
Soixante-quatorze morts et 1.951 blessés en seulement une semaine. Le bilan livré par la Protection civile, pour la période allant du 26 juillet au 1er août, remet brutalement les accidents de la circulation au centre des préoccupations nationales.
Derrière ces chiffres se trouvent des familles endeuillées, des vies brisées et une pression toujours plus forte sur les pouvoirs publics, pour endiguer un phénomène qui continue de faucher des vies sur les routes algériennes.
La semaine écoulée a été particulièrement meurtrière, avec plusieurs accidents impliquant, notamment des moyens de transport collectif. De Boumerdès à Constantine, en passant par Timimoun, les drames se sont succédés, donnant une nouvelle dimension à l’inquiétude autour de la sécurité routière.
Le bilan hebdomadaire de la Protection civile est sans appel : 75 personnes ont perdu la vie et 1.958 autres ont été blessées dans des accidents de la circulation à travers le territoire national. Le bilan le plus lourd a été enregistré dans la wilaya de Boumerdès, avec 28 décès et 54 blessés dans 40 accidents.
Ces chiffres prennent une résonance particulière après le terrible accident d’autobus survenu récemment à Boumerdès, qui avait profondément marqué l’opinion publique et provoqué une forte émotion à l’échelle nationale. Le drame, qui avait fait 27 morts et 42 blessés, avait, une nouvelle fois, posé avec force la question de la sécurité des transports collectifs, de l’état des véhicules, du contrôle technique et du comportement des conducteurs.
La série noire des autobus
À Constantine, un autre accident est venu alourdir cette série noire. Un bus de transport de personnel a dérapé, jeudi dernier, sur la RN-79 reliant Constantine à Mila, avant de chuter dans un ravin, dans la commune d’Ibn Ziad.
Le bilan fait état de six morts et de 22 blessés. La violence de l’accident a nécessité l’importante mobilisation des services de la Protection civile, avec 40 éléments, tous grades confondus, dix ambulances, ainsi que des moyens d’intervention et de lutte contre les incendies.
Les victimes ont été prises en charge dans plusieurs structures sanitaires, notamment à la polyclinique Ibn Ziad, l’Etablissement public hospitalier de la cité El-Bir et le CHU Ben Badis. Une enquête a été ouverte par les services de sécurité territorialement compétents, afin de déterminer les causes et les circonstances exactes de l’accident.
Quelques jours auparavant, à Timimoun, une collision entre un autobus de transport de voyageurs assurant la liaison Batna-Adrar et un camion avait fait quatre morts et 43 blessés. L’accident s’était produit sur la RN51, à 5h54, nécessitant l’intervention des secours, pour prendre en charge les nombreux blessés et transférer les victimes vers les structures sanitaires.
La succession de ces accidents impliquant des autobus interpelle particulièrement. Elle remet au premier plan les questions liées à la maintenance des véhicules, au contrôle technique, à la formation des conducteurs professionnels, au respect des temps de conduite et de repos, à la vitesse et aux conditions d’exploitation du transport collectif.
L’État passe à une nouvelle étape
Face à la persistance des accidents, les pouvoirs publics ont engagé, ces derniers mois, une série de mesures destinées à renforcer la sécurité routière.
Le nouveau code de la route, publié au Journal officiel en mai 2026, constitue l’une des principales réponses institutionnelles. Le texte vise à renforcer l’organisation, la sécurité et la police de la circulation routière, et s’inscrit dans une approche combinant prévention, contrôle et sanctions.
Le nouveau dispositif intervient après un long travail de préparation. Le projet de loi avait été présenté comme une réforme globale visant l’ensemble de la chaîne de sécurité routière : conducteurs, auto-écoles, véhicules, contrôle technique, transport professionnel et dispositifs de surveillance. Le texte prévoit, notamment une responsabilisation accrue des différents intervenants. Le contrôle technique, la délivrance des permis de conduire, la formation des conducteurs et les conditions d’exercice du transport professionnel sont désormais placés au cœur du dispositif. Le projet présenté par le ministère de l’Intérieur prévoyait également des examens médicaux périodiques pour les conducteurs, une lutte renforcée contre la conduite sous l’emprise de stupéfiants et de psychotropes, ainsi que des dispositions spécifiques pour les conducteurs professionnels. Autre axe important : le recours accru aux moyens technologiques. Le dispositif prévoit, notamment des mécanismes modernes de contrôle, des systèmes d’information destinés au suivi des accidents et à l’identification des points noirs, ainsi que des stations de pesage fixes et mobiles.
