Sécurité Hydrique : 8 milliards de dollars pour garantir l’eau potable

L’Algérie franchit une nouvelle étape majeure dans sa politique de sécurité hydrique. Conscient de l’enjeu stratégique que représente l’eau potable pour sa population et son économie, l’État a consacré près de 8 milliards de dollars à la production et au dessalement de l’eau, selon Mouloud Hachlaf, assistant du PDG de la Société algérienne de dessalement de l’eau, filiale du groupe Sonatrach.

Invité la semaine dernière, dans l’émission « L’invité du matin » de la radio nationale, M. Hachlaf a expliqué que ces investissements s’inscrivent dans une stratégie globale visant à sécuriser l’approvisionnement en eau potable et à anticiper les besoins croissants du pays.
Le premier programme complémentaire, désormais achevé, a mobilisé environ 2,4 milliards de dollars. À cela s’ajoute plus d’un milliard de dollars, pour la première phase du deuxième programme complémentaire. L’ensemble des projets en cours place le total des investissements dans le secteur à près de 8 milliards de dollars, un signal fort de la volonté de l’Algérie de consolider son autonomie hydrique et de réduire sa dépendance aux ressources naturelles limitées. Cette politique nationale repose sur une stratégie ambitieuse, articulée autour de trois axes majeurs, visant à renforcer à la fois la sécurité hydrique et l’autonomie industrielle. Le premier axe consiste à mobiliser les entreprises nationales. L’État confie aux sociétés locales la réalisation de projets structurants, favorisant la sous-traitance et le développement d’un écosystème industriel capable de répondre à des infrastructures de grande envergure. Cette approche permet de renforcer les capacités techniques du pays et de stimuler l’emploi qualifié dans le secteur.
Le deuxième axe cible l’exploitation et la maintenance des stations de dessalement, un domaine nécessitant un savoir-faire pointu. Pour garantir l’efficacité et la durabilité des installations, l’Algérie s’appuie sur la coopération avec des partenaires internationaux, bénéficiant ainsi des technologies les plus avancées et de l’expérience de spécialistes étrangers. Cette approche permet également de former des experts locaux, assurant un transfert de compétences stratégique pour le développement futur du secteur.
Le troisième axe vise à développer une véritable base industrielle nationale. L’objectif est de produire localement les équipements stratégiques nécessaires au dessalement, un marché aujourd’hui dominé par un petit nombre de pays et d’entreprises. La mise en place de partenariats internationaux sur le principe « gagnant-gagnant » permet à l’Algérie de renforcer son autonomie industrielle, tout en s’intégrant dans les chaînes de valeur mondiales.
En combinant ces trois axes, l’Algérie cherche à créer un modèle de développement durable et résilient, où l’investissement national et l’expertise internationale se complètent pour sécuriser l’approvisionnement en eau potable.

Répondre à une demande croissante
Les investissements répondent à une demande en eau potable et industrielle en constante augmentation. Selon M. Hachlaf, le secteur agricole consomme près de 70 % des ressources en eau, principalement pour l’irrigation, tandis que la croissance démographique, estimée à près d’un million d’habitants par an, et l’expansion urbaine, intensifient les besoins des ménages et des industries.
Cette planification est réalisée en étroite coordination avec le ministère de l’Hydraulique et l’Algérienne des eaux, afin de déterminer les capacités de production nécessaires et d’anticiper les besoins futurs.
Dans ce cadre, le président de la République a annoncé, lors du Conseil des ministres, en octobre dernier, le lancement d’un deuxième programme complémentaire, comprenant la construction de six nouvelles stations de dessalement dans plusieurs wilayas de l’Est et de l’Ouest.
Ces projets seront réalisés selon la même stratégie que le premier programme, avec une forte implication des entreprises nationales, notamment les filiales de Sonatrach et du groupe Cosider. Les chantiers sont déjà ouverts, avec la préparation des terrains et le lancement des études et travaux d’ingénierie. L’achèvement est prévu dans un délai d’environ 26 mois, après la finalisation des études techniques.
Parallèlement aux grands projets, des solutions mobiles et innovantes sont mises en place pour les régions où les contraintes spécifiques rendent l’approvisionnement difficile, comme dans le Sud du pays, où la salinité élevée des eaux souterraines complique la distribution d’eau potable.
Des unités mobiles de dessalement, installées dans des conteneurs, peuvent être transportées et déployées, selon les besoins. Leur capacité de production varie de 2 500 à 3 000 mètres cubes par jour, et certaines installations peuvent atteindre 50 000 mètres cubes quotidiens. Ces unités utilisent également des énergies renouvelables, renforçant leur durabilité et leur efficacité environnementale.
Avec cette approche combinant investissements massifs, expertise locale et coopération internationale, l’Algérie se place en position de force pour anticiper les défis liés à la croissance démographique, à l’urbanisation rapide et aux contraintes climatiques. La mise en place de stations de dessalement modernes et d’unités mobiles constitue un modèle de résilience et d’innovation, garantissant que chaque citoyen pourra accéder à une eau potable de qualité.
Le pays se donne ainsi les moyens de sécuriser sa ressource la plus précieuse et de bâtir une stratégie durable, capable de soutenir l’agriculture, l’industrie et la vie quotidienne de millions d’Algériens pour les décennies à venir.
G. Salah Eddine

