Armes, mercenaires et déstabilisation : Le Soudan accuse les émirats

La confrontation diplomatique autour de la guerre au Soudan s’est de nouveau invitée à la tribune des Nations unies. Lundi dernier, à New York, lors de la 81e Session de l’Assemblée générale, le représentant permanent du Soudan auprès de l’ONU, l’ambassadeur Al-Harith Idriss, a vivement contesté les déclarations de son homologue émirati, accusant Abou Dhabi de contribuer à l’aggravation du conflit par son soutien présumé aux Forces de soutien rapide (FSR).

Au cœur de son intervention, le diplomate soudanais a mis en cause le rôle des Émirats dans la détérioration de la situation humanitaire et sécuritaire de son pays. Il a affirmé que ce soutien était documenté par les rapports du Groupe d’experts des Nations unies chargé du suivi de la résolution 1591, ainsi que par ceux de la mission internationale d’établissement des faits. Ces références ont constitué l’un des principaux arguments avancés par Khartoum pour contester la position émiratie.
Al-Harith Idriss a notamment rejeté les affirmations d’Abou Dhabi concernant sa «neutralité et innocence » dans le conflit, estimant que les exactions attribuées aux FSR contredisaient cette position. Il a ainsi dénoncé ce qu’il a qualifié de « partenariat sanglant » entre les Émirats et la milice paramilitaire.
Ces accusations interviennent alors que la guerre, déclenchée en avril 2023 entre l’armée soudanaise et les FSR, continue de provoquer des déplacements massifs de populations et de lourdes conséquences humanitaires. La question du soutien extérieur aux belligérants demeure, dans ce contexte, au centre des échanges diplomatiques et des efforts internationaux visant à mettre un terme aux hostilités.
Dans son intervention, le représentant soudanais a élargi ses critiques à un ensemble de pratiques qu’il attribue aux Émirats et qu’il considère comme participant à la déstabilisation du Soudan et de son environnement régional.
Le diplomate a également accusé Abou Dhabi de chercher à établir une administration parallèle à Nyala, dans le Darfour du Sud, et de recourir à des mercenaires étrangers pour combattre les forces armées soudanaises. Il lui a, en outre, imputé des opérations présumées de falsification de la monnaie nationale et de contrebande de minerais stratégiques.
Les infrastructures essentielles n’ont pas été épargnées par ses accusations. Al-Harith Idriss a évoqué des actes présumés de sabotage visant les réseaux énergétiques, les installations électriques et les systèmes d’approvisionnement en eau, ainsi que des attaques contre des barrages et des entrepôts de denrées alimentaires. Il a également dénoncé la diffusion d’informations qu’il juge trompeuses, notamment au sujet d’allégations d’utilisation d’armes chimiques.
L’ensemble de ces accusations a été présenté par le représentant soudanais comme les éléments d’une stratégie de déstabilisation dépassant le seul champ militaire.

Le Soudan plaide pour une paix « juste »
Pour étayer ses déclarations, Al-Harith Idriss a affirmé que les réseaux de soutien extérieur aux FSR avaient été mis en évidence dans plusieurs rapports internationaux. Il a notamment évoqué des éléments relatifs à des sociétés enregistrées aux Émirats, dont certains acteurs auraient recruté des mercenaires et organisé le transport de matériel militaire vers les zones de combat.
La question des approvisionnements extérieurs occupe une place importante dans l’analyse internationale du conflit. Un rapport récent de la mission internationale indépendante d’établissement des faits, publié le 23 septembre 2026 sous le titre «Alimenter le conflit au Soudan : les facteurs externes», examine notamment le rôle des acteurs étrangers et les circuits de soutien qui contribuent à prolonger les hostilités.
Les responsabilités attribuées aux différents acteurs extérieurs demeurent cependant contestées. Les Émirats ont rejeté les accusations soudanaises, tandis que les échanges à l’ONU illustrent la difficulté de parvenir à une lecture commune des causes et des prolongements du conflit.
Dans une autre intervention devant la même Assemblée générale, le ministre soudanais des Affaires étrangères, Mohieldin Salim Ahmed Ibrahim, a appelé à l’instauration d’une paix « juste » dans son pays. Il a insisté sur la nécessité de mettre fin aux ingérences extérieures et aux flux d’armes et de mercenaires, qu’il considère comme des obstacles majeurs à un règlement durable du conflit. « Le Soudan est une nation éprise de paix, mais nous aspirons également à une paix juste », a déclaré le chef de la diplomatie soudanaise. Il a estimé qu’une paix durable resterait difficile à instaurer tant que persisteraient «des ingérences extérieures », notamment « l’afflux d’armes et de mercenaires » à travers les frontières du pays.
À travers ces interventions, les responsables soudanais ont placé la question des soutiens extérieurs au centre de leur argumentaire diplomatique. Pour Khartoum, l’arrêt des combats ne saurait suffire sans une action visant à interrompre les circuits d’approvisionnement militaire et à empêcher toute intervention susceptible de prolonger la guerre.
Reste que la recherche d’une issue politique se heurte à la multiplicité des acteurs impliqués, aux divergences entre les parties et aux rivalités régionales. Dans ce contexte, la tribune onusienne demeure un espace de confrontation diplomatique, mais aussi l’un des cadres où se joue la recherche d’un règlement à un conflit dont les conséquences continuent de peser lourdement sur la population soudanaise.
G. Salah Eddine

ALGER 16 DZ

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