Paiement électronique : La transformation numérique s’accélère

Le paiement électronique gagne progressivement du terrain en Algérie. Longtemps cantonné à quelques usages, principalement liés aux télécommunications et à certains services en ligne, il s’étend désormais à de nouveaux
secteurs et touche un nombre croissant de transactions du quotidien. Paiement sur Internet, terminaux de paiement électronique, QR Code, transferts de compte à compte et services numériques proposés par les administrations :
les usages se diversifient et les volumes progressent à un rythme soutenu.

Cette évolution était au cœur de la conférence organisée mardi dernier à Alger par le Conseil national économique, social et environnemental (CNESE), consacrée à la généralisation des moyens de paiement électronique.
Une rencontre qui a réuni à l’Ecole nationale d’administration (ENA) différents acteurs concernés par cette transformation, avec pour objectif d’examiner les avancées enregistrées, mais aussi les conditions nécessaires pour franchir une nouvelle étape.
À l’ouverture de la rencontre, le président du CNESE, Mohamed Boukhari, a souligné que les moyens de paiement modernes constituent « un pilier essentiel pour assurer la fluidité des échanges, faciliter et accélérer les transactions, renforcer leur sécurité et leur transparence et favoriser une meilleure intégration de l’économie nationale dans l’économie mondiale et les chaînes de valeur internationales ».
Derrière cette affirmation se trouve un changement qui dépasse largement la simple possibilité de régler un achat avec une carte bancaire ou un téléphone. La généralisation du paiement électronique touche à la modernisation du système financier, à la digitalisation des entreprises, à l’amélioration des services publics et, plus largement, à la transformation des relations entre le citoyen, l’entreprise et l’administration.
Les derniers chiffres disponibles illustrent cette accélération. À la fin du premier semestre 2026, l’Algérie comptait 1.004 web-marchands intégrés à la plateforme de paiement sur Internet, contre 644 à la même période de 2025, soit une progression de 55 % en une année. Dans le même temps, 15,43 millions de transactions ont été effectuées sur Internet durant les six premiers mois de 2026, en hausse de 52 % sur un an.
Plus spectaculaire encore, la valeur des paiements effectués en ligne a atteint près de 346 milliards de dinars durant le premier semestre, soit une progression de 867 % par rapport à la même période de 2025.
Cette envolée doit toutefois être lue à la lumière de l’élargissement du paiement électronique à des opérations portant sur des montants importants, notamment le règlement des échéances du programme de logements AADL 3, les frais du Hadj, ainsi que certaines opérations liées à l’achat des moutons de l’Aïd El-Adha.
Le phénomène est d’autant plus significatif que la structure même des paiements en ligne commence à évoluer. Les services administratifs représentent désormais 19 % des transactions en ligne, après avoir enregistré une progression de 155 % au premier semestre 2026. À l’inverse, la part des télécommunications, qui représentait encore 92 % des transactions en ligne en 2020, est descendue à 46 %.
Autrement dit, le paiement électronique ne sert plus seulement à recharger une ligne téléphonique ou à régler une facture. Il commence à accompagner des démarches administratives, des opérations immobilières, des services financiers et assurantiels et, progressivement, une partie plus large de l’activité commerciale.

Le TPE sort progressivement de sa niche

La même dynamique apparaît dans les paiements de proximité. Plus de 8 millions de transactions ont été réalisées via les terminaux de paiement électronique (TPE) durant les six premiers mois de 2026, soit une hausse de 81 % en glissement annuel. Leur valeur a atteint environ 82 milliards de dinars, en progression de 106 %.
Le rythme mensuel témoigne lui aussi de cette évolution. Pour chacun des six premiers mois de l’année, le nombre de transactions par TPE a dépassé le seuil du million, avec un record de 1,64 million d’opérations en mai, notamment porté par les paiements liés à l’achat des moutons de l’Aïd El-Adha.
Un autre indicateur permet de mesurer le chemin parcouru : le volume des transactions réalisées par TPE durant le seul premier semestre 2026 est proche du volume cumulé enregistré entre le lancement de ce mode de paiement en 2016 et la fin de 2023. Pour le GIE Monétique, cette évolution traduit une utilisation plus fréquente des terminaux et une confiance progressivement accrue des détenteurs de cartes dans ce moyen de règlement.
Le défi consiste désormais à transformer cette progression en habitude durable. Pour les commerçants, cela suppose des équipements disponibles, fiables et accessibles. Pour les consommateurs, cela implique que le paiement électronique soit suffisamment simple pour devenir un réflexe plutôt qu’une solution utilisée uniquement lorsque le paiement en espèces n’est pas possible.

