Accord d’Alger : Dix ans après, l’héritage d’un tournant pétrolier

Il y a dix ans, Alger accueillait une réunion appelée à marquer durablement l’histoire de la coopération pétrolière internationale. Réuni le 28 septembre 2016 à l’occasion de la 170e réunion extraordinaire de la Conférence de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), le cartel avait alors convenu d’un objectif de production compris entre 32,5 et 33 millions de barils par jour, avec pour ambition d’accélérer la résorption des stocks excédentaires et de favoriser le rééquilibrage du marché. Au-delà de cette décision conjoncturelle, l’Accord d’Alger a surtout ouvert une nouvelle séquence dans les relations entre les producteurs membres de l’Opep et leurs partenaires non-membres. Il a posé les premiers jalons d’une coopération plus structurée, fondée sur la concertation, le suivi régulier des marchés et la possibilité d’une action collective lorsque les conditions l’exigent. Dix ans plus tard, l’héritage de cette dynamique dépasse largement le cadre de la décision prise à Alger. Il se retrouve dans l’architecture de coopération qui s’est progressivement consolidée entre les grands producteurs mondiaux et qui a donné naissance à l’Opep+, devenue un acteur central de la coordination pétrolière internationale.
En 2016, le marché pétrolier traversait une période particulièrement difficile, caractérisée par une importante accumulation de stocks et une forte pression sur les prix. L’Accord conclu à Alger avait précisément pour objectif d’accélérer le processus de rééquilibrage en agissant sur l’offre et en créant les conditions d’un retour progressif de la stabilité.
Mais l’importance de cet accord ne résidait pas uniquement dans son objectif de production. Sa portée tenait également à la méthode employée : parvenir à un compromis entre des producteurs aux intérêts parfois divergents et instaurer un cadre permettant de poursuivre les consultations au-delà d’une seule réunion ministérielle. Cette démarche s’est concrétisée quelques mois plus tard. Le 10 décembre 2016, les pays de l’Opep et plusieurs producteurs non membres ont adopté la Déclaration de coopération. Au total, 24 pays participants se sont engagés à ajuster leur production d’environ 1,8 million de barils par jour à partir de janvier 2017. L’Opep a alors présenté cette initiative comme une nouvelle étape historique dans la coopération entre producteurs.
La Russie figurait parmi les acteurs majeurs de cette nouvelle configuration, aux côtés de plusieurs autres producteurs non membres.

De l’accord ponctuel à une coopération structurée
L’une des principales innovations issues de cette dynamique réside dans la mise en place de mécanismes permanents de suivi. Le Comité ministériel conjoint de suivi, ou JMMC, ainsi que le Comité technique conjoint, ou JTC, ont progressivement constitué les instruments de cette nouvelle gouvernance. Leur mission consiste notamment à suivre le respect des engagements de production, à analyser l’évolution des fondamentaux du marché et à formuler, lorsque cela est nécessaire, des recommandations aux niveaux ministériel et politique. Dès les premiers mois de la mise en œuvre de la Déclaration de coopération, ces structures ont été mobilisées pour mesurer les niveaux de conformité et accompagner les décisions collectives. Ce dispositif a progressivement installé une nouvelle culture de coordination. Les décisions ne reposent plus seulement sur des annonces ponctuelles, mais sur un processus associant expertise technique, échanges réguliers entre producteurs et évaluation continue des perspectives du marché. L’Opep elle-même soulignait, dès 2017, que la création du JMMC et du JTC avait transformé le fonctionnement de la coopération entre producteurs en offrant un cadre de suivi régulier et plus transparent.

L’épreuve de la pandémie
La solidité de cette architecture allait être mise à rude épreuve en 2020. La pandémie de Covid-19 a provoqué un choc sans précédent sur l’économie mondiale et une contraction brutale de la demande pétrolière, tandis que la hausse des stocks faisait peser une pression exceptionnelle sur les capacités de stockage. Face à cette situation, les pays participant à la Déclaration de coopération ont adopté, en avril 2020, des réductions de production d’une ampleur historique. Ils avaient convenu d’un ajustement de 9,7 millions de barils par jour en mai et juin, ramené ensuite à 7,7 millions entre juillet et décembre 2020, puis à 5,8 millions à partir de janvier 2021. L’Opep a qualifié cette décision de plus important ajustement de production jamais convenu dans l’histoire de l’industrie pétrolière. Cette réponse a constitué un test grandeur nature pour le mécanisme instauré quelques années auparavant. Face à un choc qui dépassait largement les seules considérations énergétiques, les producteurs ont utilisé les instruments de concertation développés depuis 2016 afin d’adapter collectivement leurs niveaux de production.
La crise a ainsi démontré que la coopération issue de l’Accord d’Alger pouvait être mobilisée non seulement dans une phase de rééquilibrage classique du marché, mais également face à une perturbation mondiale exceptionnelle.

