{"id":68604,"date":"2026-09-13T19:29:55","date_gmt":"2026-09-13T19:29:55","guid":{"rendered":"https:\/\/alger16.dz\/?p=68604"},"modified":"2026-09-13T19:29:32","modified_gmt":"2026-09-13T19:29:32","slug":"rupture-avec-les-emirats-quand-alger-decide-de-ne-plus-laisser-passer-lalgerie-ne-rompt-jamais-a-la-legere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alger16.dz\/?p=68604","title":{"rendered":"Rupture avec les Emirats : quand Alger d\u00e9cide de ne plus laisser passer : l\u2019Alg\u00e9rie ne rompt jamais \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/alger-makamBON-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-68613\" srcset=\"https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/alger-makamBON-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/alger-makamBON-300x200.jpg 300w, https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/alger-makamBON-768x512.jpg 768w, https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/alger-makamBON.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La d\u00e9cision de l\u2019Alg\u00e9rie de rompre ses relations diplomatiques avec les Emirats Arabes Unis ne saurait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme un simple \u00e9pisode dans le mouvement ordinaire des relations internationales.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour Alger, une rupture diplomatique constitue une mesure exceptionnelle, qui n\u2019intervient ni sur un coup de t\u00eate ni pour une divergence passag\u00e8re. L\u2019histoire diplomatique du pays depuis l\u2019ind\u00e9pendance montre au contraire une constante : privil\u00e9gier le dialogue, maintenir les canaux de communication ouverts et rechercher, autant que possible, des solutions politiques aux diff\u00e9rends.<br>Lorsqu\u2019Alger finit par franchir le pas de la rupture, c\u2019est que les lignes rouges li\u00e9es \u00e0 la souverainet\u00e9, \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale ou aux int\u00e9r\u00eats fondamentaux du pays ont \u00e9t\u00e9, \u00e0 ses yeux, durablement d\u00e9pass\u00e9es.<br>La rupture avec Abou Dhabi prend ainsi place dans une logique qu\u2019il convient de replacer dans la longue trajectoire de la diplomatie alg\u00e9rienne. L\u2019Alg\u00e9rie est un pays qui entretient des relations avec des Etats aux orientations politiques, \u00e9conomiques et strat\u00e9giques tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Elle dialogue avec ses voisins, avec les grandes puissances, avec les pays arabes, africains, europ\u00e9ens, asiatiques et latino-am\u00e9ricains.<br>Elle privil\u00e9gie la concertation et d\u00e9fend traditionnellement le principe de non-ing\u00e9rence dans les affaires int\u00e9rieures des Etats.<br>Cette ouverture ne signifie toutefois pas absence de principes. Bien au contraire. Depuis 1962, la politique \u00e9trang\u00e8re alg\u00e9rienne repose sur un socle particuli\u00e8rement affirm\u00e9 : respect de la souverainet\u00e9, ind\u00e9pendance de la d\u00e9cision nationale, non-ing\u00e9rence, r\u00e8glement pacifique des conflits et refus de toute tentative de d\u00e9stabilisation. La diplomatie alg\u00e9rienne peut donc \u00eatre souple sur les moyens, mais elle se veut ferme lorsqu\u2019il s\u2019agit de ses constantes strat\u00e9giques.<br>Cette ligne de conduite permet aussi de comprendre la dynamique imprim\u00e9e \u00e0 la politique \u00e9trang\u00e8re alg\u00e9rienne depuis l\u2019arriv\u00e9e d\u2019Abdelmadjid Tebboune \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique. Depuis 2019, le chef de l\u2019Etat a plac\u00e9 la diplomatie parmi les priorit\u00e9s de son action, avec la volont\u00e9 de r\u00e9activer le r\u00f4le de l\u2019Alg\u00e9rie sur la sc\u00e8ne r\u00e9gionale et internationale, de renforcer ses relations avec ses partenaires et de faire davantage entendre une voix alg\u00e9rienne ind\u00e9pendante dans les grands dossiers qui touchent son environnement. Il ne s\u2019agit pas de rompre avec les fondamentaux historiques de la diplomatie nationale, mais au contraire de les remettre au premier plan et de leur donner une nouvelle capacit\u00e9 d\u2019action.