{"id":67024,"date":"2026-08-25T22:07:00","date_gmt":"2026-08-25T22:07:00","guid":{"rendered":"https:\/\/alger16.dz\/?p=67024"},"modified":"2026-08-25T14:36:53","modified_gmt":"2026-08-25T14:36:53","slug":"le-cancer-en-algerie-ce-que-revelent-les-chiffres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alger16.dz\/?p=67024","title":{"rendered":"le Cancer en Alg\u00e9rie: Ce que r\u00e9v\u00e8lent les chiffres"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par G. Salah Eddine<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Et si le cancer en Alg\u00e9rie racontait une histoire bien diff\u00e9rente de celle que l\u2019on imagine ? Derri\u00e8re une maladie dont le poids ne cesse de s\u2019alourdir dans notre pays se dessine une r\u00e9alit\u00e9 bien plus complexe que les statistiques : celle d\u2019un pays confront\u00e9 \u00e0 de nouveaux d\u00e9fis sanitaires, o\u00f9 la pr\u00e9vention, le d\u00e9pistage et l\u2019acc\u00e8s aux soins pourraient faire toute la diff\u00e9rence.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"679\" height=\"452\" src=\"https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/cancer.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-67025\" srcset=\"https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/cancer.jpg 679w, https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/cancer-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 679px) 100vw, 679px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a d&rsquo;abord un t\u00e9l\u00e9phone qui sonne. Puis quelques mots prononc\u00e9s par un m\u00e9decin, souvent avec cette prudence particuli\u00e8re que les familles finissent par reconna\u00eetre : \u00ab Il faut faire d&rsquo;autres examens. \u00bb \u00c0 partir de cet instant, le temps change de rythme. Une biopsie, un scanner, une consultation en oncologie, puis parfois cette annonce que personne ne veut entendre. Dans une famille alg\u00e9rienne comme ailleurs, le cancer ne frappe jamais uniquement un patient. Il s&rsquo;installe dans les conversations, bouleverse les habitudes, mobilise les proches et transforme brutalement l&rsquo;avenir en calendrier de rendez-vous m\u00e9dicaux.<br>Derri\u00e8re les statistiques, il y a donc cette r\u00e9alit\u00e9 beaucoup plus difficile \u00e0 mesurer : des parents qui accompagnent leurs enfants, des \u00e9pouses qui traversent des mois de traitement avec leur mari, des enfants qui prennent soin de leurs parents vieillissants, des patients qui parcourent parfois des centaines de kilom\u00e8tres pour rejoindre un centre sp\u00e9cialis\u00e9. Et chaque ann\u00e9e, le ph\u00e9nom\u00e8ne prend davantage d&rsquo;ampleur.<br>En mai 2026, le minist\u00e8re de la Sant\u00e9 a indiqu\u00e9 que l\u2019Alg\u00e9rie enregistrait actuellement entre 55.000 et 56.000 nouveaux cas de cancer par an. Le minist\u00e8re \u00e9voque \u00e9galement des projections pouvant atteindre 70.000 nouveaux cas annuels \u00e0 l\u2019horizon 2030.<br>Les estimations de l&rsquo;Observatoire mondial du cancer (GLOBOCAN) assure m\u00eame que plus de 64.700 nouveaux cas de cancer ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9s en Alg\u00e9rie, en 2022, et 35.778 d\u00e9c\u00e8s ont \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9s \u00e0 cette maladie. Ces donn\u00e9es ont notamment \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9es, en 2024, par le Pr Mohamed Oukkal, chef du service d&rsquo;oncologie du CHU Beni Messous.<br>Ce m\u00eame constat a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9, en 2025, par le Swedish Institute for Health Economics. Le taux d&rsquo;incidence standardis\u00e9 est estim\u00e9 \u00e0 138 cas pour 100.000 habitants, tandis que la mortalit\u00e9 standardis\u00e9e atteint environ 77 d\u00e9c\u00e8s pour 100.000 habitants sois plus de la moiti\u00e9 des cas.