ration \u00e9conomique et industrielle entre Alger et Berlin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Les minerais, autre sujet strat\u00e9gique<br><\/strong>Si l&rsquo;\u00e9nergie constitue aujourd&rsquo;hui le principal moteur des relations \u00e9conomiques entre Alger et Berlin, les ambitions des deux capitales d\u00e9passent d\u00e9sormais largement le seul secteur gazier. Un autre dossier pourrait bien s&rsquo;imposer comme l&rsquo;un des grands chantiers du partenariat : celui des mati\u00e8res premi\u00e8res strat\u00e9giques et de l&rsquo;industrie du futur.<br>Car l&rsquo;Alg\u00e9rie de 2026 n&rsquo;est plus uniquement celle que l&rsquo;Europe regarde \u00e0 travers le prisme du p\u00e9trole et du gaz. \u00c0 travers les m\u00e9gaprojets miniers engag\u00e9s ces derni\u00e8res ann\u00e9es, le d\u00e9veloppement des \u00e9nergies renouvelables, l&rsquo;essor de l&rsquo;industrie de transformation ou encore les grands projets d&rsquo;infrastructures ferroviaires, le pays affiche d\u00e9sormais une ambition beaucoup plus large : celle de devenir une puissance industrielle r\u00e9gionale capable de cr\u00e9er davantage de valeur ajout\u00e9e sur son territoire.<br>Cette transformation intervient dans un contexte international particuli\u00e8rement favorable. La transition \u00e9nerg\u00e9tique mondiale a profond\u00e9ment boulevers\u00e9 les besoins industriels des grandes \u00e9conomies. Fer, zinc, phosphates et minerais indispensables aux nouvelles technologies sont devenus des ressources hautement strat\u00e9giques. Batteries \u00e9lectriques, panneaux photovolta\u00efques, industries num\u00e9riques ou mobilit\u00e9 verte reposent d\u00e9sormais sur des cha\u00eenes d&rsquo;approvisionnement de plus en plus complexes, poussant les puissances industrielles \u00e0 s\u00e9curiser leurs futurs besoins en mati\u00e8res premi\u00e8res critiques.<br>L&rsquo;Allemagne n&rsquo;\u00e9chappe \u00e9videmment pas \u00e0 cette nouvelle donne. Premi\u00e8re puissance industrielle europ\u00e9enne, elle cherche depuis plusieurs ann\u00e9es \u00e0 diversifier et s\u00e9curiser ses approvisionnements afin d&rsquo;accompagner la transformation de son appareil productif. La r\u00e9volution industrielle verte engag\u00e9e par Berlin n\u00e9cessitera des volumes consid\u00e9rables de ressources mini\u00e8res au cours des prochaines d\u00e9cennies, faisant des partenariats strat\u00e9giques un enjeu majeur de sa politique \u00e9conomique ext\u00e9rieure.<br>De son c\u00f4t\u00e9, l&rsquo;Alg\u00e9rie a engag\u00e9 plusieurs m\u00e9gaprojets miniers appel\u00e9s \u00e0 transformer durablement son paysage industriel. La mine de fer de Gara Djebilet \u00e0 Tindouf, le projet int\u00e9gr\u00e9 des phosphates de T\u00e9bessa, ainsi que la mine de zinc et de plomb de Tala Hamza-Oued Amizour \u00e0 B\u00e9ja\u00efa figurent d\u00e9sormais parmi les principaux piliers de cette nouvelle strat\u00e9gie \u00e9conomique nationale. Bien plus que de simples projets d&rsquo;extraction, ils s&rsquo;inscrivent dans une vision fond\u00e9e sur la cr\u00e9ation de v\u00e9ritables cha\u00eenes de valeur industrielles, depuis la transformation locale des ressources jusqu&rsquo;\u00e0 leur int\u00e9gration dans des industries \u00e0 forte valeur ajout\u00e9e.