<br>Cette dynamique s\u2019est traduite par une pr\u00e9sence plus affirm\u00e9e de l\u2019Alg\u00e9rie dans les dossiers africains, arabes et internationaux, ainsi que par une multiplication des consultations diplomatiques et des initiatives. L\u2019objectif est clair : faire de l\u2019Alg\u00e9rie un acteur \u00e0 part enti\u00e8re des \u00e9quilibres de sa r\u00e9gion, capable de d\u00e9fendre ses int\u00e9r\u00eats, de contribuer au r\u00e8glement des crises et de dialoguer avec les diff\u00e9rents p\u00f4les de puissance, tout en pr\u00e9servant son ind\u00e9pendance de d\u00e9cision.<br>Pour Alger, l\u2019ouverture diplomatique ne signifie donc jamais l\u2019alignement. L\u2019Alg\u00e9rie entend entretenir de bonnes relations avec le plus grand nombre de pays, mais sur la base du respect mutuel, de l\u2019\u00e9galit\u00e9 souveraine des Etats et de la non-ing\u00e9rence. Elle peut avoir des divergences avec un partenaire sans n\u00e9cessairement remettre en cause la relation bilat\u00e9rale. La rupture ne devient envisageable que lorsque ces divergences franchissent, selon son appr\u00e9ciation, le cadre normal des relations entre Etats et touchent \u00e0 ses int\u00e9r\u00eats fondamentaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>UNE DIPLOMATIE QUI PRIVIL\u00c9GIE D\u2019ABORD LE DIALOGUE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette caract\u00e9ristique permet de comprendre pourquoi les ruptures diplomatiques demeurent relativement rares dans l\u2019histoire de l\u2019Alg\u00e9rie ind\u00e9pendante.<br>Loin de rechercher syst\u00e9matiquement la confrontation, Alger a souvent privil\u00e9gi\u00e9 la m\u00e9diation, y compris lorsque les protagonistes \u00e9taient engag\u00e9s dans des crises particuli\u00e8rement graves. Cette culture du dialogue a notamment marqu\u00e9 le r\u00f4le jou\u00e9 par l\u2019Alg\u00e9rie dans la r\u00e9solution de plusieurs conflits africains et internationaux.<br>L\u2019exemple de la crise des otages am\u00e9ricains en Iran demeure l\u2019un des plus embl\u00e9matiques. En 1980-1981, Alger sert d\u2019interm\u00e9diaire entre Washington et T\u00e9h\u00e9ran. Les accords d\u2019Alger, conclus en janvier 1981, permettent de d\u00e9bloquer la crise et aboutissent \u00e0 la lib\u00e9ration des otages am\u00e9ricains. Un tel r\u00f4le n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 possible sans la confiance dont b\u00e9n\u00e9ficiait alors l\u2019Alg\u00e9rie aupr\u00e8s de parties profond\u00e9ment antagonistes.<br>Deux d\u00e9cennies plus tard, Alger accueille \u00e9galement le processus ayant conduit aux accords de paix entre l\u2019Ethiopie et l\u2019Erythr\u00e9e en 2000. Sur le continent africain, la diplomatie alg\u00e9rienne s\u2019est r\u00e9guli\u00e8rement positionn\u00e9e en faveur du r\u00e8glement politique des conflits, de la pr\u00e9servation de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 territoriale des Etats et de la recherche de solutions n\u00e9goci\u00e9es.<br>Cette tradition s\u2019est \u00e9galement manifest\u00e9e dans le dossier malien, avec le processus d\u2019Alger ayant abouti \u00e0 l\u2019Accord pour la paix et la r\u00e9conciliation au Mali, en 2015. L\u00e0 encore, le choix d\u2019Alger \u00e9tait celui de la m\u00e9diation plut\u00f4t que de l\u2019affrontement.