
C’est tout simplement le plus grand événement sportif de la planète. La Coupe du monde de la FIFA, la plus prestigieuse des compétitions, livrera son verdict ce soir au MetLife Stadium de New York-New Jersey dans une confrontation qui s’annonce légendaire entre l’Espagne et l’Argentine.
Le rideau tombera ainsi sur la plus grande Coupe du monde jamais organisée. Au terme de 104 rencontres disputées à travers les États-Unis, le Canada et le Mexique, les deux meilleures nations du classement mondial de la FIFA se sont donné rendez-vous en finale pour un duel au sommet qui promet d’entrer dans l’histoire du football.
Devant plus de 82.000 spectateurs présents dans les tribunes et plusieurs milliards de téléspectateurs à travers le monde, la Roja défiera l’Albiceleste du légendaire Lionel Messi.
L’Argentine pour le back-to-back
Pour l’Argentine, l’enjeu est immense. L’Albiceleste pourrait devenir la première nation depuis le Brésil de Pelé, sacré en 1958 et 1962, à conserver son titre mondial. Ce serait également seulement la troisième équipe de l’histoire à réaliser un doublé consécutif après, comme nous l’avons dit, le Brésil et bien sûr l’Italie des années 1930. Triple championne du monde (1978, 1986 et 2022), elle disputera sa septième finale mondiale avec l’ambition de décrocher une quatrième étoile.
L’Albiceleste a été particulièrement bousculée tout au long de son parcours. Les Argentins ont d’abord survolé leur groupe composé de l’Algérie, de l’Autriche et de la Jordanie en terminant premiers avec huit buts inscrits pour un seul encaissé. Ils ont ensuite éliminé successivement le Cap-Vert après les prolongations (3-2), puis l’Égypte au terme d’une remontée historique (3-2) après avoir inscrit trois buts dans les dix dernières minutes de la rencontre. Ils ont ensuite disposé de la très organisée Suisse en quarts de finale après les prolongatiosn (3-1), avant de renverser l’Angleterre en demi-finale (2-1) dans une nouvelle démonstration de caractère.
Cependant, ces victoires argentines ont essuyé plusieurs critiques. Le jeu de l’Albiceleste a parfois été jugé très dur, voire vicieux par ses détracteurs. D’ailleurs, presque chacune des rencontres disputées par les Argentins a donné lieu à une polémique, arbitrale ou autre. Une seule chose est certaine : cette équipe est extrêmement forte mentalement. Cette capacité à ne jamais renoncer constitue probablement sa plus grande force dans cette compétition. On sait que ce genre de finale se joue souvent sur des détails, mais surtout sur le mental.
Notons également que le sélectionneur Lionel Scaloni n’a perdu aucun match à élimination directe depuis 2019, une statistique tout simplement folle. En cas de victoire ce soir, il réaliserait ce que personne n’a accompli avant lui : remporter successivement deux Coupes du monde et deux Copa América. Sa sélection, surnommée et adoptée par tout un peuple sous le nom de « Scaloneta », restera quoi qu’il arrive gravée dans l’histoire du football.
Elle a d’ailleurs rassemblé tout le peuple argentin derrière elle. Un peuple qui, selon plusieurs témoignages relayés par la presse locale, sera présent en masse à New York. Certains supporters argentins auraient même vendu leur maison ou contracté des prêts afin de pouvoir assister à cette finale historique.
En plus de Lionel Messi, qui espère soulever une deuxième Coupe du monde consécutive, l’Argentine possède plusieurs stars capables de faire la différence dans les deux surfaces. À commencer par le gardien Emiliano Martínez, véritable spécialiste des grands rendez-vous, le défenseur Cristian Romero, Enzo Fernández au milieu de terrain et une attaque surpuissante composée notamment de Julián Álvarez, Lautaro Martínez et Nico Paz. C’est tout simplement la meilleure attaque du tournoi avec 19 buts inscrits. Cela pourrait également être le deuxième sacre mondial pour une grande partie de cet effectif.
Quatre ans après son sacre au Qatar, la « Scaloneta » n’est plus qu’à 90 minutes d’un exploit que seuls les plus grands ont accompli avant elle. Un deuxième titre mondial consécutif ne ferait pas seulement entrer cette génération dans l’histoire de l’Argentine, mais dans celle du football tout entier.
Une Espagne forte et sereine
L’Espagne, de son côté, rêve d’inscrire une nouvelle page de son histoire seize ans après son unique sacre mondial en Afrique du Sud. C’est d’ailleurs seulement la deuxième finale de Coupe du monde de l’histoire de la Roja. Étonnant pour une nation qui a tant donné à ce sport. Entre un championnat surpuissant, deux clubs mythiques que l’on ne présente plus et surtout des entraîneurs de renom qui redéfinissent sans cesse les règles et la philosophie du football, l’Espagne est un véritable royaume du ballon rond où le football règne sur tout.
