alger – bamako – niamey : le grand retour l’algérie rassemble le sahel

Après des mois de tensions et de zones d’ombre, Alger réactive ses liens avec Bamako et Niamey. Dialogue politique, souveraineté, sécurité, économie et grands projets transsahariens : une nouvelle page s’ouvre dans les relations de l’Algérie avec ses deux voisins du Sahel.

Longtemps considérée comme un acteur incontournable du Sahel, l’Algérie est en train de renouer progressivement les fils de ses relations avec deux voisins stratégiques : le Mali et le Niger.
Après une période marquée par des incompréhensions, des tensions diplomatiques et des divergences sur plusieurs dossiers régionaux, les signaux de rapprochement se multiplient désormais, donnant corps à une nouvelle dynamique dans les relations d’Alger avec Bamako et Niamey.
Le mouvement est particulièrement visible avec le Mali, où les canaux de dialogue ont été maintenus puis progressivement réactivés, mais également avec le Niger, où les deux pays affichent désormais leur volonté de «réchauffer » leurs relations et de leur donner une nouvelle dimension.
Dans les deux cas, le retour au dialogue repose sur un même socle : respect de la souveraineté, bon voisinage, non-ingérence, coopération sécuritaire et développement économique.
Cette évolution intervient dans un contexte régional particulièrement sensible. Le Sahel demeure confronté à des défis multiples, allant du terrorisme à la criminalité transfrontalière, en passant par l’instabilité politique, les difficultés économiques et les enjeux de développement. Pour Alger, le renforcement des relations avec ses voisins méridionaux répond ainsi autant à une logique de solidarité qu’à un impératif de sécurité et de stabilité régionale.

Avec le Mali, le dialogue reprend de la hauteur

Le rapprochement algéro-malien connaît aujourd’hui une étape importante avec la visite de travail à Alger du Premier ministre malien, chef du gouvernement, Abdoulaye Maïga, à la tête d’une importante délégation. Cette visite intervient seulement deux semaines après un entretien téléphonique avec le Premier ministre algérien Sifi Ghrieb, au cours duquel les deux responsables avaient réaffirmé leur attachement aux relations de fraternité, de solidarité et de bon voisinage entre les deux peuples.
Le signal est d’autant plus fort que le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, avait ordonné, en juillet dernier, le retour de l’ambassadeur d’Algérie au Mali, Kamel Retieb, à Bamako. Cette décision s’inscrit dans la volonté affichée d’Alger de ramener les relations bilatérales vers leur « trajectoire historique naturelle », sur la base du respect mutuel, de la fraternité et de la coopération.
Elle faisait suite au retour de l’ambassadeur malien en Algérie, ainsi qu’à la réouverture de l’espace aérien malien aux vols en provenance ou à destination de l’Algérie.
Ce réchauffement n’est donc pas seulement diplomatique. Il traduit une volonté de remettre en marche les mécanismes de coopération entre deux pays que rapprochent l’histoire, la géographie et des intérêts sécuritaires communs. Alger et Bamako veulent notamment renforcer leur coordination dans la lutte contre le terrorisme, l’extrémisme et la criminalité transfrontalière, tout en ouvrant la voie à une intensification des relations économiques et commerciales.
Le message porté par Abdoulaye Maïga à Alger confirme cette volonté. Le Premier ministre malien a souligné que l’histoire commune des deux pays constituait un acquis et un point de départ pour construire un avenir placé sous le signe de la modernité et du progrès. Il a également transmis un message du président de la Transition malienne, le général d’armée Assimi Goïta, remerciant le président Abdelmadjid Tebboune pour son invitation à effectuer une visite officielle en Algérie, invitation à laquelle le chef de l’Etat malien a donné son accord, la date devant être fixée par les canaux diplomatiques.
La géographie constitue, elle aussi, un argument central. Le président Assimi Goïta a rappelé que l’Algérie et le Mali « partagent la géographie », une réalité que les deux pays ne peuvent modifier et dont ils doivent tirer les conséquences en matière de coopération et de voisinage. Abdoulaye Maïga a ainsi estimé que les deux nations étaient appelées à avancer ensemble dans l’intérêt de leurs peuples.
Le rapprochement se veut également fondé sur le respect de la souveraineté. Le Premier ministre malien a salué la position du Président Tebboune selon laquelle l’Algérie ne s’ingérera pas dans les affaires intérieures du Mali et considère le respect de la souveraineté des Etats comme une condition fondamentale d’une vision commune pour la région.
Une position qui constitue l’un des principaux fondements de la nouvelle approche algérienne à l’égard de ses voisins sahéliens.

Niamey : tourner la page et accélérer

Avec le Niger, le rapprochement paraît encore plus concret sur le terrain de la coopération. La deuxième session de la Grande Commission mixte algéro-nigérienne, tenue dans la capitale nigérienne, a marqué une nouvelle étape dans le renforcement des relations bilatérales.
Elle s’inscrit dans le prolongement de la visite effectuée à Alger, en février dernier, par le président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie, le général Abdourahamane Tiani, à l’invitation du Président Tebboune.
Les deux parties ont réaffirmé le caractère stratégique et « irréversible » de leurs relations, tout en affichant leur volonté de construire un partenariat renouvelé et fondé sur des avantages mutuels.

