Alger porte la voix de la réforme de l’ONU

Alors que s’ouvre la Semaine de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations unies, la question de la crédibilité et de l’efficacité de l’Organisation revient au cœur des débats internationaux. Après huit décennies d’existence, l’ONU se trouve confrontée à une équation de plus en plus complexe : préserver son rôle central dans la gouvernance mondiale tout en répondant aux profondes transformations de l’ordre international.
Le nouveau président de l’Assemblée générale de l’ONU, Khalilur Rahman, entend précisément placer la restauration de la confiance envers l’Organisation au centre de son mandat. Dans un entretien accordé à ONU Info, il a expliqué vouloir faire de cette question son « thème directeur », en s’appuyant sur les attentes exprimées par les Etats membres pour orienter son action.
Après 35 années passées au service des Nations unies, M. Rahman estime que l’Organisation doit retrouver l’ambition qui avait accompagné sa création, en 1945, tout en s’adaptant à un monde profondément transformé. S’il relève que l’ONU a contribué, durant les huit dernières décennies, à éviter un embrasement mondial à grande échelle, il reconnaît également ses difficultés à prévenir de nombreux conflits et à accélérer les progrès en matière de développement.
La crise de confiance évoquée par le président de l’Assemblée générale renvoie à une interrogation plus large sur le fonctionnement du système multilatéral. Dans plusieurs régions du monde, la persistance des conflits, les blocages au Conseil de sécurité, les divergences dans l’application du droit international et les difficultés à répondre collectivement aux crises ont alimenté les appels à une réforme de la gouvernance mondiale.
M. Rahman insiste, à ce titre, sur la nécessité de faire en sorte que le Conseil de sécurité puisse fonctionner de manière plus cohérente et répondre davantage aux attentes placées en lui. Il défend également le rôle de l’Assemblée générale, souvent critiquée pour le caractère essentiellement politique ou moral de ses décisions, mais qui demeure l’organe le plus représentatif de l’Organisation.
Cette réflexion rejoint l’un des axes constants de la diplomatie algérienne : la défense d’un multilatéralisme fondé sur l’égalité souveraine des Etats, le respect de la Charte des Nations unies et le règlement pacifique des différends. Lors du débat général de l’Assemblée générale, en 2023, le président Abdelmadjid Tebboune avait appelé à un nouvel ordre international fondé sur l’égalité entre les Etats et déploré la perte d’efficacité du Conseil de sécurité. Il avait également plaidé pour une réforme de l’ONU, une répartition géographique plus équitable et une revitalisation du rôle de l’Assemblée générale.
L’Algérie, une diplomatie engagée au sein de l’ONU
Depuis l’élection du président Abdelmadjid Tebboune, l’Algérie a renforcé son engagement au sein des institutions multilatérales et placé la défense des principes de la Charte de l’ONU au cœur de son action diplomatique.
Cette orientation s’est notamment illustrée durant le mandat de l’Algérie au Conseil de sécurité pour la période 2024-2025. Alger a régulièrement appelé à renforcer l’efficacité du Conseil, à respecter le droit international et à corriger la sous-représentation du continent africain au sein de cet organe.
La question de la réforme du Conseil de sécurité constitue d’ailleurs un dossier prioritaire pour l’Algérie. Dans une déclaration au Conseil en octobre 2025, le représentant algérien avait souligné que le renforcement du multilatéralisme passait par la restauration de la confiance entre les Etats, le respect de la Charte et une réforme globale du Conseil. Alger avait réaffirmé son soutien à une représentation africaine accrue, conformément au Consensus d’Ezulwini et à la Déclaration de Syrte.
Cette position ne s’est pas limitée au discours. En février 2026, le Premier ministre Sifi Ghrieb, représentant le Président Tebboune, a participé à Addis-Abeba à une réunion du Comité des Dix de l’Union africaine consacrée à la réforme du Conseil de sécurité, confirmant la poursuite de l’engagement algérien sur ce dossier.
Au niveau de l’ONU, les négociations intergouvernementales sur la réforme du Conseil se poursuivent toujours.
L’Assemblée générale a décidé de poursuivre ces négociations lors de sa 80e session, autour notamment de la question d’une représentation équitable et de l’élargissement de la composition du Conseil.
La Palestine, révélateur des limites du système
La question palestinienne constitue l’un des exemples les plus visibles des difficultés auxquelles se heurte actuellement le système multilatéral. L’Algérie en a fait un dossier majeur durant son mandat au Conseil de sécurité.
En avril 2024, Alger avait présenté un projet de résolution recommandant l’admission de l’Etat de Palestine comme membre à part entière de l’ONU. Le texte avait obtenu 12 voix favorables, mais avait été bloqué par le veto américain. Pour l’Algérie, cet épisode a illustré la nécessité de renforcer l’efficacité et la crédibilité du système multilatéral et de faire respecter les principes consacrés par la Charte des Nations unies. M. Abdelmadjid Tebboune avait alors réaffirmé que l’Algérie poursuivrait ses efforts en faveur de l’adhésion pleine et entière de la Palestine à l’ONU. Cette action s’inscrit dans une orientation diplomatique plus large. En 2023, le Président avait également appelé à renforcer le rôle de l’Assemblée générale et à faire avancer la réforme du Conseil de sécurité, tout en réaffirmant le soutien de l’Algérie au droit du peuple palestinien à l’autodétermination.
Une réforme devenue incontournable
Pour Alger, la réforme du système multilatéral ne concerne donc pas uniquement la composition du Conseil de sécurité. Elle touche également à la capacité des institutions internationales à agir efficacement face aux conflits, aux crises humanitaires et aux défis du développement.
L’Algérie défend ainsi une approche fondée sur le renforcement du rôle des institutions internationales, une représentation plus équitable des différentes régions du monde et une application cohérente du droit international. Cette position a encore été réaffirmée lors d’un débat au Conseil de sécurité consacré à la réforme de la gouvernance mondiale, où la représentante algérienne a estimé que la réforme des institutions multilatérales «ne peut plus attendre », en insistant notamment sur la correction de l’injustice historique faite à l’Afrique et sur le renforcement du rôle de l’Assemblée générale.
Au-delà des questions de paix et de sécurité, Alger inscrit également son action dans le cadre du développement durable. La diplomatie algérienne défend l’importance d’un multilatéralisme permettant aux pays en développement de faire entendre leurs priorités et de bénéficier d’un accès plus équitable aux financements, aux technologies et aux partenariats internationaux.
La restauration de la confiance évoquée par le président de l’Assemblée générale rejoint ainsi une préoccupation devenue centrale pour de nombreux Etats : comment redonner à l’ONU la capacité de répondre aux crises et de faire respecter les principes sur lesquels elle a été fondée ?
Pour l’Algérie, la réponse passe par un multilatéralisme renforcé, une ONU plus représentative et un Conseil de sécurité réformé. Une orientation que le Président Tebboune défend depuis le début de son mandat et que l’Algérie continue de porter au sein des enceintes internationales.
Alger 16