<br>Autrement dit, lorsqu\u2019une crise appara\u00eet, la premi\u00e8re r\u00e9action de l\u2019Alg\u00e9rie est g\u00e9n\u00e9ralement de chercher \u00e0 pr\u00e9server les possibilit\u00e9s de dialogue. La rupture appara\u00eet comme l\u2019ultime \u00e9tape, et non comme le premier instrument de sa politique \u00e9trang\u00e8re.<br>Cette tradition demeure au c\u0153ur de la diplomatie actuelle. La volont\u00e9 affich\u00e9e sous Abdelmadjid Tebboune de renforcer la pr\u00e9sence internationale de l\u2019Alg\u00e9rie ne s\u2019accompagne pas d\u2019un abandon de cette culture de m\u00e9diation. Au contraire, Alger cherche \u00e0 conjuguer une diplomatie active avec les m\u00eames principes qui ont guid\u00e9 son action depuis l\u2019ind\u00e9pendance : parler avec tous, d\u00e9fendre les solutions politiques et pr\u00e9server la souverainet\u00e9 des Etats.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>LE PR\u00c9C\u00c9DENT MAROCAIN : UNE RUPTURE APR\u00c8S DES ANN\u00c9ES DE TENSIONS<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le pr\u00e9c\u00e9dent des relations avec le Maroc illustre particuli\u00e8rement cette approche. Alger a rompu ses relations diplomatiques avec Rabat, le 24 ao\u00fbt 2021, apr\u00e8s une longue p\u00e9riode de d\u00e9gradation des relations bilat\u00e9rales. La d\u00e9cision n\u2019est donc pas intervenue dans un vide diplomatique. Elle faisait suite \u00e0 une accumulation de diff\u00e9rends et de tensions portant notamment sur le Sahara occidental, les relations r\u00e9gionales, les accusations r\u00e9ciproques et les questions li\u00e9es \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale.<br>Avant cette rupture, les relations alg\u00e9ro-marocaines avaient d\u00e9j\u00e0 travers\u00e9 plusieurs crises. La fermeture de la fronti\u00e8re terrestre, en 1994, avait constitu\u00e9 un pr\u00e9c\u00e9dent lourd. Malgr\u00e9 cela, les deux Etats ont continu\u00e9, pendant des ann\u00e9es, \u00e0 entretenir des relations diplomatiques.<br>La rupture de 2021 a donc confirm\u00e9 une caract\u00e9ristique de la diplomatie alg\u00e9rienne : la patience diplomatique peut \u00eatre longue, mais elle n&rsquo;est pas illimit\u00e9e lorsqu\u2019Alger estime que ses int\u00e9r\u00eats fondamentaux sont directement mis en cause.<br>Cette lecture est importante pour comprendre la d\u00e9cision prise aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019\u00e9gard des \u00e9mirats arabes unis. Elle permet surtout d\u2019\u00e9carter l\u2019id\u00e9e d\u2019une diplomatie alg\u00e9rienne qui recourrait facilement \u00e0 la rupture pour r\u00e9gler des d\u00e9saccords conjoncturels.<br>Le cas marocain rappelle \u00e9galement que la fermet\u00e9 d\u2019Alger ne date pas de la p\u00e9riode actuelle. Elle s\u2019inscrit dans une doctrine ancienne, fond\u00e9e sur la conviction que l\u2019ouverture diplomatique et la d\u00e9fense de la souverainet\u00e9 ne sont pas contradictoires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>ABOU DHABI : UNE D\u00c9CISION QUI S\u2019INSCRIT DANS UNE ESCALADE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La rupture avec les \u00e9mirats arabes unis doit pr\u00e9cis\u00e9ment \u00eatre replac\u00e9e dans cette logique.<br>Les relations entre Alger et Abou Dhabi n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 rompues pour une simple divergence diplomatique ou pour un d\u00e9saccord ponctuel. La d\u00e9cision intervient au terme d\u2019une p\u00e9riode de tensions et de mises en garde dans un contexte r\u00e9gional particuli\u00e8rement sensible pour l\u2019Alg\u00e9rie.<br>Pour Alger, les questions touchant \u00e0 la stabilit\u00e9 de son environnement imm\u00e9diat rev\u00eatent une importance particuli\u00e8re.