
L’Algérie traverse l’un des épisodes climatiques les plus délicats de cet été. Depuis plusieurs jours, une chaleur écrasante s’installe durablement sur une grande partie du territoire national, avec des températures dépassant largement les moyennes saisonnières. Ses conséquences ne se sont pas fait attendre. Les départs de feu se multiplient dans plusieurs régions du pays, tandis que les services de secours restent mobilisés jour et nuit pour empêcher leur propagation.
Des reliefs escarpés de Béjaïa aux massifs forestiers de Skikda, en passant par les terres agricoles de Mila et les forêts de Tissemsilt, les flammes mettent à rude épreuve les dispositifs d’intervention déployés sur le terrain. Alimentés par la sécheresse, les vents chauds et des températures atteignant localement les 44°C, plusieurs incendies ont nécessité d’importants moyens humains et matériels afin d’éviter qu’ils menacent les populations riveraines.
Si l’été algérien a toujours été marqué par les épisodes de fortes chaleurs, leur intensité et leur fréquence interrogent désormais. Le Bassin méditerranéen figure aujourd’hui parmi les régions du monde les plus exposées aux effets du changement climatique, faisant des incendies de forêt un défi récurrent auquel les États doivent désormais se préparer tout au long de la saison estivale.
Les chiffres communiqués par la Direction générale de la Protection civile illustrent l’ampleur de la situation. En seulement vingt-quatre heures, 73 incendies de végétation ont été enregistrés à travers plusieurs wilayas du pays. Grâce à la rapidité des interventions, 40 foyers ont pu être totalement circonscrits, tandis que 17 autres restent placés sous surveillance après avoir été maîtrisés. Seize incendies demeurent néanmoins actifs dans sept wilayas, notamment Béjaïa, Blida, Skikda, Sidi Bel Abbès, Annaba, Souk-Ahras et Mila.
À Skikda, où la situation reste particulièrement sensible, plusieurs foyers sont toujours en cours d’extinction. Les autorités ont procédé à l’évacuation préventive de trois familles, soit douze personnes, vers des zones sécurisées. Vingt personnes ont également reçu des soins médicaux, dont dix-huit victimes de détresse respiratoire et deux personnes souffrant de brûlures.
À Mila, l’avancée des flammes a conduit les services de secours à évacuer soixante-dix habitants afin d’écarter tout risque pour les populations.
La situation demeure également préoccupante dans la wilaya de Béjaïa, où plusieurs communes ont été placées en alerte maximale. Les opérations d’extinction se poursuivent dans des zones montagneuses particulièrement escarpées, rendant l’accès aux foyers d’incendie particulièrement difficile pour les équipes mobilisées.
Grâce à une intervention coordonnée associant la Protection civile, l’Armée nationale populaire, les services des forêts et les collectivités locales, plusieurs incendies ont néanmoins pu être circonscrits avant qu’ils ne menacent des zones habitées.
D’importants moyens terrestres et aériens ont été déployés pour appuyer les opérations, notamment deux hélicoptères de l’Armée nationale populaire et deux avions bombardiers d’eau AT-802, mobilisés dans les communes de Chemini, Barbacha, Akfadou et Ouzellaguen.
À Tissemsilt, les secours ont livré un combat de trois jours contre les flammes qui ravageaient la forêt d’El-Qawasem dans la commune de Larjam. Plus de quatre-vingts agents, une quinzaine de camions d’intervention, la colonne mobile spécialisée dans la lutte contre les feux de forêt, ainsi qu’un avion amphibie Be-200 de l’Armée nationale populaire ont été mobilisés pour venir à bout du sinistre.
Même mobilisation à Mascara, où l’incendie qui s’était déclaré dans la forêt de la commune d’Aouf a finalement été totalement maîtrisé après plusieurs jours d’efforts conjoints des équipes de la Protection civile, des services des forêts et des différents intervenants déployés sur le terrain.
Pression sur les infrastructures électriques
Au-delà des incendies, cette vague de chaleur met l’ensemble des infrastructures nationales sous tension. L’Office national de météorologie a d’ailleurs renouvelé son Bulletin météorologique spécial (BMS) relatif à la vague de chaleur, valable du 18 au 21 juillet, annonçant des températures oscillant entre 39 et 41°C, avec des pointes pouvant atteindre 42 à 44°C dans plusieurs wilayas, notamment Alger, Boumerdès, Tipaza, Oran, Mostaganem et Aïn Témouchent.
Ces températures exceptionnellement élevées entretiennent un risque important de départs de feu tout en compliquant davantage les interventions menées sur le terrain. Exposés à des conditions climatiques particulièrement éprouvantes, les services de secours restent mobilisés jour et nuit afin de contenir la propagation des incendies.
La canicule met également à l’épreuve le réseau électrique national. Dans la nuit de mardi à mercredi derniers, une panne technique exceptionnelle survenue au niveau de l’installation électrique de Sidi Okba, dans la wilaya de Biskra, a provoqué une coupure de courant ayant affecté seize wilayas du pays. Selon les autorités, cette défaillance est directement liée à la très forte sollicitation des infrastructures électriques sous l’effet des températures extrêmes.
La consommation nationale d’électricité a ainsi atteint des niveaux records, avec deux pics successifs culminant à 21.370 mégawatts en l’espace de deux jours. Une hausse spectaculaire qui s’explique notamment par le recours massif aux équipements de climatisation et de refroidissement durant cet épisode caniculaire.
Face à cette situation, les autorités maintiennent un haut niveau de vigilance sur l’ensemble du territoire national. Si plusieurs incendies ont pu être maîtrisés, les conditions météorologiques annoncées pour les prochains jours imposent de maintenir l’ensemble des dispositifs d’intervention pleinement mobilisés. Plus qu’un épisode estival passager, cette séquence rappelle que les phénomènes climatiques extrêmes tendent désormais à s’inscrire dans la durée. Incendies plus fréquents, records de consommation énergétique et mobilisation croissante des moyens de secours témoignent des nouveaux défis auxquels l’Algérie est appelée à faire face dans un contexte de profondes mutations climatiques.
Car tant que persisteront ces conditions météorologiques extrêmes, le risque de nouveaux départs de feu demeurera particulièrement élevé. Une réalité qui impose une vigilance permanente et confirme que la lutte contre les conséquences du changement climatique est désormais devenue un enjeu majeur de sécurité civile, environnementale et énergétique pour le pays.
G. Salah Eddine
