{"id":67347,"date":"2026-08-30T22:04:00","date_gmt":"2026-08-30T22:04:00","guid":{"rendered":"https:\/\/alger16.dz\/?p=67347"},"modified":"2026-08-30T15:19:59","modified_gmt":"2026-08-30T15:19:59","slug":"la-traque-au-discours-de-haine-sintensifie-quand-les-mots-depassent-lecran","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alger16.dz\/?p=67347","title":{"rendered":"la traque au discours de haine s\u2019intensifie: quand les mots d\u00e9passent l\u2019\u00e9cran"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par G. Salah Eddine<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Une vid\u00e9o, une phrase, un clic\u2026 et tout peut basculer. Face aux publications haineuses, discriminatoires ou mena\u00e7antes, la justice intervient non pas pour limiter la libert\u00e9 d\u2019expression, mais pour prot\u00e9ger les personnes, pr\u00e9venir les d\u00e9rives et faire respecter la loi. Sur les r\u00e9seaux sociaux, comme ailleurs, la libert\u00e9 s\u2019exerce dans le respect des droits de chacun. Et derri\u00e8re cette s\u00e9rie d\u2019affaires, une r\u00e9alit\u00e9 semble encore \u00e9chapper \u00e0 certains utilisateurs : sur internet aussi, les mots ont des cons\u00e9quences.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/site-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-67348\" srcset=\"https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/site-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/site-300x200.jpg 300w, https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/site-768x512.jpg 768w, https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/site.jpg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a quelque chose d\u2019assez absurde dans la mani\u00e8re dont certains utilisent aujourd\u2019hui les r\u00e9seaux sociaux. Une personne s\u2019installe devant son t\u00e9l\u00e9phone, filme quelques secondes, l\u00e2che une insulte, vise une r\u00e9gion, une cat\u00e9gorie de personnes, une religion ou m\u00eame un enfant, puis publie le tout avec la d\u00e9sinvolture de quelqu\u2019un qui pense que l\u2019\u00e9cran constitue une sorte de mur invisible entre ses paroles et le monde r\u00e9el. Le probl\u00e8me, c\u2019est que ce mur n\u2019existe pas.<br>Une publication peut \u00eatre captur\u00e9e, partag\u00e9e, archiv\u00e9e, comment\u00e9e des milliers de fois et finir entre les mains des enqu\u00eateurs. Ce qui semblait n\u2019\u00eatre qu\u2019un \u00ab contenu \u00bb devient alors une pi\u00e8ce d\u2019un dossier. Ce qui est post\u00e9 sur les r\u00e9seaux n\u2019appartient plus \u00e0 celui qui l\u2019a publi\u00e9, cela devient une propri\u00e9t\u00e9 d\u2019internet.<br>Les affaires annonc\u00e9es, ces derni\u00e8res semaines, par les services de s\u00e9curit\u00e9 en donnent une illustration de plus en plus concr\u00e8te.<br>\u00c0 Blida, le 10 ao\u00fbt, la Gendarmerie nationale a annonc\u00e9 l\u2019arrestation d\u2019un cr\u00e9ateur de contenu apr\u00e8s la diffusion d\u2019une vid\u00e9o contenant des propos visant notamment les personnes portant la barbe et souvent associ\u00e9es, \u00e0 des personnes \u00abreligieuses\u00bb. Selon les autorit\u00e9s, le contenu relevait du discours de haine, de la discrimination et portant atteinte \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 et \u00e0 l\u2019ordre publics.<br>Deux jours plus t\u00f4t, \u00e0 B\u00e9ja\u00efa, un autre internaute avait \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9 apr\u00e8s avoir publi\u00e9 sur Facebook des propos injurieux envers le Proph\u00e8te et l\u2019une de ses \u00e9pouses. Les enqu\u00eateurs ont identifi\u00e9 l\u2019auteur pr\u00e9sum\u00e9 avant de proc\u00e9der \u00e0 son arrestation.<br>Les deux affaires sont diff\u00e9rentes. Le m\u00e9canisme, lui, est devenu familier : une publication en ligne, un signalement, une enqu\u00eate, l\u2019identification de l\u2019auteur, puis la justice.