Création de l’Organisation mondiale de l’Intelligence Artificielle : L’Algérie parmi les pays fondateurs

Chargée par le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, la haut-commissaire à la numérisation, Mme Meriem Benmouloud, a signé dimanche dernier à Shanghai l’accord créateur de l’Organisation mondiale de l’intelligence artificielle. Une démarche stratégique qui positionne le pays comme un pivot de la gouvernance technologique globale et un champion de la coopération Sud-Sud.

Dans une déclaration actant ce rôle pivot dans la création d’une entreprise appelée à devenir phare dans les décennies, voire le siècle à venir, Mme Benmouloud a affirmé que l’Algérie « sera un partenaire actif au sein de cette organisation, en contribuant au développement des politiques et des normes, au renforcement des capacités, ainsi qu’à la promotion de la coopération entre les pays du Sud, étant convaincue que l’intelligence artificielle doit être un outil de rapprochement, de solidarité et de développement commun ».
Cette ambition s’appuie sur une réalité géographique et géopolitique concrète. La ministre a rappelé que « la position géographique de l’Algérie, en tant que porte d’entrée africaine et euro-méditerranéenne, conforte son rôle de pôle de l’intelligence artificielle dans la région ».
En tant que membre fondateur, l’Algérie entend défendre une vision équitable du progrès. Cette adhésion « reflète sa conviction que l’avenir de l’intelligence artificielle ne peut être construit que sur la base de la coopération internationale, de l’égalité des chances, du respect de la souveraineté des Etats, de la réduction de la fracture numérique et technologique, ainsi que de l’autonomisation des Etats, notamment des pays en développement, afin qu’ils puissent bénéficier équitablement des opportunités offertes par l’intelligence artificielle ».
Face aux défis éthiques et culturels posés par les algorithmes, l’Algérie promeut un modèle respectueux des identités et ancré dans les valeurs universelles. Elle est convaincue que cette technologie « doit refléter la diversité culturelle et linguistique de l’humanité, renforcer l’inclusion civilisationnelle et respecter l’identité des peuples ».
Sur le plan des principes, la représentante algérienne « salue les objectifs et les principes qui sous-tendent cet accord, notamment l’adoption d’une approche centrée sur l’être humain, la promotion d’une innovation responsable, le renforcement des capacités, l’encouragement de la coopération scientifique et technologique, ainsi que le renforcement de la coordination dans le cadre de la Charte des Nations unies », un socle fondamental pour parvenir à «l’édification d’une gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle juste et inclusive ».

Le socle du modèle algérien
Au-delà de l’engagement diplomatique, la démarche algérienne repose sur des investissements lourds dans l’économie réelle. Considérant l’IA comme « un levier essentiel pour réaliser le développement socio-économique, accélérer la mise en œuvre des objectifs de développement durable (ODD) et améliorer la qualité des services publics », l’Algérie accélère sa transformation structurelle.
Cette dynamique s’incarne par le développement d’infrastructures numériques souveraines, à l’image du portail national des services numériques (Dzair Digital Services), de la densification du réseau national de fibre optique et du déploiement de la 5G. À cela s’ajoute une vision d’intégration continentale, marquée par l’extension d’axes de fibre optique vers les profondeurs de l’Afrique et le renforcement des capacités de connectivité internationale.
Parallèlement, la feuille de route nationale fixe des garde-fous clairs : l’Algérie s’attelle à l’élaboration de la stratégie nationale de l’IA, apte à garantir « le développement de technologies sûres, éthiques et fiables, respectueuses de la souveraineté nationale, protégeant les données, favorisant l’innovation et contribuant à une utilisation responsable de l’IA ».
L’accélération numérique de l’Algérie s’appuie en premier lieu sur la jeunesse et le savoir. Mme Benmouloud a mis en avant les investissements consacrés au capital humain et aux compétences émergentes, concrétisés par la création d’établissements de pointe tels que l’École nationale supérieure de l’intelligence artificielle (ENSIA) et l’École nationale supérieure de mathématiques (ENSM). Ce dispositif est renforcé par un soutien direct à la recherche, aux incubateurs, aux start-up, et soutenu par un cadre juridique rigoureux fondé sur la loi relative à la protection des personnes physiques dans le traitement des données à caractère personnel.
En conclusion de son intervention, la haut-commissaire a annoncé une étape majeure sur le plan législatif : l’Algérie est prête à promulguer une nouvelle loi relative à la numérisation. Un texte fondateur qui viendra consacrer « le principe des données ouvertes (open data) et des logiciels à code source ouvert (open source) et de leur réutilisation de manière à soutenir l’innovation tout en préservant la vie privée et les droits».

Une institution majeure
L’émergence de l’Organisation mondiale de coopération en matière d’intelligence artificielle (WAICO) marque un tournant majeur dans l’histoire de la diplomatie technologique. Fondée à Shanghai en présence des plus hautes instances internationales, dont l’ONU, cette institution est la première organisation intergouvernementale au monde exclusivement dédiée à l’IA. En réunissant dès son lancement 29 pays fondateurs — des puissances émergentes aux acteurs clés du Sud global —, elle matérialise une transition historique : la gouvernance des technologies du futur ne s’écrit plus en vase clos, mais s’ouvre à une coopération véritablement globale, souveraine et inclusive.
De plus, notons que l’importance de la WAICO réside avant tout dans sa mission de justice technologique. Alors que l’intelligence artificielle risque d’accentuer dramatiquement les inégalités mondiales et de concentrer le savoir entre les mains de quelques monopoles, cette instance s’impose comme un puissant levier d’équilibre. En faisant du transfert de technologies, du développement des infrastructures et du renforcement des compétences ses piliers centraux, l’organisation garantit aux pays en développement une voix active et un accès équitable aux outils de demain, empêchant ainsi la création d’une dépendance technologique durable.
Enfin, cette institution joue un rôle indispensable en posant les jalons d’un cadre normatif et éthique universel. L’IA ne peut se développer au détriment des souverainetés nationales ou des spécificités culturelles. En promouvant des technologies sûres, éthiques et centrées sur l’humain, la WAICO offre un espace où la diversité linguistique, la protection des données et le respect des identités nationales sont érigés en règles du jeu.
C’est le socle sur lequel les nations pourront bâtir des politiques d’IA responsables, garantissant que le progrès algorithmique reste un moteur de solidarité internationale et de prospérité partagée.

G. Salah Eddine

ALGER 16 DZ

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