
Le dossier du Sahara occidental s’est retrouvé, une nouvelle fois, au centre des débats de l’Université d’été des cadres du Front Polisario et de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), ouverte hier à Boumerdès. Dans son intervention inaugurale, le président sahraoui Brahim Ghali a réaffirmé que toute issue durable au conflit devait, selon lui, reposer sur l’exercice par le peuple sahraoui de son droit à l’autodétermination.
Organisée à l’université M’hamed-Bougara de Boumerdès, la 14e édition de cette rencontre réunit des cadres du Front Polisario et de la RASD autour des principaux enjeux politiques, diplomatiques et régionaux liés à la question sahraouie. L’ouverture des travaux a été marquée par une intervention particulièrement ferme du président sahraoui, Brahim Ghali, qui a placé le principe de l’autodétermination au cœur de son analyse de l’évolution du dossier.
Dans son intervention, M. Ghali est revenu sur la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies. Il a estimé que ce texte, «malgré les tentatives visant à accorder une priorité injuste à la proposition marocaine expansionniste», confirme, avant tout, que «le règlement définitif du conflit au Sahara occidental passe par l’exercice, par le peuple sahraoui, de son droit à l’autodétermination».
Au-delà de la lecture politique de la résolution, le Président sahraoui a voulu réaffirmer la position du Front Polisario dans le processus diplomatique. Il a rappelé que le mouvement avait «démontré sa bonne foi et sa disponibilité constante à coopérer positivement», tout en appelant le Conseil de sécurité à adopter «une position claire et ferme» face à ce qu’il a qualifié d’«entêtement» du Maroc et sa volonté de consacrer le fait accompli.
Pour le Président Ghali, la persistance de cette situation risque de produire des conséquences dépassant le seul cadre du conflit sahraoui. Une telle démarche, a-t-il averti, ne ferait qu’exacerber «les tensions et les crispations» dans la région et menacer la paix et la stabilité.
Cette dimension régionale a occupé une place importante dans son discours. Le Président sahraoui a présenté la question du Sahara occidental non seulement comme un conflit de décolonisation, mais également comme un dossier susceptible d’avoir des répercussions sur les équilibres sécuritaires du Maghreb et du Sahel.
Brahim Ghali a, dans ce contexte, durci son réquisitoire contre la politique marocaine. Il a mis en garde contre ce qu’il a présenté comme le caractère «expansionniste et agressif» de cette politique, qu’il considère comme «une menace imminente pour la région, en particulier, ainsi que pour l’Afrique, l’Europe et au-delà».
Selon lui, cette politique ne relève pas uniquement d’une volonté de «s’emparer des territoires d’autrui», mais s’inscrit également dans une démarche fondée sur «le chantage permanent, la menace continue et l’attente de contreparties, quelles qu’en soient les conséquences et les résultats».
Il a également dénoncé une supposée mise à disposition de la souveraineté marocaine au profit de «forces coloniales et sionistes», présentant le Maroc comme un «Etat fonctionnel» chargé, selon lui, de faire avancer des «agendas de déstabilisation».
L’UE et l’UA interpellées
Le volet européen a également occupé une place importante dans l’intervention de Brahim Ghali. Le Président sahraoui s’est dit «surpris» par l’attitude de l’Union européenne et ce qu’il a qualifié de «silence honteux» face aux violations du droit international et aux décisions de la justice européenne.
Il a, notamment critiqué la conclusion d’accords qu’il considère comme permettant «le pillage des richesses d’un peuple vivant sous occupation», estimant que le Maroc constitue, «chiffres à l’appui», une menace permanente pour la sécurité européenne.
Cette critique s’inscrit dans le débat plus large sur les relations entre l’Union européenne et le Maroc, particulièrement autour des accords commerciaux et de leur application aux territoires et aux ressources du Sahara occidental. Pour le Président sahraoui, les considérations économiques ne sauraient primer sur les principes du droit international.
Dans le même registre, Brahim Ghali a estimé que la pression exercée sur l’Europe ne se limitait pas à «la pression et au chantage, à travers l’immigration clandestine». Il a accusé les autorités marocaines de mettre leurs propres ressortissants «en danger», citant, notamment la situation à la frontière européenne de Ceuta.
