Stéphane Romatet, ambassadeur de France à Alger : «Une nouvelle page doit maintenant être écrite»

Deux mois après son retour à Alger, et dans un entretien accordé à TSA à l’occasion des célébrations du 14 Juillet, fête nationale française, l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, a affiché la volonté de son pays de tourner définitivement la page de plusieurs mois de tensions diplomatiques entre Alger et Paris.

Mandaté par le président français Emmanuel Macron pour relancer la relation bilatérale, le diplomate français assure qu’une nouvelle dynamique est désormais engagée entre les deux pays, fondée sur la confiance retrouvée, la reprise des coopérations stratégiques et le renforcement des échanges économiques.
Dans son entretien, Stéphane Romatet est revenu sur le sens de sa mission diplomatique en Algérie. Une mission qui intervient dans un contexte particulier, celui de la normalisation progressive des relations entre Alger et Paris après une crise diplomatique particulièrement profonde.
« Je suis revenu en Algérie avec un mandat, avec une volonté, celle du Président Macron, celle aussi qui m’a été confirmée dès mon arrivée par le Président Tebboune, de remettre cette relation sur les rails », a-t-il déclaré.
L’ambassadeur français dit avoir retrouvé « cette terre d’Algérie et sa population avec un immense bonheur », tout en soulignant que son retour répond avant tout à une volonté politique commune des plus hautes autorités des deux pays de relancer un partenariat considéré comme indispensable.
« Cette relation a été gravement affectée. Je ne cherche absolument pas à savoir qui est responsable. Ce n’est pas ça le sujet », affirme-t-il, estimant que l’heure est désormais à la reconstruction d’un dialogue durable.
Pour le diplomate, les liens humains, économiques et historiques qui unissent les deux pays rendent nécessaire le dépassement des difficultés traversées ces derniers mois. « Une nouvelle page doit maintenant être écrite dans la relation entre la France et l’Algérie », assure-t-il.

« Faire redémarrer les moteurs de la relation bilatérale »
Depuis plusieurs semaines, les visites officielles se multiplient entre Alger et Paris. Ministres, hauts responsables et délégations institutionnelles des deux pays ont renoué progressivement le dialogue sur plusieurs dossiers stratégiques.
Stéphane Romatet rappelle toutefois que plusieurs mois de crise ont considérablement affaibli les mécanismes de coopération existants entre les deux capitales. «Les contacts n’ont pas été totalement rompus, mais ils ont été très espacés, très distendus », explique-t-il.
La priorité consiste désormais à reconstruire progressivement cette relation dans toutes ses dimensions. « Il faut recréer ces contacts. Il faut faire redémarrer les moteurs de la relation bilatérale», insiste l’ambassadeur français.
Selon lui, les prochains mois devront être consacrés à la fois au rattrapage du temps perdu et à la consolidation de la confiance retrouvée entre les deux pays. « Il faut se mettre d’accord avec nos partenaires algériens sur ce que nous pouvons faire ensemble dans les mois qui viennent afin que nous puissions faire redémarrer cette relation », explique-t-il.
Cette relance concerne particulièrement les questions sécuritaire, judiciaire et migratoire qui constituent, selon lui, « le cœur de la relation d’État à État entre la France et l’Algérie ».
L’ambassadeur cite notamment la lutte contre le narcotrafic comme l’un des exemples les plus emblématiques de cette coopération indispensable. « C’est un sujet énorme pour la France. C’est un sujet énorme pour l’Algérie », affirme-t-il, soulignant la nécessité pour les services sécuritaires et judiciaires des deux pays de reprendre pleinement leurs échanges afin de lutter efficacement contre ce phénomène qui touche particulièrement les jeunes générations.