De l’initiative diplomatique à la participation active
Dans cette architecture, l’Algérie conserve une place particulière. Le pays avait joué un rôle central dans la recherche du compromis ayant conduit à l’Accord d’Alger, avant de participer aux mécanismes institutionnels mis en place dans son prolongement.
L’Opep avait d’ailleurs officiellement salué, en novembre 2016, la contribution de l’Algérie à la conclusion et à la mise en œuvre de l’Accord, ainsi que celle du ministre de l’Énergie de l’époque, Noureddine Boutarfa, et du gouverneur algérien auprès de l’Opep, Mohamed Hamel.
Depuis, la participation algérienne s’est inscrite dans la durée, à travers son implication dans les mécanismes de coordination de l’Opep+. L’approche défendue par Alger repose notamment sur la concertation entre producteurs, l’évaluation régulière des fondamentaux du marché et le respect des décisions collectives.
En 2025 et 2026, l’Algérie continue de participer activement aux mécanismes de coordination de l’Opep+. Cette implication s’est notamment manifestée à travers sa participation au groupe des sept pays ayant procédé à des ajustements volontaires supplémentaires de leur production : l’Arabie saoudite, la Russie, l’Irak, le Koweït, le Kazakhstan, l’Algérie et Oman.
En septembre 2026, ces sept pays ont réaffirmé leur engagement en faveur de la stabilité du marché et leur volonté de poursuivre les consultations mensuelles consacrées à l’évolution des conditions du marché. Lors de leur réunion du 6 septembre, ils ont décidé de maintenir pour octobre les niveaux de production requis pour septembre et réaffirmé leur engagement à parvenir à une pleine conformité avec la Déclaration de coopération. En août 2026 déjà, les sept pays avaient décidé d’un ajustement de 188.000 barils par jour à partir de septembre et réaffirmé leur engagement à compenser les volumes produits au-delà des niveaux convenus depuis janvier 2024. Le JMMC continue d’assurer le suivi de la conformité aux engagements.

Une nouvelle conception de la gouvernance pétrolière
L’expérience accumulée depuis 2016 montre que l’Accord d’Alger ne peut être réduit à une décision portant sur un niveau de production. Son principal héritage réside dans l’évolution du mode de coopération entre producteurs.
Avant son adoption, les consultations entre l’Opep et les producteurs non membres existaient déjà, mais l’Accord d’Alger a contribué à leur donner une structure politique et opérationnelle plus durable. La Déclaration de coopération de décembre 2016 a ensuite institutionnalisé cette dynamique en donnant naissance à un cadre régulier de coordination.
Cette transformation a également modifié l’échelle de la gouvernance du marché. Les décisions concernant l’équilibre entre l’offre et la demande ne sont plus uniquement envisagées à travers le prisme des membres de l’Opep, mais dans le cadre d’un dialogue élargi associant plusieurs des principaux producteurs mondiaux.
La crise de 2020 a confirmé la capacité de ce dispositif à prendre des décisions de grande ampleur dans un contexte exceptionnel. Depuis, les mécanismes de suivi et de coordination ont continué d’être utilisés pour adapter progressivement les niveaux de production aux évolutions du marché.
Dix ans après l’Accord d’Alger, la dynamique engagée dans la capitale algérienne continue donc de produire ses effets sur la coopération pétrolière internationale. Ce qui avait commencé en 2016 comme une tentative de parvenir à un compromis face à une situation de surabondance s’est transformé en un cadre de dialogue régulier entre producteurs membres et non membres de l’Opep.
Pour l’Algérie, cette séquence constitue également une illustration de la place que peut occuper une puissance énergétique de taille intermédiaire dans les processus de médiation et de coordination entre grands producteurs. De l’initiative diplomatique ayant contribué à rapprocher les positions en 2016 à sa participation continue aux mécanismes de l’Opep+, Alger a maintenu une implication constante dans cette architecture. G. S. E.

ALGER 16 DZ

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