Par G. Salah Eddine
Les aveux de six individus membres d’un groupe criminel affilié au mouvement terroriste MAK, dans un documentaire diffusé hier soir par Ennahar TV et Al24 News, mettent en lumière les contours d’un projet visant à perturber le déroulement des élections législatives du 2 juillet dernier, notamment dans la région de Kabylie. Le dispositif décrit dans ces témoignages repose sur l’incitation au boycott, l’utilisation des réseaux sociaux et la mobilisation de relais établis en Algérie et à l’étranger.

Diffusé, avant-hier, par plusieurs médias nationaux, dont la Télévision algérienne, la Radio nationale et les plateformes de l’Algérie Presse Service, le documentaire intitulé «L’organisation terroriste MAK… un nouvel échec de son agenda subversif » revient explicitement sur les éléments recueillis auprès de six individus présentés comme impliqués dans ces activités, dont quatre de nationalité marocaine et résidant illégalement en Algérie.
Selon les témoignages présentés dans le documentaire, l’objectif poursuivi pendant la période électorale était de perturber le déroulement du scrutin, particulièrement en Kabylie, en s’appuyant notamment sur des campagnes d’incitation au boycott. La vigilance des services de la Direction centrale de la sécurité de l’Armée (DCSA) aurait permis de déjouer ces tentatives.
Les réseaux sociaux occupaient une place centrale dans le dispositif. Des groupes privés et des réunions virtuelles auraient notamment servi à diffuser des consignes, coordonner les actions et promouvoir des messages appelant au boycott du scrutin.
Parmi les personnes interrogées figure Hakim Hamama, originaire de la wilaya de Tizi Ouzou. Celui-ci affirme avoir été en contact, via plusieurs applications de réseaux sociaux, avec des membres du MAK établis au Canada et en France, notamment Boualem Afer, Zouhir Abdelli, dit «Las At Moussa» et Hassane At Omar Ouali. Selon son témoignage, ces contacts avaient notamment pour objectif d’encourager le boycott des élections législatives en Kabylie. Hakim Hamama indique avoir participé à des groupes privés sur l’application WhatsApp, en utilisant un numéro étranger, ainsi qu’à des rencontres virtuelles avec Aksel Bellabbaci, Djamel Gouiri et Azouaou At Kaci, établis à l’étranger. Ces échanges auraient servi, selon ses déclarations, à diffuser un discours hostile aux institutions de l’État et à soutenir l’agenda séparatiste revendiqué par l’organisation.
Hakim Hamama affirme également avoir reçu des instructions de membres du mouvement, citant notamment Ferhat Mehenni, pour « boycotter et empêcher le déroulement de cette échéance nationale en Kabylie ».
Un financement et des relais à l’étranger
Au-delà de la seule campagne de boycott, les témoignages présentés font état d’un dispositif plus large destiné à assurer des moyens financiers aux membres actifs du réseau. Selon les déclarations de Fatah Karim, qui aurait séjourné au Maroc, le plan prévoyait notamment «l’exploitation des migrants marocains résidant illégalement en Algérie afin d’acheminer aux éléments du mouvement des sommes d’argent depuis le Maroc ».
Fatah Karim affirme avoir intégré, durant son séjour au Maroc, une cellule regroupant Djamel Azaim, Zergag El Hadi et Aksel Bellabbaci. Cette structure aurait notamment œuvré, selon ses déclarations, « à diffuseur des publications subversives et séparatistes portant atteinte à l’unité de l’Algérie, leurs déplacements ayant été facilités par le Makhzen à cette fin ».
Les témoignages accordent également une place particulière aux ressortissants marocains, impliqués dans le réseau. Le documentaire revient, entre autres, sur le cas de Mohamed El Hour, originaire de la région de Kalaat Sraghna, près de Marrakech, et dont une photographie prise en Libye le montre avec une arme à feu. Selon ses propres déclarations, celui-ci aurait rejoint les activités du MAK», « en apportant aide et soutien à ses membres actifs en Algérie et au Maroc ».
Interrogé sur son parcours, Mohamed El Hour explique que son arrivée en Algérie a été motivée par les difficultés économiques et sociales rencontrées au Maroc. Il évoque notamment « les souffrances qu’il avait vécues dans son pays en proie à une situation économique précaire, marquée par le recul des opportunités de travail et des conditions d’une vie décente, outre une situation humanitaire déplorable, le citoyen marocain assistant au quotidien à une violation de ses droits ».
Des déclarations similaires sont attribuées à Hamid Katoua, Mohamed Messaad et Khaled El Zahiri. Selon le documentaire, ces derniers affirment que leur arrivée en Algérie était « motivée par la recherche de meilleures conditions de vie et pour fuir une réalité amère et douloureuse au Maroc ».
Le documentaire présente ainsi ces parcours comme un élément du contexte dans lequel certains individus auraient ensuite été approchés ou impliqués dans les activités du réseau. Il décrit un processus de recrutement reposant notamment sur la vulnérabilité économique et sociale de certains migrants.
Des regrets après l’implication
L’un des éléments les plus marquants des témoignages réside enfin dans les déclarations de Hakim Hamama et Fatah Karim, qui expriment publiquement leurs regrets quant à leur implication.
Les deux hommes affirment « avoir été entraînés par un agenda fallacieux et extrémiste », qu’ils attribuent à une «propagande mensongère et tendancieuse » véhiculée par le mouvement.
Ils mettent également en garde les citoyens, particulièrement les jeunes, « contre le risque de se laisser entraîner par les politiques hostiles makhzeno-sionistes visant l’unité, la sécurité et la stabilité de l’Algérie », selon les termes rapportés dans le documentaire.
À travers ces témoignages, le documentaire présente donc une organisation dont l’action ne se limiterait pas à la diffusion d’un discours séparatiste, mais s’appuierait également sur des réseaux numériques, des relais établis à l’étranger, des mécanismes de financement et le recrutement de certains individus présents sur le territoire national.
L’ensemble de ces éléments est présenté par les médias publics comme la preuve d’une tentative organisée de déstabilisation du processus électoral. Les déclarations diffusées constituent toutefois des témoignages recueillis dans le cadre de cette présentation médiatique et doivent être distinguées, sur le plan journalistique, d’éléments judiciaires établis ou de faits définitivement établis par une décision de justice.