<br>C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment sur ce terrain que les int\u00e9r\u00eats alg\u00e9riens et allemands semblent aujourd&rsquo;hui se rejoindre. L&rsquo;Alg\u00e9rie dispose des ressources, des capacit\u00e9s \u00e9nerg\u00e9tiques et des ambitions industrielles n\u00e9cessaires \u00e0 cette transformation. L&rsquo;Allemagne poss\u00e8de, quant \u00e0 elle, l&rsquo;expertise technologique, les capacit\u00e9s d&rsquo;investissement et le savoir-faire industriel qui ont fait sa r\u00e9putation mondiale. Autrement dit, derri\u00e8re les hydrocarbures et les contrats commerciaux traditionnels pourrait progressivement \u00e9merger un partenariat beaucoup plus ambitieux, fond\u00e9 sur la coproduction, l&rsquo;innovation industrielle et la construction des cha\u00eenes de valeur qui alimenteront les \u00e9conomies de demain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Des industriels allemands en Alg\u00e9rie<br><\/strong>Mais le potentiel du partenariat alg\u00e9ro-allemand ne s&rsquo;arr\u00eate ni au gaz ni aux mati\u00e8res premi\u00e8res strat\u00e9giques. Un autre chantier pourrait conna\u00eetre une acc\u00e9l\u00e9ration significative \u00e0 l&rsquo;occasion de cette visite pr\u00e9sidentielle : celui de l&rsquo;industrie manufacturi\u00e8re et de la coproduction.<br>L&rsquo;Alg\u00e9rie affiche d\u00e9sormais une ambition claire : d\u00e9passer le statut de march\u00e9 importateur pour devenir une plateforme industrielle r\u00e9gionale capable de produire localement et d&rsquo;alimenter les march\u00e9s africains et m\u00e9diterran\u00e9ens. Cette strat\u00e9gie s&rsquo;accompagne d&rsquo;une volont\u00e9 affirm\u00e9e d&rsquo;augmenter progressivement les taux d&rsquo;int\u00e9gration nationale dans plusieurs fili\u00e8res industrielles strat\u00e9giques, au premier rang desquelles figure le secteur automobile.<br>Les signaux d&rsquo;un rapprochement industriel entre Alger et Berlin se multiplient d&rsquo;ailleurs ces derniers mois. Fin juin, six entreprises allemandes sp\u00e9cialis\u00e9es dans l&rsquo;industrie automobile ont effectu\u00e9 une mission de prospection \u00e9conomique \u00e0 Alger et Oran afin d&rsquo;explorer les opportunit\u00e9s offertes par la sous-traitance locale et les capacit\u00e9s de production nationales. Une d\u00e9marche qui s&rsquo;inscrit dans un contexte particuli\u00e8rement favorable, alors que les autorit\u00e9s alg\u00e9riennes ont fix\u00e9 un objectif ambitieux de 40 % de taux d&rsquo;int\u00e9gration locale pour cette fili\u00e8re. Un retour en force de Volkswagen sur le march\u00e9 alg\u00e9rien serait possible.<br>Au-del\u00e0 des v\u00e9hicules eux-m\u00eames, c&rsquo;est toute une industrie p\u00e9riph\u00e9rique qui pourrait progressivement \u00e9merger autour des composants m\u00e9caniques, \u00e9lectriques et \u00e9lectroniques, des \u00e9quipements industriels ou encore des mat\u00e9riaux n\u00e9cessaires \u00e0 la fabrication automobile. L&rsquo;expertise allemande dans ces domaines constitue un atout majeur. Premi\u00e8re puissance automobile europ\u00e9enne, l&rsquo;Allemagne poss\u00e8de un \u00e9cosyst\u00e8me industriel parmi les plus performants au monde, capable d&rsquo;accompagner le d\u00e9veloppement de cha\u00eenes de production locales \u00e0 forte valeur ajout\u00e9e.