{"id":71185,"date":"2026-10-11T19:30:00","date_gmt":"2026-10-11T19:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/alger16.dz\/?p=71185"},"modified":"2026-10-11T19:11:20","modified_gmt":"2026-10-11T19:11:20","slug":"11%e1%b5%89-festival-de-la-creation-feminine-des-cuisines-familiales-aux-archives-la-quete-de-yasmina-sellam-a-lhonneur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alger16.dz\/?p=71185","title":{"rendered":"11\u1d49 festival de la cr\u00e9ation f\u00e9minine : Des cuisines familiales aux archives, la qu\u00eate de Yasmina Sellam \u00e0 l\u2019honneur"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/chef-yasmina-sellam-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-71192\" srcset=\"https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/chef-yasmina-sellam-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/chef-yasmina-sellam-300x200.jpg 300w, https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/chef-yasmina-sellam-768x512.jpg 768w, https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/chef-yasmina-sellam-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/alger16.dz\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/chef-yasmina-sellam-2048x1366.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Invit\u00e9e vendredi dernier \u00e0 la Villa Boulkine, \u00e0 Alger, dans le cadre du 11\u1d49 Festival de la cr\u00e9ation f\u00e9minine, l\u2019autrice et cheffe Yasmina Sellam a partag\u00e9 un parcours singulier, guid\u00e9 par une m\u00eame exigence : retrouver, documenter et transmettre la m\u00e9moire culinaire alg\u00e9rienne. Des cuisines familiales aux archives anciennes, de ses premiers travaux aux distinctions internationales, itin\u00e9raire d\u2019une passion devenue \u0153uvre de sauvegarde patrimoniale.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mise \u00e0 l\u2019honneur la veille, lors de la c\u00e9r\u00e9monie d\u2019ouverture du festival, Yasmina Sellam a offert au public bien davantage qu\u2019un voyage au c\u0153ur des recettes traditionnelles. Derri\u00e8re les plats, leurs ingr\u00e9dients et leurs saveurs, elle a fait revivre des fragments d\u2019histoire, des pratiques h\u00e9rit\u00e9es et des savoir-faire transmis de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. Car, pour cette passionn\u00e9e, la cuisine ne se r\u00e9sume pas \u00e0 l\u2019art d\u2019assembler des produits : elle constitue une m\u00e9moire vivante, un t\u00e9moignage des soci\u00e9t\u00e9s et un patrimoine qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre \u00e9tudi\u00e9 avec autant de rigueur que les autres pans de l\u2019histoire nationale.<br>Rien, pourtant, ne semblait pr\u00e9destiner Yasmina Sellam \u00e0 emprunter cette voie. \u00abRien n\u2019indiquait que j\u2019allais faire de la cuisine \u00bb, confie-t-elle avec du recul. Les premi\u00e8res traces de cette vocation se trouvent dans la demeure familiale de ses grands-parents, o\u00f9 elle observait les femmes s\u2019affairer autour des fourneaux, entre pr\u00e9parations culinaires, couture et gestes familiers du quotidien. Sans encore mesurer la port\u00e9e de ces sc\u00e8nes, elle en absorbait les d\u00e9tails, les habitudes et les secrets.