<br>Le Sahel, la Libye, le Sahara occidental, la s\u00e9curit\u00e9 des fronti\u00e8res et les \u00e9quilibres au Maghreb constituent autant de dossiers sur lesquels l\u2019Alg\u00e9rie consid\u00e8re que toute tentative d\u2019influence ext\u00e9rieure susceptible de modifier les \u00e9quilibres r\u00e9gionaux m\u00e9rite une vigilance particuli\u00e8re.<br>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment sur ce terrain qu\u2019il faut comprendre la fermet\u00e9 alg\u00e9rienne. L\u2019Alg\u00e9rie ne refuse pas le partenariat avec les puissances r\u00e9gionales ou internationales. Elle entretient, au contraire, des relations \u00e9conomiques et politiques avec un tr\u00e8s grand nombre d\u2019Etats. Mais elle refuse que le partenariat se transforme en pression, en ing\u00e9rence ou en intervention dans des dossiers qu\u2019elle consid\u00e8re comme relevant directement de sa s\u00e9curit\u00e9 nationale et de ses int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques.<br>La rupture avec Abou Dhabi appara\u00eet d\u00e8s lors comme un message de souverainet\u00e9 : les relations diplomatiques peuvent \u00eatre diversifi\u00e9es, les partenariats peuvent \u00eatre nombreux, mais aucune relation ne se situe au-dessus des int\u00e9r\u00eats fondamentaux de l\u2019Etat alg\u00e9rien.<br>Cette position prend d\u2019autant plus de poids dans le contexte actuel que l\u2019Alg\u00e9rie, sous Abdelmadjid Tebboune, entend assumer pleinement son r\u00f4le dans son environnement r\u00e9gional. L\u2019objectif n\u2019est pas de s\u2019immiscer dans les affaires des autres pays, mais de ne plus accepter que les \u00e9quilibres de son voisinage soient d\u00e9finis sans tenir compte de ses int\u00e9r\u00eats et de sa s\u00e9curit\u00e9.<br>Alger entend ainsi \u00eatre un acteur qui compte dans les discussions concernant le Maghreb, le Sahel, la M\u00e9diterran\u00e9e et le monde arabe. La r\u00e9activation de son r\u00f4le diplomatique s\u2019accompagne d\u2019une affirmation plus nette de ses positions et d\u2019une volont\u00e9 de d\u00e9fendre directement ses int\u00e9r\u00eats lorsqu\u2019elle estime qu\u2019ils sont menac\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>UN PAYS OUVERT, MAIS QUI CONNA\u00ceT SES LIGNES ROUGES<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il existe parfois un paradoxe apparent dans la perception de la diplomatie alg\u00e9rienne. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, Alger d\u00e9fend avec constance le dialogue, la coop\u00e9ration et le r\u00e8glement pacifique des diff\u00e9rends. De l\u2019autre, elle peut adopter, lorsqu\u2019elle consid\u00e8re ses int\u00e9r\u00eats vitaux menac\u00e9s, des positions particuli\u00e8rement fermes. Il ne s\u2019agit pourtant pas d\u2019une contradiction.<br>La conception alg\u00e9rienne de la diplomatie repose pr\u00e9cis\u00e9ment sur cette articulation entre ouverture et fermet\u00e9. L\u2019Alg\u00e9rie est un pays de dialogue, mais elle n\u2019est pas un pays sans lignes rouges. Elle est favorable \u00e0 la coop\u00e9ration, mais pas \u00e0 l\u2019ing\u00e9rence. Elle d\u00e9fend le partenariat, mais pas la d\u00e9pendance. Elle soutient le r\u00e8glement pacifique des conflits, mais refuse que la recherche de la paix serve de pr\u00e9texte \u00e0 l\u2019affaiblissement de la souverainet\u00e9 des Etats.<br>Cette posture trouve son origine dans l\u2019histoire m\u00eame du pays. Issue d\u2019une guerre de Lib\u00e9ration nationale, l\u2019Alg\u00e9rie ind\u00e9pendante a fait de la souverainet\u00e9 un principe fondateur. Son exp\u00e9rience historique explique en grande partie la sensibilit\u00e9 particuli\u00e8re de sa diplomatie aux questions d\u2019ing\u00e9rence, de d\u00e9stabilisation et d\u2019atteinte \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance de d\u00e9cision.