Le mobile, nouvelle frontière

L’autre changement majeur se joue sur les téléphones portables.
Avec le développement des solutions de paiement mobile et notamment de l’interopérabilité, l’Algérie cherche à faire du smartphone un véritable instrument financier du quotidien. Le dispositif DZ Mob Pay, lancé début 2025, permet notamment d’effectuer des transferts de compte à compte et des paiements par QR Code.
L’interopérabilité signifie qu’un client peut effectuer une opération avec un autre utilisateur sans que les deux soient nécessairement clients de la même banque. Pour les commerçants, le paiement peut être reçu en quelques secondes, indépendamment de la banque du client.
Le dispositif comptait déjà quelque 70.000 utilisateurs et 10.000 commerçants quelques mois après son lancement, selon le GIE Monétique.
La dynamique s’est poursuivie en 2026. Durant le premier semestre, les paiements par QR Code entre clients d’une même banque ont atteint 32 milliards de dinars, en progression de 32 %.
Les transferts de compte à compte ont, eux, atteint 397 milliards de dinars, également en hausse de 32 %. Mais c’est surtout l’interbancaire qui affiche une progression spectaculaire, avec une hausse de 1.200 % des opérations par QR Code et de 490 % des transactions de type P2P entre clients de banques différentes.
Cette évolution s’inscrit dans une stratégie visant à élargir progressivement l’interopérabilité du paiement mobile.
Le GIE Monétique avait annoncé l’objectif de porter à 15 banques le nombre d’établissements interconnectés au cours de 2026, contre sept banques et Algérie Poste engagées dans le dispositif au moment de l’annonce.
L’enjeu est important : plus le nombre d’établissements connectés augmente, plus le paiement mobile devient un réseau utilisable à grande échelle, plutôt qu’une succession d’applications bancaires fonctionnant chacune dans son propre environnement.

Les services publics comme moteur

L’un des enseignements des dernières années est que la transformation des habitudes ne passe pas uniquement par les commerçants. Les administrations publiques jouent elles aussi un rôle déterminant.
En 2025, le paiement électronique en Algérie avait progressé de 46 %, notamment sous l’effet du recours accru de nombreuses administrations publiques à ce mode de paiement.
Le phénomène s’est poursuivi en 2026 avec l’intégration de nouveaux services. En juillet dernier, la Direction générale des impôts a ainsi lancé le paiement électronique à distance des droits et taxes via le portail « Jibayatic », permettant aux contribuables de régler leurs obligations fiscales en ligne.
L’expérience AADL 3 constitue également un cas révélateur. Le paiement électronique des échéances liées au programme immobilier a contribué de manière importante à l’augmentation de la valeur des transactions en ligne au premier semestre 2026.
L’administration devient ainsi, volontairement ou non, un accélérateur de la bancarisation et de la familiarisation avec les outils numériques.
Lorsqu’un citoyen utilise son compte bancaire ou son téléphone pour accomplir une démarche qu’il effectuait auparavant physiquement ou en espèces, il découvre dans le même temps un nouvel usage du système financier.