<br>Plus largement, cette dynamique pourrait ouvrir la voie \u00e0 de nouveaux accords dans des secteurs aussi vari\u00e9s que les \u00e9quipements industriels, la m\u00e9canique de pr\u00e9cision, l&rsquo;industrie pharmaceutique, les technologies m\u00e9dicales ou encore la formation professionnelle sp\u00e9cialis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le moteur scientifique commun<br><\/strong>Car derri\u00e8re les investissements et les grands projets industriels, ce sont aussi les comp\u00e9tences, la recherche et l&rsquo;innovation qui fa\u00e7onneront les \u00e9conomies de demain.<br>Depuis plusieurs d\u00e9cennies, l&rsquo;Allemagne figure parmi les partenaires acad\u00e9miques privil\u00e9gi\u00e9s de l&rsquo;Alg\u00e9rie. Chaque ann\u00e9e, de nombreux \u00e9tudiants, doctorants et chercheurs alg\u00e9riens poursuivent leurs \u00e9tudes ou r\u00e9alisent leurs travaux de recherche au sein des universit\u00e9s allemandes gr\u00e2ce aux programmes d&rsquo;\u00e9change acad\u00e9miques et aux dispositifs de coop\u00e9ration scientifique mis en place entre les deux pays. Les partenariats concernent notamment les sciences de l&rsquo;ing\u00e9nieur, les nouvelles technologies, la m\u00e9decine, les \u00e9nergies renouvelables, l&rsquo;agriculture, les sciences de l&rsquo;environnement ou encore l&rsquo;intelligence artificielle, autant de domaines consid\u00e9r\u00e9s aujourd&rsquo;hui comme strat\u00e9giques pour les deux \u00e9conomies.<br>Cette coop\u00e9ration universitaire prend toutefois une dimension nouvelle au regard des profondes transformations engag\u00e9es par l&rsquo;Alg\u00e9rie. L&rsquo;universit\u00e9 productive, la cr\u00e9ation de start-up issues des laboratoires de recherche, la valorisation \u00e9conomique des r\u00e9sultats scientifiques ou encore le rapprochement progressif entre l&rsquo;universit\u00e9 et l&rsquo;entreprise constituent d\u00e9sormais quelques-uns des principaux axes de la strat\u00e9gie nationale de l&rsquo;enseignement sup\u00e9rieur. L&rsquo;objectif affich\u00e9 est clair : faire de la connaissance un v\u00e9ritable levier de cr\u00e9ation de richesse et un moteur de diversification \u00e9conomique.<br>Dans cette perspective, peu de partenaires apparaissent aussi compl\u00e9mentaires que l&rsquo;Allemagne. Premi\u00e8re puissance industrielle europ\u00e9enne, Berlin a b\u00e2ti son mod\u00e8le \u00e9conomique sur l&rsquo;articulation \u00e9troite entre recherche scientifique, innovation technologique, industrie manufacturi\u00e8re et formation des comp\u00e9tences. Le succ\u00e8s du mod\u00e8le allemand repose pr\u00e9cis\u00e9ment sur cette capacit\u00e9 \u00e0 transformer la recherche en produits industriels, les id\u00e9es en entreprises et les comp\u00e9tences en croissance \u00e9conomique.<br>La formation professionnelle constitue \u00e9galement l&rsquo;un des piliers les plus prometteurs de cette coop\u00e9ration. Consid\u00e9r\u00e9e comme un maillon essentiel de la r\u00e9industrialisation de l&rsquo;Alg\u00e9rie, elle pourrait jouer un r\u00f4le d\u00e9terminant dans l&rsquo;accompagnement des futurs projets industriels nationaux. Car derri\u00e8re les usines, les infrastructures et les investissements, ce sont avant tout des milliers d&rsquo;ing\u00e9nieurs, de techniciens et de chercheurs qu&rsquo;il faudra former pour accompagner la transformation \u00e9conomique du pays.