<br>L\u2019affaire Anouar Sayoud est probablement celle qui montre le plus clairement jusqu\u2019o\u00f9 peut aller une publication.<br>Plac\u00e9 en d\u00e9tention provisoire, le 3 ao\u00fbt, il est poursuivi apr\u00e8s la diffusion d\u2019une vid\u00e9o dans laquelle il \u00e9voquait la tenue d\u2019une fille de huit ans, allant jusqu\u2019\u00e0 comparer ses v\u00eatements \u00e0 ceux des \u00abprostitu\u00e9es\u00bb.<br>Cette fois, la victime vis\u00e9 par le contenu n\u2019\u00e9tait pas une personnalit\u00e9 publique ni un groupe abstrait. C\u2019\u00e9tait une enfant.<br>Le tribunal de Boufarik a rendu son verdict le 12 ao\u00fbt. Selon plusieurs m\u00e9dias, Anouar Sayoud a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 deux ans de prison, dont une ann\u00e9e ferme et une ann\u00e9e avec sursis, ainsi qu\u2019\u00e0 une amende de 200.000 dinars. Il devra \u00e9galement verser un dinar symbolique \u00e0 l\u2019Organe national de protection et de promotion de l\u2019enfance, qui s\u2019\u00e9tait constitu\u00e9 partie civile. Le parquet avait requis trois ans de prison ferme et 300.000 dinars d\u2019amende.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La religion, les r\u00e9gions, les femmes\u2026<br><\/strong>L\u2019affaire ne concerne d\u2019ailleurs pas uniquement les insultes visant des individus.<br>Le 11 juin, une utilisatrice de TikTok avait \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e \u00e0 Alger apr\u00e8s la diffusion d\u2019une vid\u00e9o contenant, selon les services de s\u00e9curit\u00e9, des propos haineux visant le quartier d\u2019El Harrach. Son t\u00e9l\u00e9phone avait \u00e9t\u00e9 saisi dans le cadre de l\u2019enqu\u00eate et elle avait ensuite \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e sous mandat de d\u00e9p\u00f4t. Selon des sources m\u00e9diatiques, elle aurait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e \u00e0 trois ans de prison ferme et \u00e0 300. 000 dinars d\u2019amende.<br>Dans un autre dossier, le parquet pr\u00e8s le tribunal correctionnel de Dar El Be\u00efda aurait requis deux ans de prison ferme et 200.000 dinars d\u2019amende contre une femme poursuivie \u00e0 la suite de la diffusion sur TikTok d\u2019une vid\u00e9o ensuite relay\u00e9e sur Facebook. Les poursuites portaient notamment sur la diffusion d\u2019un discours de haine, l\u2019incitation \u00e0 la d\u00e9pravation des m\u0153urs et l\u2019offense envers des services de s\u00e9curit\u00e9.<br>Le ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019est pas nouveau.<br>En octobre 2025, la police d\u2019Alger avait d\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9 l\u2019arrestation d\u2019un utilisateur de TikTok apr\u00e8s la publication d\u2019une vid\u00e9o ciblant les citoyens d\u2019une r\u00e9gion du pays. L\u2019auteur pr\u00e9sum\u00e9 y aurait prof\u00e9r\u00e9 des menaces tout en brandissant un objet pr\u00e9sent\u00e9 comme une arme.<br>Et la s\u00e9rie continue. Cette semaine encore, trois jeunes, dont un mineur, ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s \u00e0 Bordj Bou Arr\u00e9ridj apr\u00e8s la diffusion d\u2019une vid\u00e9o les montrant en train d\u2019insulter le Proph\u00e8te. \u00c0 Sa\u00efda, un homme a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 apr\u00e8s avoir publi\u00e9 sur un r\u00e9seau social une vid\u00e9o contenant, selon les autorit\u00e9s, des propos haineux envers une r\u00e9gion du pays.