Les Espagnols le savent : ils ont une équipe qui peut marcher sur n’importe quel adversaire. Elle peut le priver du ballon pendant des dizaines de minutes. Elle peut camper devant la surface adverse et faire reculer n’importe qui. Mais surtout, elle possède cette possession défensive effrayante qui ne laisse quasiment aucun espace à l’adversaire.
Si vous avez bien suivi cette Coupe du monde, vous l’avez sûrement remarqué, l’Espagne n’a concédé qu’un seul but durant toute la compétition, sur une petite erreur défensive face à la Belgique.
De plus, cette équipe a eu, sur le papier, un parcours encore plus difficile que celui des Argentins. Elle a affronté dans sa poule le Cap-Vert, seul match qu’elle n’a pas remporté (0-0), l’Arabie saoudite et l’Uruguay. Ensuite, son parcours ressemblait presque à celui d’un Championnat d’Europe. La Roja a successivement éliminé l’Autriche (3-0), le Portugal (1-0), la Belgique (2-1), avant de surclasser la France (2-0) en demi-finale.
À chaque rencontre, c’était toujours le même scénario : un rythme lent, presque trompeur, mais une Espagne qui semblait malgré tout avoir le contrôle total du match. Après son match nul lors de son entrée en lice, l’Espagne n’a cessé de monter en puissance et semble être arrivée à pleine forme au meilleur moment possible.
L’Espagne compte également plusieurs joueurs extraordinaires dans ses rangs. À commencer par le crack Lamine Yamal et le Ballon d’Or 2024, Rodri. Son milieu de terrain est étoffé par plusieurs joueurs de très haut niveau, dont Fabián Ruiz, Dani Olmo et bien sûr Pedri, capables à eux seuls de faire courir n’importe quelle équipe. Ses latéraux, Marc Cucurella et Pedro Porro, se sont largement distingués depuis le début du tournoi tant par leur apport offensif que par leur activité défensive. Le jeune défenseur central Pau Cubarsí réalise un bon Mondial et l’attaquant Oyarzabal a déja cinq réalisations.
L’Espagne arrive enfin en finale avec une impressionnante série de 37 rencontres sans défaite. Cette Espagne ne gagne pas seulement ses matchs, elle donne parfois l’impression de les contrôler de bout en bout.
Messi Vs Yamal
Si cette finale fascine autant, c’est qu’elle raconte bien plus qu’un simple match de football. À 39 ans, Lionel Messi disputera sa troisième finale de Coupe du monde après celles de 2014 et de 2022, égalant ainsi un record jusqu’ici détenu uniquement par Cafu. Six participations à la compétition reine auront été nécessaires pour bâtir une carrière internationale que beaucoup considèrent déjà comme la plus accomplie de l’histoire du football.
Le capitaine argentin réalise une nouvelle Coupe du monde exceptionnelle avec huit réalisations et quatre passes décisives. Véritable chef d’orchestre de l’Albiceleste, il domine actuellement le classement des buteurs du tournoi tout en étant le joueur le plus créatif de la compétition, selon les statistiques de la FIFA. Face à lui se dressera un phénomène âgé de vingt ans de moins. Lamine Yamal incarne cette nouvelle génération espagnole promise aux plus grands sommets. Le destin possède parfois le goût des scénarios romanesques. Dix-neuf ans après avoir été photographié bébé dans les bras de Lionel Messi lors d’une opération caritative organisée par le FC Barcelone, le jeune prodige espagnol retrouvera l’Argentin sur la plus grande scène du football mondial.
Cette photographie devenue iconique illustre presque à elle seule l’histoire que raconte cette finale. D’un côté, un génie qui pourrait disputer son dernier match mondial. De l’autre, celui qui est appelé à devenir le meilleur joueur de l’ère moderne et qui pourrait remporter la Coupe du monde lors de sa toute première participation. Une forme de passage de témoin qui dépasse largement le cadre sportif.
Plus qu’une finale
Rarement une finale de Coupe du monde aura réuni autant d’éléments symboliques. Celle du champion du monde face au champion d’Europe. Celle du meilleur joueur de sa génération face à celui qui pourrait marquer la suivante. Celle d’une Argentine qui rêve d’un doublé historique face à une Espagne qui souhaite retrouver les sommets du football mondial.
Mais au-delà des statistiques et des records, cette finale raconte surtout une histoire de transmission. Lionel Messi pourrait refermer aujourd’hui l’un des plus beaux chapitres jamais écrits dans l’histoire du football. Lamine Yamal pourrait, lui, ouvrir le sien en offrant à son pays un deuxième titre mondial.
Quatre-vingt-dix minutes sépareront encore ces deux destins. Quatre-vingt-dix minutes pour décrocher l’immortalité sportive. Le football possède cette étrange faculté de condenser parfois plusieurs générations, plusieurs histoires et plusieurs rêves dans un seul match. La finale de la Coupe du monde 2026 promet précisément d’être l’un de ces moments rares dont les amoureux du ballon rond se souviendront longtemps.
G. Salah Eddine
