
Dans le cadre du Mois du patrimoine 2026, la chercheuse en anthropologie Dr Bouabdellah Zahia et le chercheur en histoire Dr Omar Hachi ont animé, hier, des conférences consacrées à la sauvegarde, la transmission et la valorisation du patrimoine culturel algérien dans ses dimensions matérielle et immatérielle, au Musée national des antiquités d’Alger.
La première intervention a été animée par la chercheuse en anthropologie Bouabdellah Zahia (CNRPAH), qui a présenté un état des lieux de la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel en Algérie, en mettant en avant les acquis réalisés et les mécanismes mis en place pour sa protection et sa transmission.
La seconde communication, présentée par le chercheur en histoire Omar Hachi, a porté sur les métiers traditionnels à travers les anciens marchés de la Casbah d’Alger, considérés comme des espaces vivants de mémoire, de commerce et de transmission des savoir-faire ancestraux. Dans son analyse, la Casbah apparaît comme un espace vivant du patrimoine immatériel, où se croisaient les artisans, les commerçants et les habitants autour de métiers traditionnels tels que le travail du cuir, la confection artisanale, les activités textiles ou encore la transformation de produits locaux. Ces pratiques, aujourd’hui menacées par les mutations urbaines et économiques, témoignent pourtant d’une mémoire urbaine riche et d’une identité profondément enracinée dans l’histoire d’Alger.
Protéger le patrimoine
Cette rencontre s’inscrit dans une dynamique nationale de protection et de valorisation du patrimoine, conformément aux dispositions de la loi 04/98, notamment son article 69, qui définit les missions de l’État et des institutions concernées dans l’identification, la documentation, la classification, la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine culturel. Ce dispositif repose également sur la constitution de banques de données, le recensement des éléments culturels auprès des communautés et leur préservation pour les générations futures. Dans ce sens, la Convention de l’Unesco de 2003 sur la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel rappelle que ce patrimoine constitue un facteur essentiel de diversité culturelle et un levier de développement durable. Elle insiste sur la nécessité de protéger les traditions vivantes à travers la recherche, l’éducation, la transmission et la sensibilisation, tout en respectant les communautés qui en sont les détentrices. Le patrimoine culturel immatériel englobe plusieurs domaines, notamment les traditions orales, les arts du spectacle, les pratiques sociales et rituelles, les connaissances liées à la nature et à l’univers, ainsi que les savoir-faire artisanaux. En Algérie, ces expressions se manifestent à travers une grande diversité de pratiques et de traditions enracinées dans l’histoire et les territoires. Dans ce contexte, l’Algérie compte aujourd’hui 13 éléments inscrits sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco, témoignant de la richesse de son héritage vivant. Parmi les plus récents figurent le couscous (2020), reconnu comme un élément central de la culture culinaire et du vivre-ensemble ; la calligraphie arabe (2021), art majeur de l’écriture et de l’esthétique arabo-musulmane ; le raï (2022), expression musicale emblématique devenue un phénomène mondial ; la gravure sur métaux (2023), savoir-faire artisanal traditionnel encore pratiqué dans plusieurs régions du pays ; ainsi que le costume de cérémonie de l’Est algérien (2024) et les pratiques liées au henné (2024), inscrits pour leur dimension sociale, rituelle et culturelle.
Ces inscriptions illustrent la reconnaissance internationale croissante du patrimoine algérien et la diversité de ses expressions culturelles, allant des pratiques vestimentaires aux arts populaires, en passant par les savoir-faire artisanaux et les expressions musicales.
Par ailleurs, ces efforts s’accompagnent de programmes nationaux de recensement, de documentation et de constitution de bases de données, visant à préserver et transmettre ce patrimoine aux générations futures. La langue, en tant que vecteur fondamental de transmission, occupe également une place centrale dans cette dynamique de sauvegarde. Au terme de ces échanges, les intervenants ont convergé vers une même idée : le patrimoine immatériel n’est pas une mémoire figée, mais une matière vivante, fragile, qui évolue avec la société et qui exige une vigilance constante. Dans un contexte de modernisation accélérée, sa préservation apparaît comme un enjeu stratégique autant culturel qu’identitaire.
Cheklat Meriem