Une transformation qui dépasse la monétique

C’est précisément sur cette dimension que Mohamed Boukhari a insisté lors de la conférence du CNESE. « Concrétisant la vision du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, dans ce domaine, l’Algérie a réalisé, ces dernières années, des avancées considérables et enregistré des progrès notables en matière de développement des infrastructures liées aux moyens de paiement modernes, d’actualisation du cadre juridique, d’élargissement de l’utilisation des moyens de paiement électronique et du paiement par téléphone mobile, et de diversification des solutions et services proposés aux citoyens et aux opérateurs économiques », a-t-il souligné.
La question est donc désormais celle de l’écosystème dans son ensemble. Un paiement électronique efficace nécessite des infrastructures bancaires adaptées, des réseaux de télécommunication fiables, des commerçants équipés, des plateformes interopérables, des règles claires et des utilisateurs suffisamment familiarisés avec ces outils.
La Banque d’Algérie a d’ailleurs placé l’inclusion financière et la modernisation du système bancaire au cœur de ses priorités. Lors d’une réunion avec les dirigeants des banques commerciales, en juin 2026, le gouverneur Mohammed Lamine Lebbou avait notamment insisté sur l’accélération de l’inclusion financière et de la monétique, ainsi que sur la transformation digitale du secteur. L’autorité monétaire avait appelé les banques à diversifier leurs produits, améliorer les services de proximité et faciliter l’accès aux services financiers pour les citoyens et les entreprises sur l’ensemble du territoire. Le cadre réglementaire a également évolué. La Banque d’Algérie a notamment publié, en 2025, un règlement fixant les conditions d’autorisation, d’agrément et d’exercice des prestataires de services de paiement, ainsi qu’une instruction définissant les règles régissant leur activité et leur fonctionnement. Cette évolution réglementaire accompagne l’apparition de nouveaux acteurs et la diversification des services financiers numériques, tout en posant des exigences en matière de sécurité, de gestion des risques et de protection des utilisateurs.
Car généraliser le paiement électronique ne consiste pas simplement à multiplier les applications et les terminaux. La question de la confiance est tout aussi importante. La Banque d’Algérie encadre notamment les dispositifs liés à la fiabilité des canaux numériques, à la sécurité des moyens de paiement, à l’authentification électronique, à la cybersécurité et à la continuité d’activité des plateformes de paiement. Les prestataires doivent notamment prévoir des mécanismes permettant d’identifier, d’évaluer et de réduire les risques liés à leurs services. Pour l’utilisateur, cette dimension reste essentielle. Un paiement numérique doit être non seulement rapide, mais également sécurisé, traçable et suffisamment simple pour éviter que la complexité technique ne devienne elle-même un frein à son adoption.
La modernisation du système bancaire est donc indissociable de la protection du consommateur. Dans ce cadre, la Banque d’Algérie a adopté en avril 2025 un règlement relatif à la protection de la clientèle des banques, établissements financiers et autres assujettis.
La confiance se construit ainsi sur plusieurs niveaux : sécurité technique, protection des données, clarté des procédures, rapidité du traitement des réclamations et capacité des établissements à accompagner les utilisateurs.

Le changement des habitudes

Malgré les progrès enregistrés, la généralisation du paiement électronique ne peut pas être réduite à une question d’équipement.
Les intervenants réunis par le CNESE ont justement insisté sur la nécessité d’une exploitation optimale des infrastructures existantes, mais aussi sur l’importance d’assurer une couverture réseau fiable, notamment dans les zones rurales. Le développement des outils numériques doit, en effet, s’accompagner d’une réduction des disparités territoriales. Un terminal de paiement ne sert à rien si la connexion est instable. Une application bancaire perd une grande partie de son intérêt si son utilisation est trop complexe. Et un consommateur qui ne maîtrise pas les mécanismes du paiement numérique restera naturellement attaché aux habitudes qu’il connaît.
C’est pourquoi les participants à la conférence ont également mis en avant la nécessité de développer une véritable culture financière auprès du consommateur algérien. L’objectif consiste à simplifier les procédures et les concepts liés aux moyens de paiement modernes et à accompagner progressivement l’évolution des comportements.
Le sujet est loin d’être secondaire. La transformation numérique ne se décrète pas uniquement par des plateformes et des textes réglementaires. Elle doit également être comprise et adoptée par les citoyens. Les progrès du paiement électronique ne signifient d’ailleurs pas que les espèces ont disparu des habitudes algériennes. Bien au contraire.
Au premier semestre 2026, les retraits effectués par carte auprès des distributeurs automatiques ont dépassé 131 millions d’opérations, pour une valeur supérieure à 2.448 milliards de dinars. Le pays comptait parallèlement 4.919 distributeurs automatiques.
Ces chiffres montrent que la transition est loin d’être achevée. L’Algérie connaît une croissance rapide du paiement numérique, mais cette progression coexiste encore avec un recours massif aux espèces. Le véritable enjeu n’est donc pas nécessairement de faire disparaître brutalement le cash, mais de faire en sorte que le paiement électronique devienne suffisamment accessible, fiable et pratique pour constituer une alternative naturelle dans un nombre croissant de situations. C’est dans cette perspective que la notion d’inclusion financière prend tout son sens. L’objectif est moins de remplacer un moyen de paiement par un autre que d’élargir l’accès des citoyens et des entreprises à un système financier moderne et adapté aux nouveaux usages. La généralisation des paiements électroniques présente également un intérêt plus large pour l’économie. En permettant de conserver une trace des transactions, les paiements numériques peuvent contribuer à renforcer la transparence des échanges et à améliorer la circulation de l’information économique.