<br>C\u2019est \u00e9galement ce qui explique la place accord\u00e9e par Alger au principe de non-ing\u00e9rence dans les affaires int\u00e9rieures des Etats et au droit des peuples \u00e0 disposer d\u2019eux-m\u00eames.<br>Sous Abdelmadjid Tebboune, cette conception est r\u00e9affirm\u00e9e dans un contexte international marqu\u00e9 par le retour des rapports de force et la multiplication des crises. La r\u00e9ponse alg\u00e9rienne consiste \u00e0 renforcer ses partenariats sans renoncer \u00e0 son autonomie, \u00e0 d\u00e9velopper ses relations \u00e9conomiques et politiques avec diff\u00e9rents p\u00f4les de puissance et \u00e0 d\u00e9fendre une diplomatie fond\u00e9e sur l\u2019int\u00e9r\u00eat national.<br>L\u2019Alg\u00e9rie peut ainsi travailler avec des partenaires diff\u00e9rents, parfois m\u00eame concurrents entre eux, sans consid\u00e9rer qu\u2019une relation avec l\u2019un impose automatiquement une rupture avec l\u2019autre. Cette diversification constitue pr\u00e9cis\u00e9ment un \u00e9l\u00e9ment de son ind\u00e9pendance strat\u00e9gique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>LA S\u00c9CURIT\u00c9 R\u00c9GIONALE, UNE QUESTION NON N\u00c9GOCIABLE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour l\u2019Alg\u00e9rie, cette doctrine prend une dimension suppl\u00e9mentaire en raison de sa position g\u00e9ographique. Le pays partage de longues fronti\u00e8res avec plusieurs espaces confront\u00e9s \u00e0 des crises s\u00e9curitaires et politiques. Sa profondeur strat\u00e9gique s\u2019\u00e9tend du Maghreb au Sahel et jusqu\u2019\u00e0 la M\u00e9diterran\u00e9e.<br>Dans cet environnement, Alger consid\u00e8re que la stabilit\u00e9 r\u00e9gionale ne peut \u00eatre construite \u00e0 travers des jeux d\u2019influence, des interventions indirectes ou des politiques visant \u00e0 modifier les \u00e9quilibres internes des Etats. Elle d\u00e9fend plut\u00f4t le principe de solutions politiques, n\u00e9goci\u00e9es par les acteurs concern\u00e9s et respectueuses de la souverainet\u00e9 des pays.<br>C\u2019est notamment dans ce cadre qu\u2019il faut replacer l\u2019approche alg\u00e9rienne vis-\u00e0-vis de la Libye, du Mali, du Niger et des autres crises de son voisinage. Alger consid\u00e8re que la multiplication des acteurs ext\u00e9rieurs et des agendas concurrents risque d\u2019aggraver les crises plut\u00f4t que de les r\u00e9soudre.<br>Cette position explique aussi pourquoi l\u2019Alg\u00e9rie accorde une importance particuli\u00e8re au r\u00f4le des organisations r\u00e9gionales et internationales, notamment l\u2019Union africaine et les Nations unies.<br>La diplomatie alg\u00e9rienne d\u00e9fend ainsi une conception o\u00f9 la puissance ne doit pas \u00eatre synonyme d\u2019imposition. Pour Alger, un Etat, quelle que soit sa puissance \u00e9conomique ou militaire, ne peut disposer d\u2019un droit particulier \u00e0 intervenir dans les affaires d\u2019un autre Etat.<br>Cette conception a pris une dimension nouvelle sous Abdelmadjid Tebboune. La volont\u00e9 de faire de l\u2019Alg\u00e9rie un acteur majeur de la r\u00e9gion repose justement sur cette capacit\u00e9 \u00e0 peser sans chercher \u00e0 dominer, \u00e0 d\u00e9fendre ses int\u00e9r\u00eats sans nier ceux des autres et \u00e0 contribuer \u00e0 la stabilit\u00e9 sans s\u2019arroger le droit de d\u00e9cider \u00e0 la place des voisins.<br>L\u2019Alg\u00e9rie entend ainsi exercer une influence par le dialogue, la diplomatie, les partenariats et la m\u00e9diation, tout en conservant la possibilit\u00e9 d\u2019adopter des positions fermes lorsque sa s\u00e9curit\u00e9 nationale est directement concern\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>UNE COH\u00c9RENCE DIPLOMATIQUE QUI TRAVERSE LES D\u00c9CENNIES<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De la Palestine au Sahara occidental, du Sahel \u00e0 la Libye, des m\u00e9diations africaines aux responsabilit\u00e9s assum\u00e9es au Conseil de s\u00e9curit\u00e9, les positions alg\u00e9riennes peuvent \u00eatre diff\u00e9rentes selon les dossiers, mais elles s\u2019inscrivent dans un m\u00eame cadre : souverainet\u00e9, int\u00e9grit\u00e9 territoriale, autod\u00e9termination et r\u00e8glement politique des conflits.