Le respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et le principe de non-ingérence constituent là aussi les fondations politiques du rapprochement.
Le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine a résumé l’esprit de cette nouvelle phase en évoquant trois valeurs essentielles : le bon voisinage, la fraternité et l’amitié. Selon lui, les « zones d’ombre » qui avaient marqué les relations entre les deux pays se sont progressivement dissipées. Il a surtout évoqué la nécessité de « réchauffer » des relations qui avaient connu un coup d’arrêt au lendemain du 26 juillet 2023.
Le message est clair : Niamey et Alger veulent désormais regarder vers l’avenir.
Le Niger entend défendre jalousement sa souveraineté, tandis que l’Algérie rappelle sa doctrine traditionnelle de non-ingérence et de respect de la souveraineté des Etats. Cette convergence de vues constitue un terrain favorable à la reconstruction de la confiance politique.
Mais au-delà des déclarations, les deux pays veulent désormais transformer cette nouvelle confiance en projets concrets.

Du politique
à l’économique

C’est probablement sur le terrain économique que le rapprochement algéro-nigérien offre les perspectives les plus importantes. Les deux pays ont décidé de donner une priorité particulière au développement des relations économiques et commerciales, avec l’ambition de hisser leur partenariat à un niveau stratégique supérieur.
Plusieurs secteurs sont concernés : énergie, hydrocarbures, énergies renouvelables, agriculture, infrastructures, santé, formation professionnelle, numérisation, entrepreneuriat et innovation. Les deux parties ont également insisté sur la nécessité de faciliter les investissements et les échanges, notamment par la simplification des procédures administratives et douanières et le développement des corridors commerciaux.
Les infrastructures occupent une place centrale dans cette stratégie. La route transsaharienne, l’interconnexion par fibre optique et le projet de gazoduc transsaharien sont présentés comme des leviers essentiels de l’intégration économique et de la connectivité régionale. Autrement dit, Alger et Niamey veulent transformer leur proximité géographique en véritable avantage économique.
Des accords et mémorandums d’entente ont déjà été signés dans plusieurs domaines, notamment les hydrocarbures, l’énergie, les énergies renouvelables, l’industrie, l’industrie pharmaceutique, la santé, les travaux publics, la culture, le sport et les microentreprises. La prochaine session de la Grande Commission mixte est, quant à elle, prévue en Algérie, en 2027.
Le Premier ministre nigérien a également insisté sur les potentialités de son pays, estimant que l’expertise et l’expérience algériennes pouvaient contribuer à valoriser ses nombreuses richesses au bénéfice des deux peuples.

Un même enjeu :
la sécurité du Sahel

Derrière les échanges diplomatiques et les projets économiques se trouve une réalité incontournable : la sécurité régionale.
L’Algérie, le Mali et le Niger partagent un vaste espace sahélo-saharien confronté au terrorisme, à l’extrémisme violent et à la criminalité transfrontalière. Dans ce contexte, la stabilité de chacun dépend largement de celle de ses voisins.
Alger et Niamey l’ont explicitement reconnu, estimant que la sécurité et la stabilité des deux pays étaient étroitement liées. Les deux parties se sont engagées à renforcer la coordination et à activer les mécanismes bilatéraux consacrés à la lutte contre le terrorisme, l’extrémisme violent et la criminalité transfrontalière organisée.
Le même impératif apparaît dans la relation avec Bamako. L’Algérie entend renforcer la coordination sécuritaire avec le Mali tout en restant fidèle à son principe de non-ingérence. La lutte contre le terrorisme, l’extrémisme et la criminalité transfrontalière constitue l’un des objectifs majeurs de cette coopération.
Ainsi, le rapprochement avec Bamako et celui avec Niamey ne sont pas deux démarches isolées. Ils participent d’un même effort visant à reconstruire un espace de dialogue au Sahel et à favoriser des réponses concertées aux défis qui dépassent les frontières nationales.

Alger retrouve sa profondeur sahélienne

Le retour du dialogue avec le Mali et le Niger intervient dans une période où les équilibres géopolitiques du Sahel connaissent de profondes transformations. Face à cette nouvelle donne, l’Algérie mise sur ses atouts traditionnels : la proximité géographique, l’histoire, la diplomatie, le principe de souveraineté et la recherche de solutions politiques aux crises.
Avec Bamako, le retour des ambassadeurs et la reprise des échanges politiques constituent des signes forts de normalisation. Avec Niamey, les rencontres de haut niveau, les commissions mixtes et la multiplication des projets donnent déjà au rapprochement une dimension économique et stratégique.
Dans les deux cas, l’objectif dépasse donc la simple restauration de relations diplomatiques. Il s’agit de reconstruire une confiance durable et de créer les conditions d’un partenariat capable de répondre aux intérêts des populations.
Le message venu de Bamako est particulièrement révélateur : l’histoire commune doit servir de « capital » pour avancer vers la modernité et le progrès. Celui de Niamey l’est tout autant : les valeurs de voisinage, de fraternité et d’amitié doivent redevenir le socle de la relation bilatérale.
Pour Alger, cette évolution confirme une constante : on ne change ni la géographie ni le voisinage. On peut en revanche choisir le dialogue, la coopération et la construction d’intérêts communs.
Après une période de tensions, l’Algérie, le Mali et le Niger semblent ainsi avoir choisi de remettre le dialogue au centre du jeu.
Une nouvelle séquence s’ouvre dans le Sahel, où la diplomatie entend reprendre toute sa place et où les grands projets, de la route transsaharienne au gazoduc en passant par les infrastructures numériques, pourraient devenir les instruments d’une intégration régionale plus forte.
Avec Bamako comme avec Niamey, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, impulse le retour du dialogue, faisant de la proximité géographique, du respect de la souveraineté et de la coopération les leviers d’une nouvelle dynamique de stabilité et de développement au Sahel.

ALGER 16 DZ

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