Une nouvelle étape pour le système financier

Le président de la commission des questions économiques et financières au CNESE, Mohamed Sadki, a ainsi résumé l’enjeu en soulignant que la généralisation des moyens de paiement électronique « fait partie d’un processus plus large lié à l’amélioration de l’efficacité des transactions, au développement des services proposés aux citoyens et aux entreprises, au renforcement de l’inclusion financière et à l’accélération de la transformation numérique ».
De son côté, le directeur général de l’ENA, Abdelmalik Mezhouda, a qualifié le passage des moyens de paiement traditionnels aux moyens de paiement électronique de « choix stratégique », en lien avec la modernisation de l’économie nationale, l’amélioration des services publics, l’inclusion financière, le développement du commerce électronique et le renforcement de la confiance dans les transactions numériques.
La conférence du CNESE intervient à un moment où plusieurs indicateurs convergent. Les paiements sur internet progressent, le nombre de web-marchands augmente, les TPE enregistrent des volumes sans précédent, le paiement mobile commence à dépasser le cadre expérimental et les administrations intègrent progressivement le numérique dans leurs prestations.
Mais la prochaine étape sera sans doute plus exigeante : passer d’une multiplication des outils à une véritable banalisation des usages. Cela suppose de poursuivre l’interopérabilité des systèmes, d’élargir l’équipement des commerçants, de renforcer la couverture numérique, d’améliorer la sécurité, de simplifier les interfaces et surtout d’accompagner le consommateur. Le paiement électronique ne pourra réellement changer d’échelle que lorsqu’il cessera d’apparaître comme une innovation et deviendra simplement une manière ordinaire de payer. L’Algérie dispose désormais d’une infrastructure et d’un cadre réglementaire qui évoluent dans ce sens. Les chiffres du premier semestre 2026 montrent que les usages commencent à suivre. Reste à transformer cette accélération en mouvement durable, capable d’accompagner non seulement la digitalisation des transactions, mais aussi la modernisation plus profonde du fonctionnement de l’économie nationale.
G. Salah Eddine

ALGER 16 DZ

Next Post

Le virage numérique

mar Sep 29 , 2026
Longtemps associée à la dématérialisation de quelques procédures administratives, la numérisation est en train de changer d’échelle en Algérie. Elle gagne progressivement les services publics, les banques, le commerce et, surtout, les habitudes quotidiennes des citoyens. Le paiement électronique en constitue aujourd’hui l’un des signes les plus visibles. Les chiffres témoignent […]

You May Like

Alger 16

Le quotidien du grand public

Édité par: Sarl bma.com

Adresse: 26 rue Mohamed El Ayachi Belouizdad

Adresse du journal: 5-7 Rue Sacré-coeur Alger Centre

E-mail:alger16bma@gmail.com

Numéro de téléphone: 021 64 69 37