Les véhicules lourds sous surveillance
La question de la surcharge constitue également un axe majeur de la nouvelle politique de sécurité routière.
Le 18 juillet dernier, le ministère des Travaux publics et des Infrastructures de base et le commandement de la Gendarmerie nationale ont signé une convention-cadre destinée à renforcer le contrôle du poids des véhicules lourds. Des stations mobiles de pesage doivent ainsi équiper les unités de la Gendarmerie nationale, afin de détecter les dépassements des charges légales et de renforcer les contrôles sur les routes.
Cette mesure intervient alors que la surcharge des poids lourds est considérée comme un facteur susceptible d’aggraver les risques d’accidents, tout en accélérant la dégradation des infrastructures routières.
Le nouveau cadre réglementaire s’attaque également à la question des pièces de rechange non conformes et aux irrégularités liées au contrôle technique. Les dispositions préparatoires du code de la route prévoient un durcissement de la responsabilité lorsque des défaillances techniques ou des documents inexacts contribuent à provoquer des accidents.
Le transport collectif au cœur des préoccupations
La succession de tragédies impliquant des autobus avait déjà conduit, en août 2025, à des décisions importantes concernant le renouvellement du parc de transport de voyageurs. À la suite d’une réunion consacrée au secteur desTransports, le président de la République avait, notamment ordonné l’importation immédiate de 10.000 nouveaux autobus destinés au transport de passagers et au remplacement des véhicules anciens. Il avait également demandé l’adoption de nouvelles dispositions concernant la réglementation de la circulation, notamment les conditions de délivrance du permis de conduire.
Cette orientation traduisait la volonté de s’attaquer non seulement au comportement des conducteurs, mais aussi à l’état du parc roulant et aux conditions générales dans lesquelles s’effectue le transport de voyageurs.
L’enjeu est d’autant plus important que les accidents impliquant des autobus peuvent provoquer, en quelques secondes, des bilans humains particulièrement lourds. Les récents drames de Boumerdès, Constantine et Timimoun en constituent une nouvelle illustration.
Au-delà des chiffres, un problème de comportement
Si les pouvoirs publics multiplient les mesures réglementaires et les opérations de contrôle, la lutte contre les accidents ne peut, toutefois, reposer uniquement sur les sanctions ou sur le renouvellement du parc automobile.
La vitesse excessive, les dépassements dangereux, le non-respect des distances de sécurité, la fatigue au volant, l’utilisation du téléphone et les comportements irresponsables demeurent autant de facteurs de risque. Le respect du code de la route reste donc un élément central de la prévention.
Le nouveau cadre juridique entend justement instaurer un système dans lequel chaque intervenant est davantage responsabilisé : conducteur, propriétaire du véhicule, exploitant, auto-école, contrôleur technique, mais aussi responsables de l’entretien des infrastructures.
Le projet présenté au Conseil de la nation insistait ainsi sur la nécessité de déterminer clairement les responsabilités de toutes les parties impliquées dans les accidents.
Une semaine qui résume l’urgence
Avec 74 morts et 1.951 blessés en sept jours, la dernière semaine apparaît comme un nouveau signal d’alarme. Elle intervient dans un contexte où l’État a déjà engagé plusieurs réformes et renforcé les mécanismes de contrôle.
Mais les accidents de Boumerdès, de Constantine et de Timimoun montrent que le problème reste entier et que la mise en œuvre effective des nouvelles mesures constitue désormais le principal défi.
Sur les routes nationales, les autoroutes et les axes secondaires, chaque déplacement reste potentiellement exposé à une erreur humaine, à une défaillance mécanique ou à un comportement dangereux.
La réponse de l’État est désormais clairement engagée : nouveau code de la route, renforcement des contrôles, surveillance des poids lourds, responsabilisation des différents acteurs et renouvellement progressif du parc de transport collectif. Reste le défi le plus difficile : transformer ces décisions en réflexes quotidiens sur la route. Car derrière les 74 morts enregistrés en une seule semaine, il n’y a pas seulement un bilan statistique. Il y a 74 vies perdues, des centaines de blessés et autant de familles confrontées aux conséquences d’un fléau qui continue de coûter cher à la société algérienne.
Alger 16