<br>Ces chiffres ne d\u00e9crivent donc pas une flamb\u00e9e soudaine apparue en quelques mois. Ils racontent plut\u00f4t une progression lente mais continue du poids du cancer en Alg\u00e9rie.<br>L&rsquo;\u00e9volution est particuli\u00e8rement visible lorsqu&rsquo;on remonte plusieurs d\u00e9cennies en arri\u00e8re.<br>Le tableau de bord consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Alg\u00e9rie indique que l&rsquo;incidence du cancer a augment\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies. Entre 2000 et 2013, elle aurait ainsi progress\u00e9 de 40 %, tandis que la part des d\u00e9c\u00e8s attribuables au cancer parmi l&rsquo;ensemble des d\u00e9c\u00e8s est pass\u00e9e d&rsquo;environ 8 % en 2008 \u00e0 12 % en 2016. Aujourd\u2019hui, elle se rapproche de 15 %. Soit sur 7 d\u00e9c\u00e8s en Alg\u00e9rie, au mois 1 est d\u00fb au cancer.<br>Il serait toutefois trompeur d&rsquo;interpr\u00e9ter cette hausse comme la cons\u00e9quence d&rsquo;une seule cause. L&rsquo;Alg\u00e9rie change et son profil sanitaire change avec elle.<br>Une analyse publi\u00e9e en 2024 sur la politique alg\u00e9rienne de lutte contre le cancer rappelle que la population vieillit. L&rsquo;esp\u00e9rance de vie augmente. Les habitudes alimentaires se transforment, l&rsquo;urbanisation progresse, la s\u00e9dentarit\u00e9 gagne du terrain et certains facteurs de risque, notamment le tabagisme, continuent de peser lourdement. Parall\u00e8lement, les moyens de diagnostic se sont am\u00e9lior\u00e9s, permettant de d\u00e9tecter davantage de cancers qui seraient autrefois rest\u00e9s ignor\u00e9s. Autrement dit, une partie de l&rsquo;augmentation traduit aussi une meilleure capacit\u00e9 \u00e0 trouver la maladie.<br>Mais cela ne suffit pas \u00e0 expliquer la tendance. Et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 que commence la partie la plus difficile du probl\u00e8me : d\u00e9terminer ce qui pourrait \u00eatre \u00e9vit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Les femmes plus sujettes<br><\/strong>Les chiffres montrent une diff\u00e9rence importante entre les sexes.<br>Selon le tableau de bord de 2025 fond\u00e9 sur les donn\u00e9es de l&rsquo;IARC, l&rsquo;incidence du cancer est plus \u00e9lev\u00e9e chez les femmes alg\u00e9riennes. Selon les chiffres, environ 150 cas pour 100.000 femmes sont touch\u00e9s par cette maladie, contre 127 pour 100.000 chez les hommes. Mais la situation s&rsquo;inverse lorsqu&rsquo;on regarde les d\u00e9c\u00e8s : le taux de mortalit\u00e9 standardis\u00e9 atteint environ 82 pour 100.000 chez les hommes contre 73 chez les femmes.<br>La raison tient notamment au type de cancer auquel sont confront\u00e9s les deux sexes.<br>Chez l&rsquo;homme, le poumon, le c\u00f4lon ou le rectum et surtout la prostate figurent parmi les principales localisations.<br>Chez la femme, c&rsquo;est le cancer du sein qui domine tr\u00e8s largement, devant notamment le cancer colorectal et d&rsquo;autres localisations comme la thyro\u00efde et le col de l&rsquo;ut\u00e9rus.<br>Le cancer du sein est particuli\u00e8rement pr\u00e9occupant.<br>Les donn\u00e9es du registre national des cancers pour 2021-2022 font \u00e9tat de 13. 161 nouveaux cas de cancer du sein en 2022, ce qui en fait la premi\u00e8re localisation canc\u00e9reuse enregistr\u00e9e dans le pays. Le cancer colorectal arrive ensuite avec 7.524 nouveaux cas. Il m\u00e9rite une attention particuli\u00e8re. Son \u00e9volution est \u00e9galement associ\u00e9e \u00e0 des transformations du mode de vie : alimentation, surpoids, s\u00e9dentarit\u00e9 et vieillissement figurent parmi les facteurs \u00e9tudi\u00e9s.<br>Il existe une autre statistique particuli\u00e8rement difficile \u00e0 regarder.