<br>\u00ab Je n\u2019ai pas touch\u00e9, mais j\u2019ai tout gard\u00e9\u00bb, r\u00e9sume-t-elle avec po\u00e9sie. Une phrase qui dit beaucoup de cette transmission silencieuse, longtemps assur\u00e9e au sein des foyers, o\u00f9 les gestes se perp\u00e9tuaient sans n\u00e9cessairement \u00eatre consign\u00e9s par \u00e9crit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>De l\u2019agronomie aux archives culinaires<br><\/strong>Apr\u00e8s l\u2019obtention de son baccalaur\u00e9at, alors que nombre de ses camarades s\u2019orientaient vers des \u00e9tudes de m\u00e9decine, Yasmina Sellam choisit l\u2019agronomie, suivant les conseils de son p\u00e8re. Une orientation qui, loin de l\u2019\u00e9loigner de la cuisine, lui ouvre de nouvelles perspectives. \u00ab J\u2019ai d\u00e9couvert un monde extraordinaire et j\u2019ai vu qu\u2019\u00eatre ing\u00e9nieur agronome, c\u2019est tr\u00e8s proche de la cuisine \u00bb, souligne-t-elle.<br>L\u2019\u00e9tude des produits, leur origine, leurs caract\u00e9ristiques et leur transformation lui permet d\u2019\u00e9tablir un lien entre les sciences agronomiques et les pratiques culinaires. La cuisine devient progressivement, dans son regard, un domaine o\u00f9 se rencontrent la terre, les ressources naturelles, les techniques et la culture.<br>Apr\u00e8s vingt-huit ann\u00e9es d\u2019enseignement sup\u00e9rieur, l\u2019envie d\u2019ouvrir un nouveau chapitre finit par s\u2019imposer. Son premier projet, consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique v\u00e9g\u00e9tale, ne voit pas le jour. Mais cette tentative ouvre la voie \u00e0 une ambition plus profonde : redonner une place aux recettes oubli\u00e9es et restituer la richesse de la m\u00e9moire culinaire alg\u00e9rienne.<br>\u00c0 partir de 2012, Yasmina Sellam entreprend de retrouver, de r\u00e9habiliter et de reproduire des pr\u00e9parations anciennes. Son travail ne s\u2019arr\u00eate toutefois pas \u00e0 la restitution des recettes. Chaque plat appelle une recherche sur ses origines, son \u00e9volution et la place qu\u2019il occupe dans l\u2019histoire des communaut\u00e9s qui l\u2019ont transmis.<br>Chez elle, d\u2019ailleurs, ceux qui viennent d\u00e9couvrir sa cuisine ne sont pas de simples clients, mais des \u00ab invit\u00e9s \u00bb. Autour de la table, la d\u00e9gustation devient un moment de transmission : les mets sont accompagn\u00e9s de r\u00e9cits, d\u2019explications historiques et d\u2019anecdotes qui leur restituent une profondeur souvent effac\u00e9e par le temps.<br>Cette d\u00e9marche exige de la patience et une curiosit\u00e9 constante. Yasmina Sellam plonge dans les ouvrages anciens, consulte les \u00e9crits d\u2019\u00e9poque et accumule les r\u00e9f\u00e9rences susceptibles d\u2019\u00e9clairer l\u2019histoire des pratiques culinaires. Nuit apr\u00e8s nuit, elle traque une recette, une mention oubli\u00e9e ou un indice permettant de reconstituer un pan de cette m\u00e9moire. Les livres deviennent ses compagnons de recherche, et la cuisine, un v\u00e9ritable terrain d\u2019investigation.<br>Avec les ann\u00e9es, une conviction s\u2019impose : ce savoir ne saurait rester une collection de d\u00e9couvertes personnelles. \u00ab Au bout de quelques ann\u00e9es, je me suis dit que ce que j\u2019avais amass\u00e9 comme patrimoine, je ne pouvais pas le garder pour moi. Il fallait le transmettre. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Des livres pour inscrire la gastronomie dans l\u2019Histoire<br><\/strong>Cette volont\u00e9 de transmission prend forme en 2022 avec la publication de M\u00e9moire culinaire de l\u2019Alg\u00e9rie, aux \u00e9ditions ANEP. Dans cet ouvrage, Yasmina Sellam replace les traditions culinaires nationales dans une perspective historique \u00e9tendue, en remontant aux premi\u00e8res ma\u00eetrises du feu et aux grandes \u00e9tapes de l\u2019\u00e9volution des soci\u00e9t\u00e9s.