<br>\u00c0 force de voir d\u00e9filer ce genre d\u2019affaires, on pourrait presque finir par consid\u00e9rer les arrestations comme le fait divers habituel des r\u00e9seaux sociaux. Ce serait une erreur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La libert\u00e9 d\u2019expression n\u2019est pas une carte blanche<br><\/strong>Le vrai probl\u00e8me est peut-\u00eatre moins technologique que culturel. Une partie des utilisateurs continue \u00e0 se comporter sur les r\u00e9seaux comme si tout \u00e9tait permis \u00e0 partir du moment o\u00f9 le contenu est publi\u00e9 depuis une chambre, une voiture ou un studio improvis\u00e9. On cherche l\u2019audience, la r\u00e9action, le partage, le clash. On provoque parce que la pol\u00e9mique fait des vues. Ce sont des personnes en grand manque d\u2019attention qui cherchent donc \u00e0 attirer le regard de l\u2019autre, \u00e0 \u00eatre \u00e9cout\u00e9, \u00e0 \u00eatre remarqu\u00e9. On franchit une limite parce qu\u2019on sait qu\u2019une phrase choquante attirera davantage de commentaires qu\u2019une phrase raisonnable.<br>Puis, lorsque la justice intervient, la surprise est parfois totale. Comme si le nombre de vues pouvait constituer une excuse. Comme si le mot \u00ab influenceur\u00bb donnait un statut particulier devant la loi.<br>Comme si l\u2019\u00e9cran faisait dispara\u00eetre la personne insult\u00e9e, le voisin menac\u00e9, l\u2019enfant expos\u00e9 ou la communaut\u00e9 cibl\u00e9e. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette mentalit\u00e9 qui devient probl\u00e9matique \u00e0 mesure que les r\u00e9seaux sociaux prennent une place centrale dans la vie quotidienne.<br>La publication num\u00e9rique n\u2019est plus une conversation priv\u00e9e entre quelques amis. Une vid\u00e9o peut \u00eatre vue en quelques heures par des milliers de personnes et provoquer un effet de meute qu\u2019aucune discussion ordinaire ne pourrait produire.<br>Le cadre juridique alg\u00e9rien existe justement pour encadrer cette fronti\u00e8re. La loi n\u00b020-05 du 28 avril 2020 relative \u00e0 la pr\u00e9vention et \u00e0 la lutte contre la discrimination et le discours de haine fixe notamment les contours du discours de haine et pr\u00e9voit des sanctions lorsque certains contenus franchissent les limites pr\u00e9vues par la loi.<br>Autrement dit, publier n\u2019est pas un acte sans cons\u00e9quence.<br>La libert\u00e9 d\u2019expression prot\u00e8ge la possibilit\u00e9 de parler, de critiquer, de d\u00e9battre et m\u00eame de contester. Elle ne signifie pas qu\u2019une personne peut appeler \u00e0 la haine, insulter une religion et ses symboles, menacer quelqu\u2019un, humilier un enfant ou s\u2019en prendre \u00e0 une cat\u00e9gorie de la population sans devoir r\u00e9pondre de ses actes.<br>Il existe une diff\u00e9rence, parfois \u00e9norme, entre dire quelque chose qui d\u00e9range et dire quelque chose qui met volontairement autrui en danger ou le transforme en cible.<br>Et cette diff\u00e9rence, il serait peut-\u00eatre temps de la rappeler plus souvent avant que la vid\u00e9o ne devienne virale. Ce qui est en train de changer en Alg\u00e9rie, ce n\u2019est donc pas seulement la surveillance des r\u00e9seaux sociaux. C\u2019est aussi la perception de ce qui s\u2019y passe.<br>Pendant longtemps, beaucoup ont consid\u00e9r\u00e9 internet comme un espace \u00e0 part, o\u00f9 les provocations \u00e9taient sans gravit\u00e9 et o\u00f9 l\u2019on pouvait repousser les limites pour quelques abonn\u00e9s suppl\u00e9mentaires. Cette \u00e9poque est en train de se terminer.<br>Les autorit\u00e9s surveillent davantage les contenus susceptibles d\u2019alimenter la haine, les menaces ou les discriminations. Les enqu\u00eates sont plus rapides. Les t\u00e9l\u00e9phones sont saisis. Les publications deviennent des \u00e9l\u00e9ments de preuve. Et les tribunaux commencent \u00e0 rendre des d\u00e9cisions dans certains dossiers.<br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par G. Salah Eddine Une vid\u00e9o, une phrase, un clic\u2026 et tout peut basculer. 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