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Une visite strat\u00e9gique<br><\/strong>L&rsquo;apr\u00e8s-Berlin constituera sans doute le v\u00e9ritable test de cette visite d&rsquo;\u00c9tat. Car au-del\u00e0 des d\u00e9clarations communes et des accords qui pourraient \u00eatre sign\u00e9s, l&rsquo;enjeu sera surtout celui de leur traduction concr\u00e8te sur le terrain. Si les annonces attendues se mat\u00e9rialisent, les relations alg\u00e9ro-allemandes pourraient progressivement entrer dans une nouvelle phase, fond\u00e9e moins sur des \u00e9changes commerciaux classiques que sur une logique de coproduction, d&rsquo;investissement industriel et de partenariats technologiques de long terme. L&rsquo;\u00e9nergie, les minerais strat\u00e9giques, l&rsquo;industrie manufacturi\u00e8re, la recherche scientifique ou encore la formation des comp\u00e9tences pourraient alors devenir les piliers d&rsquo;une coop\u00e9ration appel\u00e9e \u00e0 s&rsquo;inscrire sur plusieurs d\u00e9cennies.<br>Cette visite intervient \u00e9galement \u00e0 un moment charni\u00e8re pour les deux pays. L&rsquo;Allemagne cherche \u00e0 s\u00e9curiser les ressources, les technologies et les partenariats qui accompagneront la transformation de son appareil industriel, tandis que l&rsquo;Alg\u00e9rie poursuit sa mue \u00e9conomique avec l&rsquo;ambition affich\u00e9e de produire davantage, d&rsquo;innover davantage et d&rsquo;exporter davantage. Rarement les priorit\u00e9s strat\u00e9giques de deux \u00c9tats auront sembl\u00e9 aussi compl\u00e9mentaires. De Berlin \u00e0 Alger, il ne s&rsquo;agit plus seulement de parler d&rsquo;hydrocarbures ou de commerce ext\u00e9rieur, mais bien d&rsquo;imaginer ensemble les cha\u00eenes de valeur industrielles, \u00e9nerg\u00e9tiques et technologiques qui fa\u00e7onneront les \u00e9conomies de demain.<br>Au fond, cette visite pr\u00e9sidentielle pourrait bien symboliser quelque chose de plus profond encore : l&rsquo;\u00e9volution du regard que portent d\u00e9sormais les deux capitales l&rsquo;une sur l&rsquo;autre. L&rsquo;Alg\u00e9rie n&rsquo;est plus uniquement per\u00e7ue comme un fournisseur \u00e9nerg\u00e9tique incontournable de la M\u00e9diterran\u00e9e, tandis que l&rsquo;Allemagne appara\u00eet de moins en moins comme un simple partenaire commercial europ\u00e9en. Si les ambitions affich\u00e9es sont au rendez-vous des r\u00e9alisations, Berlin pourrait marquer le point de d\u00e9part d&rsquo;un partenariat strat\u00e9gique appel\u00e9 \u00e0 changer durablement d&rsquo;\u00e9chelle. Un partenariat o\u00f9 il ne serait plus seulement question d&rsquo;importer et d&rsquo;exporter, mais de produire, d&rsquo;innover et de construire ensemble une partie des industries du futur. Apr\u00e8s tout, certaines visites diplomatiques s&rsquo;ach\u00e8vent avec un communiqu\u00e9 commun. D&rsquo;autres ouvrent un nouveau chapitre. Celle-ci pourrait bien appartenir \u00e0 la seconde cat\u00e9gorie.<br><br><strong>G. Salah Eddine<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est des visites diplomatiques qui d\u00e9passent largement le cadre du protocole. Celle entam\u00e9e, aujourd\u2019hui, par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Abdelmadjid Tebboune, en Allemagne, appartient sans doute \u00e0 cette cat\u00e9gorie. 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