<br>L\u2019\u00e9lection de l\u2019Alg\u00e9rie au Conseil de s\u00e9curit\u00e9 pour le mandat 2024-2025 a d\u2019ailleurs offert une nouvelle tribune \u00e0 cette diplomatie. Alger y a d\u00e9fendu plusieurs de ses constantes, notamment la question palestinienne, le respect du droit international et le renforcement du r\u00f4le des Nations unies dans la pr\u00e9vention et le r\u00e8glement des conflits.<br>La question palestinienne demeure, \u00e0 ce titre, un marqueur historique. L\u2019Alg\u00e9rie avait accueilli, en 1988, la proclamation de l\u2019Etat de Palestine et continue de d\u00e9fendre son droit \u00e0 l\u2019existence, \u00e0 la souverainet\u00e9 et \u00e0 l\u2019autod\u00e9termination. Cette constance illustre une conception de la politique \u00e9trang\u00e8re dans laquelle les positions de principe ne sont pas uniquement dict\u00e9es par les circonstances du moment.<br>C\u2019est cette continuit\u00e9 qui permet \u00e9galement de comprendre la port\u00e9e des d\u00e9cisions de rupture prises \u00e0 l\u2019\u00e9gard de certains Etats. Lorsque l\u2019Alg\u00e9rie rompt, elle entend g\u00e9n\u00e9ralement signifier qu\u2019un seuil a \u00e9t\u00e9 franchi et que les m\u00e9canismes ordinaires du dialogue ne suffisent plus \u00e0 pr\u00e9server ses int\u00e9r\u00eats.<br>Ainsi, le cas des \u00e9mirats arabes unis, apr\u00e8s celui du Maroc, ne doit pas \u00eatre lu comme le signe d\u2019un changement vers une diplomatie de confrontation. Il peut, au contraire, \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme l\u2019expression d\u2019une m\u00eame doctrine : le dialogue aussi longtemps qu\u2019il est possible, la fermet\u00e9 lorsqu\u2019il devient n\u00e9cessaire de d\u00e9fendre la souverainet\u00e9 nationale.<br>L\u2019arriv\u00e9e d\u2019Abdelmadjid Tebboune n\u2019a pas remis en cause cette doctrine. Elle lui a donn\u00e9 une nouvelle impulsion. En r\u00e9affirmant la place de la diplomatie dans l\u2019action de l\u2019Etat et en multipliant les initiatives et les consultations, Alger cherche \u00e0 retrouver toute sa capacit\u00e9 d\u2019action dans une r\u00e9gion en pleine recomposition.<br>L\u2019Alg\u00e9rie ne cherche pas \u00e0 multiplier les rapports de force. Elle cherche plut\u00f4t \u00e0 disposer des moyens diplomatiques n\u00e9cessaires pour d\u00e9fendre ses int\u00e9r\u00eats, prot\u00e9ger sa s\u00e9curit\u00e9 et peser sur les \u00e9volutions qui touchent directement son environnement.<br>Dans cette perspective, Alger ne cherche pas \u00e0 multiplier les ruptures. Son int\u00e9r\u00eat est pr\u00e9cis\u00e9ment inverse : conserver des relations avec le plus grand nombre de pays, d\u00e9velopper les \u00e9changes et maintenir ouverts les canaux de communication. Mais cette ouverture est conditionn\u00e9e par une r\u00e8gle fondamentale : le respect mutuel.<br>C\u2019est l\u00e0 toute la singularit\u00e9 de la position alg\u00e9rienne. L\u2019Alg\u00e9rie est un pays de dialogue, mais elle n\u2019est pas un pays que l\u2019on peut pousser ind\u00e9finiment \u00e0 accepter ce qu\u2019elle consid\u00e8re comme une atteinte \u00e0 ses int\u00e9r\u00eats souverains.