Un retour progressif à la normale pour les visas
Le dossier des visas demeure lui aussi une priorité pour Paris. Stéphane Romatet assure que la volonté française a toujours été de préserver les populations des conséquences de la crise diplomatique.
« Notre objectif, malgré cette crise que nous avons traversée, a été de faire en sorte que la population n’en subisse pas les conséquences », affirme-t-il.
L’ambassadeur rappelle qu’avant la crise, près de 250.000 visas étaient délivrés chaque année aux ressortissants algériens. Ce chiffre a considérablement diminué au cours des derniers mois en raison notamment des difficultés rencontrées par les services consulaires français.
« Notre objectif, c’est de faire en sorte que ce volume de visas puisse redémarrer à la hausse et revenir probablement au niveau qui était celui antérieur à la crise », explique-t-il.
Stéphane Romatet indique également travailler au rétablissement complet des effectifs diplomatiques et consulaires français en Algérie, tout en soulignant l’importance que les services consulaires algériens puissent, eux aussi, retrouver « la plénitude de leurs responsabilités » en France.

Une dynamique économique retrouvée
Au-delà des questions diplomatiques, la relance économique constitue l’un des principaux moteurs du rapprochement entre Alger et Paris. Si les échanges commerciaux ont été affectés ces deux dernières années, les premiers signaux observés depuis plusieurs mois apparaissent particulièrement encourageants.
La visite à Alger du président du Mouvement des entreprises de France (MEDEF) à l’invitation du président du CREA, Kamel Moula, la future visite de ce dernier à Paris prévue à l’automne prochain, ainsi que la présence française remarquée lors de la 56e édition de la Foire internationale d’Alger témoignent de cette dynamique retrouvée.
« L’Algérie est une terre de promesse, c’est une terre d’investissements », souligne Stéphane Romatet, qui constate une demande croissante des entreprises françaises souhaitant venir prospecter le marché algérien et nouer de nouveaux partenariats.
Les secteurs concernés sont nombreux : industrie pharmaceutique, transport maritime, santé, finance, agroalimentaire, innovation ou encore économie numérique.
« Il y a beaucoup de choses qui se construisent entre la France et l’Algérie dans les domaines d’avenir que sont l’économie digitale, l’intelligence artificielle, la mécanique quantique et les questions de santé », estime le diplomate français.
Il se dit également particulièrement impressionné par le dynamisme des jeunes start-up algériennes et les perspectives offertes par les nouvelles technologies dans le cadre des relations économiques bilatérales.
Le secteur automobile demeure lui aussi stratégique. L’ambassadeur a confirmé que les discussions se poursuivaient concernant la réouverture de l’usine Renault d’Oran, tout en rappelant l’importance du groupe Stellantis sur le marché algérien.
Deux mois après son retour à Alger, Stéphane Romatet affiche ainsi son optimisme quant à l’avenir des relations algéro-françaises. « Les mois qui viennent doivent être des mois utiles pour la confiance retrouvée entre la France et l’Algérie», affirme-t-il.
Au-delà de la seule normalisation diplomatique, c’est bien la volonté de bâtir un partenariat renouvelé, plus dense et davantage tourné vers l’avenir qui semble aujourd’hui se dessiner entre Alger et Paris. Une relation que l’ambassadeur français appelle désormais à inscrire dans «une nouvelle page » de son histoire.

G. Salah Eddine

ALGER 16 DZ

Next Post

Le Médiateur de la République depuis Tiaret :«Des conditions de travail dignes pour un service public de qualité»

lun Juil 20 , 2026
Le Médiateur de la République, Mohamed Hattab, a déclaré, samedi dernier à Tiaret, que l’optimisation des conditions de travail des collaborateurs des institutions et structures publiques est la pierre angulaire d’une prestation de services publics de haute qualité destinée aux citoyens.Lors de sa visite dans différentes institutions publiques de la […]

You May Like

Alger 16

Le quotidien du grand public

Édité par: Sarl bma.com

Adresse: 26 rue Mohamed El Ayachi Belouizdad

Adresse du journal: 5-7 Rue Sacré-coeur Alger Centre

E-mail:alger16bma@gmail.com

Numéro de téléphone: 021 64 69 37