Industrie automobile en algérie: Tirsam confirme ses ambitions dans le poids lourd

Par G. Salah Eddine

En visite à Batna à la tête d’une importante délégation, le patron de Sinotruk, M. Liu Zhengtao, a estimé que l’usine Tirsam est appelée à devenir «l’une des plus importantes installations du Groupe hors de Chine». Une ambition qui intervient alors que le site algérien vient de franchir le cap des 3.000 poids lourds produits et s’apprête à renforcer davantage ses capacités industrielles.

La visite du P-DG de Sinotruk intervient à un moment clé pour Tirsam, qui cherche désormais à passer à une nouvelle étape dans le développement de son outil de production en Algérie.
Selon un communiqué publié par Tirsam sur son site, Liu Zhengtao a salué «les capacités du partenaire algérien» et souligné «l’importance de cette collaboration pour fournir des produits et services de haute qualité, en répondant aux exigences du marché algérien», tout en affirmant que «le meilleur reste à venir».
Au-delà du caractère symbolique de cette visite, le calendrier n’est pas anodin. Elle coïncide avec deux avancées majeures pour le site de Batna : la sortie du 3.000e poids lourd des chaînes de production de Tirsam et le lancement d’un projet visant à installer une nouvelle ligne de soudage dédiée aux poids lourds.
Le franchissement du cap des 3.000 véhicules constitue un premier indicateur de la montée en puissance du projet industriel. Mais pour Tirsam, l’enjeu ne se limite déjà plus au volume produit.
La nouvelle ligne de soudage doit permettre de renforcer les capacités techniques et industrielles du site et d’élargir progressivement le champ de la fabrication locale.
«Cette initiative constitue une étape importante pour le développement de l’écosystème manufacturier, le renforcement des capacités techniques et industrielles, ainsi que pour la promotion du transfert de technologie et de savoir-faire», affirme le communiqué de Tirsam. L’entreprise inscrit cette évolution dans le cadre du programme du président de la République visant «à augmenter le taux d’intégration nationale et à développer la sous-traitance locale».
Cette orientation est particulièrement importante pour un secteur où l’enjeu ne consiste plus uniquement à assembler des véhicules importés, mais à créer autour des constructeurs un tissu industriel capable de produire davantage de composants et de mobiliser les entreprises algériennes.

De l’assemblage à une base industrielle
Pour Samir Maâlla, premier responsable de Tirsam, les dernières avancées dépassent largement la simple progression des chiffres de production.
«Elles reflètent une vision industrielle globale fondée sur l’investissement, le transfert de technologie, le développement des compétences, le renforcement de l’intégration locale et l’élévation des normes de fabrication nationales» a-t-il assuré.
Cette évolution marque une ambition plus large pour le site de Batna : faire progressivement de l’usine un véritable pôle industriel, capable de s’appuyer sur des compétences locales et de générer davantage de valeur ajoutée sur le territoire national. C’est également l’un des enjeux majeurs du partenariat avec Sinotruk. Pour Tirsam, cette coopération doit permettre d’importer non seulement des véhicules et des équipements, mais aussi des technologies, des méthodes de production et un savoir-faire industriel susceptibles d’être progressivement intégrés dans l’écosystème algérien.
Le partenariat sino-algérien pourrait également prendre une dimension régionale.
Samir Maâlla affirme que «ce partenariat marque une nouvelle étape dans le renforcement de la présence des marques Sinotruk et Tirsam sur le marché algérien et dans la satisfaction des besoins des secteurs du transport et de la logistique, tout en visant à étendre les activités vers le marché régional et à stimuler les exportations».
Cette perspective change sensiblement l’échelle du projet. L’objectif ne serait plus seulement de répondre à la demande algérienne en poids lourds, mais de faire de l’Algérie une possible plateforme de production et de distribution vers les marchés voisins.
Le communiqué de Tirsam présente ainsi le partenariat avec Sinotruk comme un levier permettant de transformer progressivement une coopération industrielle en une base de production durable. Il témoignerait, selon le document, «de la progression constante de Tirsam vers la mise en place d’une base industrielle avancée et durable, transformant les partenariats internationaux en projets concrets et ces projets en une véritable valeur ajoutée pour l’économie nationale».
Reste désormais à voir jusqu’où ira cette montée en puissance. Le cap des 3.000 poids lourds constitue un premier jalon. La nouvelle ligne de soudage en sera un autre. Mais la véritable étape décisive sera la capacité du site de Batna à augmenter durablement son intégration locale, à développer un réseau de sous-traitants algériens et, surtout, à transformer les ambitions affichées par Sinotruk en une production capable de rayonner au-delà du marché national.
Il convient de rappeler que la présence de Sinotruk en Algérie ne date pas d’hier. Le 24 avril 2024, le P-DG du groupe chinois s’était déjà rendu en Algérie à la tête d’une importante délégation, à l’occasion du retour de la marque sur le marché national avec le lancement de sa gamme de camions Howo, en partenariat avec Soframimex, filiale du groupe Ammouri à l’époque.
Cette dernière avait obtenu, en 2023, un agrément pour l’importation de 2.500 camions, avec l’ambition d’atteindre 5.000 unités en 2025.
Mais les ambitions affichées par le constructeur chinois dépassaient alors la seule importation et commercialisation de véhicules. Li Wei, qui dirigeait Sinotruk à l’époque, avait évoqué la maturation d’un projet d’usine à Biskra avec, à terme, une capacité destinée notamment à alimenter les marchés voisins, avec un objectif annoncé pouvant atteindre 10.000 camions exportés.
Depuis, le paysage a évolué et le partenariat industriel autour de Sinotruk semble avoir pris une nouvelle direction avec Tirsam. Le groupe chinois dispose, par ailleurs, d’un portefeuille de marques comprenant notamment HOWO, Sitrak et Yellow River (Huanghe), ainsi que Hohan et Homan sur le segment des camions légers.
Reste cependant une inconnue : Sinotruk n’a, à ce stade, pas clairement détaillé ses nouvelles ambitions industrielles en Algérie ni précisé si le projet précédemment évoqué à Biskra est toujours d’actualité ou s’il a été remplacé par la montée en puissance du site de Tirsam à Batna.

ALGER 16 DZ

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