<br>Depuis 1962, les gouvernements alg\u00e9riens ont chang\u00e9, les \u00e9quilibres internationaux se sont transform\u00e9s et les crises se sont succ\u00e9d\u00e9. Pourtant, une constante demeure : Alger peut privil\u00e9gier la patience diplomatique, multiplier les consultations et chercher des compromis, mais lorsque la souverainet\u00e9, la s\u00e9curit\u00e9 nationale ou les int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques du pays sont directement concern\u00e9s, la ligne rouge finit par s\u2019imposer.<br>Sous Abdelmadjid Tebboune, cette ligne s\u2019accompagne d\u2019une ambition suppl\u00e9mentaire : faire de l\u2019Alg\u00e9rie une puissance r\u00e9gionale pleinement assum\u00e9e, non pas par la confrontation ou l\u2019ing\u00e9rence, mais par sa capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9fendre ses positions, \u00e0 proposer des solutions, \u00e0 nouer des partenariats diversifi\u00e9s et \u00e0 faire respecter ses int\u00e9r\u00eats.<br>La rupture diplomatique n\u2019est donc pas, pour l\u2019Alg\u00e9rie, un outil ordinaire de politique \u00e9trang\u00e8re. Elle constitue l\u2019aboutissement d\u2019un processus et le dernier avertissement d\u2019une diplomatie qui pr\u00e9f\u00e8re parler, n\u00e9gocier et pr\u00e9venir \u2014 mais qui entend aussi faire respecter ses lignes rouges.<br>Au fond, le message de la diplomatie alg\u00e9rienne reste coh\u00e9rent depuis l\u2019ind\u00e9pendance : Alger veut entretenir des relations avec tous, mais sur la base du respect mutuel ; elle veut coop\u00e9rer avec tous, mais sans renoncer \u00e0 son ind\u00e9pendance ; elle veut contribuer \u00e0 la paix et \u00e0 la stabilit\u00e9, mais sans accepter que cette volont\u00e9 soit interpr\u00e9t\u00e9e comme une faiblesse.<br>Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette combinaison entre ouverture diplomatique, affirmation de la souverainet\u00e9 et capacit\u00e9 de d\u00e9cision qui permet aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie de revendiquer une place d\u2019acteur majeur dans sa r\u00e9gion.<br><strong>ALGER 16<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"500\" src=\"https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/alg-BON.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-68616\" srcset=\"https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/alg-BON.jpg 800w, https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/alg-BON-300x188.jpg 300w, https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/alg-BON-768x480.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>LES PILIERS DE LA DIPLOMATIE ALG\u00c9RIENNE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La doctrine de non-ing\u00e9rence : <\/strong>L&rsquo;Alg\u00e9rie accorde une importance primordiale au respect de la souverainet\u00e9 des \u00c9tats et attend la m\u00eame r\u00e9ciprocit\u00e9 en retour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La patience strat\u00e9gique : Avant d&rsquo;en arriver \u00e0 une rupture d\u00e9finitive, <\/strong>la diplomatie alg\u00e9rienne passe g\u00e9n\u00e9ralement par plusieurs \u00e9tapes de protestation (convocation d&rsquo;ambassadeurs, communiqu\u00e9s officiels, rappels pour consultations).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L&rsquo;impact des \u00ab\u00a0lignes rouges\u00a0\u00bb : Une rupture totale de dialogue ne survient <\/strong>que lorsque le pays estime que ses int\u00e9r\u00eats vitaux, sa s\u00e9curit\u00e9 nationale ou ses principes fondamentaux ont \u00e9t\u00e9 gravement et durablement menac\u00e9s<br>par des actes hostiles r\u00e9p\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La d\u00e9cision de l\u2019Alg\u00e9rie de rompre ses relations diplomatiques avec les Emirats Arabes Unis ne saurait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme un simple \u00e9pisode dans le mouvement ordinaire des relations internationales. 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