Visite de Pedro Sánchez à Alger : Un nouveau cap pour les relations algéro-espagnoles

Après plusieurs mois de rapprochements diplomatique et économique, la visite officielle du chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, prévue demain à Alger, devrait consacrer une nouvelle étape dans les relations algéro-espagnoles. La première depuis octobre 2020, elle intervient dans un contexte marqué par la relance progressive du dialogue politique entre les deux pays, mais surtout par l’ambition commune de donner une nouvelle dimension à leur partenariat économique et énergétique.
Si l’agenda officiel n’a pas encore été dévoilé dans son intégralité, plusieurs médias espagnols ont déjà levé le voile sur les principaux temps forts de cette visite particulièrement attendue. Au-delà de sa portée diplomatique, celle-ci devrait permettre de consolider les acquis du rapprochement engagé ces derniers mois et d’accélérer la mise en œuvre de projets économiques structurants entre Alger et Madrid.
Selon le quotidien espagnol Diario Público, Pedro Sánchez rencontrera son homologue algérien, Sifi Ghrieb, avant de prendre part à un forum bilatéral d’affaires réunissant des responsables politiques et des représentants du monde économique des deux pays. Une séquence qui traduit l’importance accordée à la diplomatie économique dans la nouvelle phase des relations algéro-espagnoles.
Cette visite apparaît ainsi comme l’aboutissement d’un processus de normalisation et de relance économique engagé depuis plusieurs mois. Le forum d’affaires prévu à cette occasion devrait notamment permettre d’identifier de nouvelles opportunités d’investissement et d’approfondir les partenariats dans des secteurs stratégiques appelés à jouer un rôle majeur dans les années à venir.
Les ambitions affichées par Alger et Madrid dépassent désormais le simple cadre des échanges commerciaux traditionnels. Les deux pays souhaitent construire une coopération davantage tournée vers l’investissement productif, le transfert des compétences et la réalisation de projets industriels communs.
Le cap avait d’ailleurs été fixé par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, lors de sa visite du pavillon de l’Espagne, invitée d’honneur de la 56e édition de la Foire internationale d’Alger (FIA). « Il faut qu’on aille plus loin », avait-il déclaré, résumant ainsi la vision portée par les plus hautes autorités des deux pays quant à l’avenir du partenariat algéro-espagnol.
Cette orientation stratégique s’est progressivement matérialisée ces derniers mois à travers une multiplication des rencontres entre les acteurs économiques des deux rives de la Méditerranée. L’ambassadeur d’Espagne en Algérie a notamment multiplié les échanges avec plusieurs membres du gouvernement algérien, tandis que les organisations patronales des deux pays ont engagé un dialogue soutenu autour des opportunités offertes par les transformations économiques actuellement à l’œuvre en Algérie.
Réunis en avril dernier à Madrid, le Conseil du renouveau économique algérien (CREA) et la Confédération espagnole des organisations patronales (CEOE) ont signé un mémorandum d’entente visant à renforcer les relations économiques bilatérales.
Les deux patronats se sont également retrouvés à Alger, à la veille de l’inauguration de la Foire internationale d’Alger, le 22 juin dernier, confirmant ainsi la dynamique engagée entre les milieux d’affaires algériens et espagnols.
L’un des principaux enjeux de cette visite réside précisément dans l’évolution du modèle de coopération économique entre les deux pays.
L’Algérie et l’Espagne souhaitent désormais dépasser l’ancienne relation de client-fournisseur pour construire un partenariat davantage fondé sur la complémentarité économique et la création de valeur ajoutée. Une ambition rendue possible par les profondes transformations engagées ces dernières années par l’économie algérienne, désormais davantage tournée vers la production industrielle, l’agriculture et l’investissement.
Industrie, agriculture, énergie, technologies et infrastructures figurent ainsi parmi les secteurs offrant les perspectives de coopération les plus prometteuses. L’objectif affiché consiste à développer des partenariats permettant non seulement de répondre aux besoins des deux économies, mais également d’ouvrir des perspectives communes vers les marchés régionaux et africains.

Une grande délégation attendue à Alger
Le caractère stratégique de cette visite se mesure également à la composition de la délégation espagnole qui accompagnera Pedro Sánchez à Alger. Le chef du gouvernement espagnol sera notamment accompagné de la troisième vice-présidente du gouvernement et ministre de la Transition écologique, Sara Aagesen, ainsi que d’un autre membre de l’Exécutif espagnol. Mais ce sont surtout les principaux dirigeants des plus grandes entreprises énergétiques espagnoles qui témoignent de l’importance accordée aux relations avec l’Algérie.
Selon le journal espagnol El Periódico, le président de Naturgy, Francisco Reynés, le directeur général de Moeve, Maarten Wetselaar, le directeur général de Repsol, Josu Jon Imaz, ainsi que le directeur général d’Enagás, Arturo Gonzalo, feront partie du déplacement officiel à Alger. La présence des responsables des principaux groupes énergétiques espagnols illustre la place centrale qu’occupe toujours l’Algérie dans la stratégie énergétique de Madrid. Elle témoigne également de la volonté des deux partenaires d’approfondir leur coopération dans un contexte international marqué par les tensions persistantes au Moyen-Orient et la nécessité pour les États européens de diversifier et de sécuriser leurs approvisionnements énergétiques.

Un contexte favorable
Cette visite intervient, par ailleurs, à un moment particulièrement favorable pour les relations énergétiques entre les deux pays. L’Algérie a retrouvé, au mois de juin dernier, sa position de premier fournisseur de gaz de l’Espagne grâce à la forte progression des volumes transportés directement par le gazoduc Medgaz.
Cette performance confirme le caractère stratégique des infrastructures énergétiques reliant les deux pays et consolide davantage la position de l’Algérie sur le marché énergétique espagnol. Elle intervient également dans un contexte de forte concentration des approvisionnements énergétiques espagnols auprès d’un nombre plus restreint de fournisseurs.
Si la Russie s’est maintenue à la deuxième place des fournisseurs gaziers de l’Espagne, devant les États-Unis et le Nigeria, l’Algérie demeure le principal partenaire énergétique de Madrid grâce notamment aux capacités offertes par le gazoduc Medgaz.
Selon les données préliminaires publiées par Enagás, dont le directeur général participera à la visite officielle de Pedro Sánchez à Alger, l’Espagne a reçu, durant le mois de juin, 10.460 GWh de gaz algérien, soit 40,3 % de l’ensemble des approvisionnements du système gazier espagnol, lesquels ont atteint un volume total de 25.954 GWh.
Les livraisons assurées via le gazoduc Medgaz se sont élevées à 9.978 GWh, enregistrant une hausse de 26,5 % par rapport aux 7.890 GWh comptabilisés au mois de juin 2025. À ces volumes s’ajoutent 482 GWh de gaz naturel liquéfié, contre 4.150 GWh déchargés une année auparavant.

G.Salah Eddine

ALGER 16 DZ

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