
Les nations ressemblent parfois aux hommes. Elles se fâchent, s’éloignent, se méfient, puis finissent souvent par se retrouver lorsque l’histoire leur rappelle qu’elles sont plus fortes ensemble que séparées. L’Algérie et l’Espagne n’échappent pas à cette règle immuable. Entre elles, la Méditerranée n’a jamais été une frontière. Elle est une mémoire commune, un espace de rencontres et, plus encore, une promesse d’avenir.
Aristote écrivait que « le tout est plus grand que la somme des parties ». Une maxime qui sied parfaitement aux deux rives de la Méditerranée. Car entre Alger et Madrid, il n’a jamais été question de simples mètres cubes de gaz ou de chiffres commerciaux. Il est surtout question de complémentarité. Quand l’une dispose des ressources, l’autre possède des technologies, des marchés et un savoir-faire industriel reconnu. Quand l’une regarde vers l’Afrique, l’autre ouvre les portes de l’Europe. Ensemble, elles peuvent bâtir davantage qu’un partenariat énergétique : une ambition commune tournée vers l’investissement, l’innovation et la production. Fernand Braudel disait de la Méditerranée qu’elle était « mille choses à la fois ». Elle est surtout un trait d’union. Depuis des siècles, elle fait circuler les idées, les hommes, les savoir-faire et les ambitions communes. La géographie, cette diplomate silencieuse qui ne ment jamais, continue d’ailleurs de rappeler à l’Algérie et à l’Espagne qu’elles sont condamnées, au sens noble du terme, à coopérer. Certaines proximités relèvent du choix. D’autres sont presque une évidence.
Les crises passent, les intérêts stratégiques demeurent. Le véritable défi n’est donc plus seulement de renouer le dialogue, mais de lui donner un contenu nouveau. Produire ensemble plutôt qu’échanger simplement, investir plutôt qu’importer, bâtir plutôt que dépendre. Les grands partenariats ne naissent pas de l’urgence. Ils se construisent dans le temps long, à la croisée de la confiance, des intérêts mutuels et d’une vision partagée de l’avenir.
Sénèque nous rappelait que « la chance est ce qui arrive lorsque la préparation rencontre l’occasion ». Les circonstances internationales ont certes replacé l’Algérie au cœur des enjeux énergétiques européens, mais les opportunités ne valent que si elles sont saisies. C’est précisément là que réside le véritable enjeu des relations algéro-espagnoles. Il ne s’agit plus seulement de vendre et d’acheter, mais de concevoir ensemble.
L’énergie peut être le commencement de cette histoire renouvelée, elle ne doit pas en être l’unique horizon. L’hydrogène vert, les énergies renouvelables, l’agriculture ou encore l’industrie offrent autant de perspectives pour un partenariat appelé à grandir. Les deux pays disposent d’atouts qui, loin de se concurrencer, se complètent naturellement.
Après tout, la Méditerranée ne sépare pas les peuples qu’elle relie depuis des millénaires. Entre Alger et Madrid, il ne s’agit peut-être pas tant d’écrire une nouvelle histoire que de poursuivre une évidence méditerranéenne vieille de plusieurs siècles. Certaines pages méritent d’être tournées. D’autres méritent simplement d’être mieux écrites.
G. S. E.