<br>L\u2019ambition est de d\u00e9passer le simple inventaire des recettes pour mettre en lumi\u00e8re la richesse d\u2019un patrimoine fa\u00e7onn\u00e9 par les ressources du territoire, les \u00e9changes entre les peuples et la transmission des savoir-faire. \u00c0 travers cette approche, la gastronomie appara\u00eet comme une source de connaissance \u00e0 part enti\u00e8re, capable de r\u00e9v\u00e9ler les modes de vie, les \u00e9volutions techniques et les liens entre les g\u00e9n\u00e9rations.<br>L\u2019ouvrage conna\u00eet une reconnaissance internationale. S\u00e9lectionn\u00e9 aux Gourmand World Cookbook Awards, il remporte le premier prix de sa cat\u00e9gorie lors de la c\u00e9r\u00e9monie organis\u00e9e en Su\u00e8de. Une distinction qui vient r\u00e9compenser ce travail de documentation et encourage son autrice \u00e0 poursuivre ses recherches.<br>En 2024, elle publie un deuxi\u00e8me ouvrage, Le Couscous, racines et couleurs d\u2019Alg\u00e9rie, toujours aux \u00e9ditions ANEP. Le choix de ce plat embl\u00e9matique r\u00e9pond \u00e0 une volont\u00e9 pr\u00e9cise : examiner son histoire, sa diversit\u00e9 et ses transformations \u00e0 partir de sources document\u00e9es dans un contexte o\u00f9 les discussions sur les origines et l\u2019appartenance culturelle des traditions culinaires peuvent rapidement se transformer en controverses.<br>Pour Yasmina Sellam, la r\u00e9ponse ne se trouve ni dans les slogans ni dans les pol\u00e9miques, mais dans les archives, les \u00e9crits anciens et le travail scientifique. Il s\u2019agit de restituer les faits, d\u2019identifier les \u00e9volutions et de comprendre comment une pr\u00e9paration traverse les \u00e9poques, s\u2019adapte aux territoires et se transmet entre les communaut\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le couscous, une histoire de circulations et d\u2019innovations<br><\/strong>Lors de sa rencontre avec le public \u00e0 la Villa Boulkine, l\u2019autrice est revenue sur l\u2019histoire ancienne du couscous et sur la diversit\u00e9 de ses d\u00e9clinaisons en Alg\u00e9rie. Elle a notamment \u00e9voqu\u00e9 l\u2019industrialisation pr\u00e9coce de sa production, les premi\u00e8res d\u00e9marches d\u2019exportation et les innovations techniques qui ont accompagn\u00e9 sa commercialisation.<br>Ces \u00e9l\u00e9ments permettent d\u2019aborder le couscous au-del\u00e0 de sa dimension symbolique : comme un produit dont l\u2019histoire est aussi li\u00e9e aux techniques de fabrication, aux circuits d\u2019\u00e9change et aux transformations \u00e9conomiques. Le travail de Yasmina Sellam vise \u00e0 documenter la place de l\u2019Alg\u00e9rie dans cette \u00e9volution, en s\u2019appuyant sur les traces laiss\u00e9es dans les sources historiques.<br>Sa d\u00e9marche repose \u00e9galement sur une conception ouverte des \u00e9changes culturels. Les recettes, rappelle-t-elle, ne demeurent pas fig\u00e9es dans leur territoire d\u2019origine : elles circulent, se transforment et se r\u00e9inventent au contact d\u2019autres soci\u00e9t\u00e9s. \u00ab Quand deux civilisations se c\u00f4toient, l\u2019\u00e9change est de part et d\u2019autre\u00bb, a-t-elle rappel\u00e9.<br>Ses recherches dans les archives l\u2019ont notamment conduite \u00e0 d\u00e9couvrir deux recettes de soupes portant le nom de l\u2019\u00e9mir Abdelkader, l\u2019une consign\u00e9e en Angleterre et l\u2019autre aux \u00c9tats-Unis. Une d\u00e9couverte qui l\u2019a amen\u00e9e \u00e0 s\u2019interroger sur la circulation internationale de la figure de l\u2019\u00c9mir et sur les traces que son rayonnement a pu laisser jusque dans les ouvrages culinaires.