L’intervenant a également fait référence aux attaques terroristes commises en Europe. Il a assuré que nombre d’entre-elles ont été «planifiées et exécuté par des ressortissants marocains».
Au niveau continental, le Président sahraoui a appelé l’Union africaine à assumer ses responsabilités, afin de parvenir à «une solution urgente au conflit» opposant, selon ses termes, la République sahraouie au Royaume du Maroc.
M. Ghali a particulièrement insisté sur les principes consacrés par l’Acte constitutif de l’organisation continentale, notamment «l’interdiction de l’acquisition du territoire d’un autre Etat par la force» et «le respect des frontières héritées de l’accession à l’indépendance».
La référence à ces principes n’est pas anodine. Le Sahara occidental demeure l’un des dossiers les plus anciens de décolonisation inscrits à l’agenda international et constitue également une question particulièrement sensible au sein de l’Union africaine, dont la RASD est membre.
Le Président sahraoui, M. Brahim Ghali a conclu en assurant que le peuple sahraoui avait «tranché» et pris la décision de poursuivre «le combat et la résistance de libération, par tous les moyens légitimes», jusqu’à «l’achèvement de la souveraineté de son Etat sur l’ensemble de son territoire national».
Cette déclaration résume la ligne défendue par la direction sahraouie : maintenir le droit à l’autodétermination comme référence centrale, poursuivre la mobilisation diplomatique et politique et inscrire le conflit dans le cadre plus large du droit international et des principes fondateurs de l’Union africaine.
À Boumerdès, l’Université d’été des cadres du Front Polisario et de la RASD apparaît ainsi comme un espace de réflexion politique, mais également comme une tribune destinée à réaffirmer les positions sahraouies face à l’évolution du dossier.
La justesse de la cause sahraouie
Intervenant dans le même contexte, plusieurs responsables ont réaffirmé leur soutien au droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et salué la position constante de l’Algérie en faveur de cette cause.Le président du Comité national algérien de solidarité avec le peuple sahraoui (CNASPS), Saïd Ayachi, a ainsi affirmé que «la solution juste et définitive à la question sahraouie passe par la consultation du peuple sahraoui, afin qu’il décide librement de son avenir». Il a, à ce titre, dénoncé «les tentatives de contourner la question sahraouie et de la sortir de son cadre juridique».
De son côté, l’ambassadeur sahraoui en Algérie, Khatri Adouh Khatri, a exprimé ses «vifs remerciements» à l’Algérie, pour sa position constante à l’égard du peuple sahraoui et de sa «juste cause».
Il a souligné que la 14e édition de cette rencontre constitue une occasion de «consolider les liens et traduire les valeurs et principes communs» unissant les peuples algérien et sahraoui.
L’ambassadeur sahraoui a également mis en avant la participation à cette manifestation du président de la République sahraouie, de responsables algériens, de membres du corps diplomatique, de représentants de partis politiques et d’acteurs de la société civile. Une présence qui constitue, selon lui, «une expression de l’importance de l’Université d’été et de son rôle dans le renforcement des relations d’amitié et de fraternité» entre les deux peuples.
Pour sa part, la wali de Boumerdès, Mme Fouzia Naama, a salué «la lutte continue du peuple sahraoui», ainsi que son «droit légitime à la liberté et à l’indépendance», estimant que l’Université d’été est devenue «une tradition et un symbole de solidarité avec le peuple sahraoui». Mme Naama a affirmé que «la justesse de la cause sahraouie» avait conduit de nombreux acteurs à se tenir aux côtés du droit du peuple sahraoui. «La question sahraouie est claire, tout comme le sont les résolutions internationales soutenant le droit du peuple sahraoui», a-t-elle souligné.
De son côté, la présidente de l’Université d’été et ministre sahraouie de la Coopération, Mme Fatma El Mahdi, a exprimé sa reconnaissance à l’Algérie et à la wilaya de Boumerdès, pour l’accueil de cette manifestation, mettant en avant le rôle de cette rencontre dans la consolidation des liens de solidarité entre les peuples algérien et sahraoui.Elle a également relevé que les relations entre les deux peuples «sont marquées par les sacrifices et les souffrances», faisant de cette rencontre «une occasion renouvelée de réaffirmer la solidarité et de renforcer les liens existants» entre les deux parties.
G. Salah Eddine /APS