<br>Selon des estimations communiqu\u00e9es par le pr\u00e9sident de la Commission nationale de pr\u00e9vention et de lutte contre le cancer, 1.500 \u00e0 2.000 enfants sont diagnostiqu\u00e9s, chaque ann\u00e9e, d&rsquo;un cancer en Alg\u00e9rie.<br>\u00c0 l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;un pays de plusieurs dizaines de millions d&rsquo;habitants, ce nombre peut sembler relativement faible. Dans un service de p\u00e9diatrie oncologique, il prend une tout autre dimension.<br>Un enfant qui devait \u00eatre \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole se retrouve face \u00e0 des examens m\u00e9dicaux, des hospitalisations et parfois des cycles de chimioth\u00e9rapie. Les parents, eux, doivent apprendre en quelques jours un vocabulaire m\u00e9dical qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient aucune raison de conna\u00eetre auparavant.<br>La maladie ne touche alors plus seulement le corps du jeune patient. Elle d\u00e9sorganise toute la famille.<br>Et derri\u00e8re ces milliers de cas, il y a une r\u00e9alit\u00e9 clinique qui inqui\u00e8te les sp\u00e9cialistes : le moment o\u00f9 le cancer est d\u00e9couvert.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le d\u00e9pistage tardif<br><\/strong>Pour mieux comprendre cette derni\u00e8re phrase, il est important de dire qu\u2019en oncologie, quelques mois peuvent parfois changer radicalement le pronostic.<br>Un cancer d\u00e9couvert \u00e0 un stade pr\u00e9coce peut, selon son type et sa localisation, \u00eatre trait\u00e9 avec des chances de gu\u00e9rison nettement sup\u00e9rieures. Lorsqu&rsquo;il est d\u00e9couvert apr\u00e8s la propagation de la tumeur \u00e0 d&rsquo;autres organes, la situation devient \u00e9videmment beaucoup plus complexe.<br>C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment sur ce terrain que les sp\u00e9cialistes alg\u00e9riens veulent d\u00e9sormais concentrer leurs efforts.<br>En mai 2024, le Pr Adda Bounedjar, pr\u00e9sident de la Commission nationale de pr\u00e9vention et de lutte contre le cancer, estimait que l&rsquo;Alg\u00e9rie enregistrait entre 55. 000 et 65.000 nouveaux cas chaque ann\u00e9e et soulignait le retard encore enregistr\u00e9 en mati\u00e8re de diagnostic pr\u00e9coce. Il estimait que l&rsquo;am\u00e9lioration du diagnostic pouvait contribuer \u00e0 r\u00e9duire la mortalit\u00e9 de 15 \u00e0 20 %.<br>Le raisonnement est simple : il ne suffit plus de construire des centres pour traiter davantage de malades. Il faut aussi faire en sorte que les patients arrivent avant que la maladie ne soit devenue difficile \u00e0 contr\u00f4ler.<br>C&rsquo;est probablement l&rsquo;un des changements de philosophie les plus importants dans la politique alg\u00e9rienne de lutte contre le cancer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Et les h\u00f4pitaux dans tout cela ?<br><\/strong>L&rsquo;Alg\u00e9rie n&rsquo;est \u00e9videmment pas rest\u00e9e immobile face \u00e0 cette progression.<br>Le pays a d\u00e9velopp\u00e9, au fil des d\u00e9cennies, un r\u00e9seau de centres sp\u00e9cialis\u00e9s et renforc\u00e9 ses capacit\u00e9s de radioth\u00e9rapie. En 2024, le Pr Bounedjar indiquait que l&rsquo;Alg\u00e9rie disposait de 15 centres de radioth\u00e9rapie et de 52 acc\u00e9l\u00e9rateurs lin\u00e9aires, avec sept nouveaux centres pr\u00e9vus \u00e0 Djelfa, M\u00e9d\u00e9a, B\u00e9ja\u00efa, Oran, Tiaret, Laghouat et Chlef. Selon lui, environ 70 % des patients atteints de cancer doivent recourir \u00e0 la radioth\u00e9rapie.<br>Cette \u00e9volution est loin d&rsquo;\u00eatre n\u00e9gligeable.<br>Elle signifie que la r\u00e9ponse alg\u00e9rienne ne repose plus uniquement sur quelques grands \u00e9tablissements concentr\u00e9s dans les principales villes. Le d\u00e9veloppement de structures r\u00e9gionales doit progressivement rapprocher les traitements des patients et r\u00e9duire les d\u00e9placements parfois \u00e9prouvants entre les wilayas.