<br>Au fil de ses recherches, les livres de cuisine se r\u00e9v\u00e8lent ainsi \u00eatre des t\u00e9moins inattendus des relations entre les soci\u00e9t\u00e9s. Une recette, une appellation ou une r\u00e9f\u00e9rence historique peut \u00e9clairer des circulations culturelles parfois m\u00e9connues et rappeler que les patrimoines culinaires se construisent aussi \u00e0 travers les rencontres, les adaptations et les \u00e9changes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Reconnaissance au service du patrimoine<br><\/strong>La reconnaissance obtenue par ses ouvrages a pris une nouvelle dimension en 2025, lorsque Yasmina Sellam s\u2019est vu attribuer la distinction \u00ab Best of the Best \u00bb lors d\u2019une c\u00e9r\u00e9monie organis\u00e9e \u00e0 Riyad, en Arabie saoudite. Cette r\u00e9compense, pr\u00e9sent\u00e9e comme une distinction d\u2019excellence r\u00e9unissant des livres de cuisine d\u00e9j\u00e0 prim\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale, est venue prolonger le parcours de ses deux publications.<br>Au-del\u00e0 du prestige des distinctions, l\u2019essentiel demeure, pour l\u2019autrice, la reconnaissance d\u2019un patrimoine qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre \u00e9tudi\u00e9, valoris\u00e9 et transmis. Son travail entend donner une visibilit\u00e9 \u00e0 des pratiques longtemps conserv\u00e9es dans les foyers, souvent perp\u00e9tu\u00e9es par les femmes, mais rarement consign\u00e9es de mani\u00e8re syst\u00e9matique dans des ouvrages de r\u00e9f\u00e9rence.<br>C\u2019est l\u00e0 que r\u00e9side la singularit\u00e9 de son parcours : avoir fait dialoguer la rigueur de la recherche avec la sensibilit\u00e9 de la cuisine, l\u2019exigence de la documentation avec le plaisir du partage. En recueillant les recettes, en remontant leurs filiations et en confrontant les t\u00e9moignages aux sources \u00e9crites, Yasmina Sellam contribue \u00e0 pr\u00e9server une m\u00e9moire qui risquerait autrement de se fragmenter au fil des g\u00e9n\u00e9rations.<br>Car les cuisines familiales sont aussi des lieux de transmission de l\u2019histoire. Des gestes r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, des pr\u00e9parations apprises en observant les a\u00een\u00e9es, des ingr\u00e9dients choisis selon les saisons : autant de pratiques qui racontent une soci\u00e9t\u00e9 sans toujours laisser de traces \u00e9crites. En les consignant dans ses ouvrages, Yasmina Sellam transforme cet h\u00e9ritage quotidien en objet de recherche et de m\u00e9moire collective.<br>\u00ab Il faut \u00e9crire des livres qui restent dans l\u2019histoire \u00bb, affirme-t-elle. Une ambition qui r\u00e9sume le sens de son engagement : faire en sorte que la gastronomie alg\u00e9rienne ne soit pas seulement appr\u00e9ci\u00e9e pour ses saveurs, mais \u00e9galement reconnue pour la profondeur de son histoire et la richesse de ses savoir-faire.<br>\u00c0 travers ses livres comme autour de sa table, chaque recette devient le point de d\u00e9part d\u2019un r\u00e9cit plus vaste. Celui d\u2019un pays, de ses terroirs, de ses \u00e9changes et de ses g\u00e9n\u00e9rations. Car si la cuisine se transmet d\u2019abord par les gestes et les saveurs, elle peut aussi s\u2019inscrire durablement dans les pages de l\u2019Histoire, \u00e0 condition que quelqu\u2019un prenne le temps de la raconter.<br>Zineb Bouzid<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Invit\u00e9e vendredi dernier \u00e0 la Villa Boulkine, \u00e0 Alger, dans le cadre du 11\u1d49 Festival de la cr\u00e9ation f\u00e9minine, l\u2019autrice et cheffe Yasmina Sellam a partag\u00e9 un parcours singulier, guid\u00e9 par une m\u00eame exigence : retrouver, documenter et transmettre la m\u00e9moire culinaire alg\u00e9rienne. 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