L’Algérie mobilise ses talents pour repenser le secteur de l’eau

Face à des tensions hydriques de plus en plus marquées et à l’accélération des effets du changement climatique, l’Algérie amorce un tournant stratégique en misant sur l’innovation et l’intelligence collective. Le ministère de l’Économie de la connaissance, des Start-up et des Micro-entreprises a ainsi lancé, en coordination avec les ministères de l’Hydraulique et de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, une initiative nationale ambitieuse visant à mobiliser compétences et solutions technologiques au service du secteur de l’eau.
Pensée comme un appel ouvert à l’innovation, cette démarche cible les porteurs de projets, les start-up, les chercheurs et les experts capables d’apporter des réponses concrètes aux défis hydriques du pays. L’objectif dépasse largement le simple recensement d’idées : il s’agit de structurer un véritable écosystème national dédié à l’innovation dans le domaine de l’eau.
Concrètement, l’initiative vise à identifier et cartographier les compétences, tant au niveau national qu’international, à constituer une base de données stratégique des solutions existantes et à préparer le lancement de programmes structurants, notamment en matière d’incubation, d’accélération et d’expérimentation sur le terrain. À terme, l’ambition est claire : faire émerger des solutions locales, adaptées aux réalités algériennes, tout en favorisant les partenariats technologiques entre acteurs publics et privés.
Dans un contexte marqué par la raréfaction des ressources et la pression croissante sur les infrastructures hydrauliques, les domaines ciblés par cet appel traduisent les priorités nationales. Il s’agit notamment de la réduction des pertes et du gaspillage d’eau, de l’optimisation énergétique du dessalement, de la réutilisation des eaux usées, mais aussi du développement de systèmes d’irrigation intelligents au service d’une agriculture plus durable.
L’intégration des technologies avancées occupe également une place centrale. L’intelligence artificielle et l’Internet sont appelés à transformer en profondeur la gestion des ressources hydriques, en permettant une surveillance en temps réel, une meilleure anticipation des besoins et une optimisation des réseaux de distribution. À cela s’ajoute la nécessité de concevoir des solutions innovantes capables de renforcer la résilience du pays face aux effets du changement climatique.
Au-delà de l’aspect technologique, cette initiative porte une vision plus large : celle de la construction d’un système national d’innovation dans le secteur de l’eau, capable de générer de la valeur, de stimuler la recherche appliquée et de positionner l’Algérie comme un acteur proactif dans la gestion durable des ressources hydriques.
L’appel s’adresse à un large éventail d’acteurs : start-up, micro-entreprises, incubateurs, centres de recherche, universitaires, experts du secteur économique, mais aussi aux compétences algériennes établies à l’étranger, dont l’expertise constitue un levier stratégique encore sous-exploité.
Dans un monde où l’eau devient progressivement une ressource géopolitique majeure, cette initiative traduit une prise de conscience nette : la sécurité hydrique ne se décrète pas, elle se construit. Et aujourd’hui, elle se concrétise avec des données, des technologies et surtout des cerveaux.
Les porteurs d’idées et de solutions sont invités à s’inscrire via la plateforme dédiée mise en ligne par le ministère, première étape d’un processus qui pourrait redéfinir, à moyen terme, l’approche nationale de la gestion de l’eau.
Parce qu’au fond, la vraie question n’est plus de savoir s’il faut innover…, mais si on peut encore se permettre de ne pas le faire.
G. S. E.

ALGER 16 DZ

You May Like

Alger 16

Le quotidien du grand public

Édité par: Sarl bma.com

Adresse: 26 rue Mohamed El Ayachi Belouizdad

Adresse du journal: 5-7 Rue Sacré-coeur Alger Centre

E-mail:alger16bma@gmail.com

Numéro de téléphone: 021 64 69 37