Par G. Salah Eddine
À l’heure où une information, une image ou une vidéo peuvent faire le tour du monde en quelques secondes, la bataille ne se joue plus seulement sur le terrain médiatique. Elle se déplace désormais vers les perceptions, les convictions et les esprits. C’est dans ce contexte que des participants à l’université d’été de l’Organisation nationale des journalistes algériens (ONJA), dont les travaux ont débuté vendredi dernier à Oran, ont appelé à renforcer les capacités nationales et à former des compétences nationales, en matière de récits.

Le sujet s’est notamment invité au cœur des travaux de cette première édition, consacrée aux enjeux auxquels sont confrontés
les médias dans un environnement informationnel en constante mutation.
Lors d’un atelier intitulé « Les guerres cognitives… le cerveau comme nouveau champ de bataille », le Dr Ahmed Bensâada a expliqué que les nouvelles formes de confrontation constituent désormais un domaine pris en charge par des cellules spécialisées au sein de plusieurs grandes puissances.
Selon lui, les guerres perceptives et cognitives ne cherchent plus uniquement à modifier ou à manipuler l’information. Elles visent également à agir sur la manière dont les individus perçoivent leur environnement, pensent et construisent leurs convictions.
Face à cette évolution, il a insisté sur l’importance de développer des récits nationaux capables de préserver les intérêts, l’identité, la culture, l’histoire et la souveraineté du pays.
Cette nouvelle réalité impose, selon le spécialiste, de croiser plusieurs disciplines. Psychologie, sociologie, informatique, intelligence artificielle ou encore analyse des mégadonnées sont désormais mobilisées dans les mécanismes modernes d’influence.
Le défi dépasse ainsi largement le seul cadre des médias. Il concerne aussi la capacité à comprendre les ressorts psychologiques et technologiques qui permettent aujourd’hui de construire, orienter et diffuser des récits auprès de larges audiences.
Dans ce contexte, le journaliste est lui aussi appelé à faire évoluer ses compétences. Ahmed Bensâada a souligné la nécessité de compléter la formation traditionnelle aux techniques rédactionnelles par une connaissance des mécanismes des guerres perceptives, des modes de production et d’orientation de l’information, ainsi que des méthodes permettant de traiter les récits visant la société.
Cette transformation du paysage informationnel a également été relevée par le président de l’Organisation nationale des journalistes algériens, Slimane Abdouche.
Dans une allocution prononcée à cette occasion, il a expliqué que le choix du thème « Les médias nationaux face aux guerres des récits » pour cette première édition de l’université d’été n’était pas fortuit.
La bataille médiatique, a-t-il estimé, ne se limite plus à transmettre l’information ou à commenter les événements. Elle constitue désormais une confrontation autour des esprits, de la conscience et de la construction de l’opinion publique.
Le responsable a également relevé que la nature des guerres avait profondément évolué, l’information étant elle-même devenue un terrain de confrontation.
De son côté, le secrétaire général de l’Union des travailleurs sahraouis, Nefaâ Ahmed, a mis en avant, dans une allocution, la place de l’Algérie en tant que bastion de la liberté et soutien constant aux causes de libération, notamment les causes sahraouie et palestinienne.
Il a également évoqué les efforts déployés par les journalistes algériens depuis les années 1970 pour révéler les contrevérités et contrer les tentatives d’effacement de la vérité.
Organisée sur deux jours à Oran, cette manifestation réunit de nombreux journalistes et experts venus de différentes régions du pays.
Les travaux de cette première édition sont notamment consacrés à plusieurs ateliers portant sur les mutations de l’environnement informationnel et numérique, parmi lesquels « La guerre des récits et les nouvelles transformations de l’environnement numérique » et « Les récits numériques… faire face à la guerre psychologique et à la propagande hostile et malveillante ».