<br>Mais le probl\u00e8me ne se r\u00e9sume pas aux machines.<br>Il faut des oncologues, des radioth\u00e9rapeutes, des anatomopathologistes, des radiologues, des infirmiers sp\u00e9cialis\u00e9s, des pharmaciens hospitaliers, des psychologues et toute une cha\u00eene m\u00e9dicale capable de faire fonctionner ces \u00e9quipements. Et surtout, il faut r\u00e9duire les d\u00e9lias d\u2019attente pour acc\u00e9der aux soins. Un canc\u00e9reux ne devrait pas esp\u00e9rer la bienfaisance d\u2019un autre pour pouvoir acc\u00e9der aux soins plus rapidement. Il doit au contraire \u00eatre aux petits soins et trouver toujours un sp\u00e9cialiste \u00e0 l\u2019\u00e9coute.<br>Une analyse publi\u00e9e en 2024 souligne justement plusieurs difficult\u00e9s persistantes : les disparit\u00e9s r\u00e9gionales d&rsquo;acc\u00e8s aux soins, les besoins en infrastructures modernes, la disponibilit\u00e9 de certains m\u00e9dicaments, la coordination entre services, la surcharge de certains malades dans un seul centre et les in\u00e9galit\u00e9s d&rsquo;acc\u00e8s aux traitements sp\u00e9cialis\u00e9s.<br>Le d\u00e9fi alg\u00e9rien devient donc progressivement celui de la qualit\u00e9 et de l&rsquo;\u00e9quit\u00e9 de la prise en charge et pas seulement celui du nombre de lits ou de machines.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Un chiffre terrifiant<br><\/strong>Environ 37.000 morts en une ann\u00e9e. Pris isol\u00e9ment, ce chiffre ressemble \u00e0 une statistique. Rapport\u00e9 \u00e0 une famille, il devient autre chose.<br>C&rsquo;est un p\u00e8re qui ne rentrera plus \u00e0 la maison. Une m\u00e8re dont la chaise reste vide \u00e0 table. Un fr\u00e8re dont le t\u00e9l\u00e9phone ne sonnera plus. Une jeune femme qui avait encore des projets. Un parent qui vieillit avec la photographie de son enfant disparu\u2026<br>Le cancer est souvent pr\u00e9sent\u00e9 comme une bataille m\u00e9dicale entre une tumeur et un traitement. En Alg\u00e9rie, comme partout ailleurs, c&rsquo;est aussi une bataille sociale, familiale et \u00e9conomique.<br>Notre pays poss\u00e8de aujourd&rsquo;hui des moyens m\u00e9dicaux beaucoup plus importants qu&rsquo;il y a plusieurs d\u00e9cennies. On dispose de sp\u00e9cialistes, de centres anticancer, d&rsquo;\u00e9quipements de radioth\u00e9rapie et d&rsquo;une exp\u00e9rience croissante dans la prise en charge oncologique.<br>Mais parall\u00e8lement, le nombre de personnes \u00e0 prendre en charge augmente.<br>Le d\u00e9fi des prochaines ann\u00e9es sera donc double : emp\u00eacher davantage de cancers d&rsquo;appara\u00eetre.<br>On ne doit pas simplement penser \u00e0 comment traiter davantage de cancers en 2030 ou en 2040. On doit faire en sorte que moins d&rsquo;Alg\u00e9riens aient besoin d&rsquo;entrer dans ces parcours de soins et que ceux qui y entrent soient diagnostiqu\u00e9s suffisamment t\u00f4t pour avoir une v\u00e9ritable chance de reprendre leur vie.<br>Car derri\u00e8re les statistiques, il y a surtout des vies. Derri\u00e8re chaque nouveau cas enregistr\u00e9 dans un registre, il y a une personne. Et derri\u00e8re chaque d\u00e9c\u00e8s, une famille qui doit apprendre \u00e0 continuer \u00e0 vivre sans son membre disparu. Les chiffres donnent l&rsquo;ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne, mais ils ne disent rien des nuits pass\u00e9es dans les couloirs des services d&rsquo;oncologie, des traitements qui s&rsquo;\u00e9tendent sur des mois ni du silence assourdissant d&rsquo;une chambre lorsque la maladie finit par emporter quelqu&rsquo;un.<br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par G. Salah Eddine Et si le cancer en Alg\u00e9rie racontait une histoire bien diff\u00e9rente de celle que l\u2019on imagine ? 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