grands projets: l’algérie change d’échelle 

De Gara Djebilet au phosphate, du rail vers le Grand Sud, au dessalement : les chantiers qui redessinent l’économie nationale

Mines, industrie, rail, eau, logement… Les grands projets engagés ou accélérés depuis l’investiture du président Abdelmadjid Tebboune traduisent une même ambition : transformer les richesses du pays en capacités industrielles, en infrastructures et en nouvelles sources de croissance.

La signature de deux contrats d’ingénierie, d’approvisionnement et de construction (EPC) par le groupe Sonatrach marque une nouvelle étape dans la réalisation du projet de phosphate intégré, une infrastructure stratégique qui constitue le socle d’une vision prospective du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune.

Au-delà d’un simple projet minier, le chantier de Bled El Hadba porte une ambition beaucoup plus large : faire des potentialités naturelles de l’Algérie, notamment minières, le socle d’une nouvelle approche du développement économique national. L’objectif est de ne plus se limiter à extraire une matière première, mais de la transformer, de lui ajouter de la valeur et, à terme, de l’exporter sous forme de produits industriels à plus forte valeur ajoutée.

Cette logique résume une partie importante de la politique de grands projets menée depuis l’investiture du Président Tebboune : exploiter les ressources nationales, construire les infrastructures nécessaires à leur valorisation et renforcer progressivement la souveraineté économique du pays.

Le projet phosphaté s’inscrit ainsi aux côtés de Gara Djebilet, de la mine de zinc-plomb de Tala Hamza-Oued Amizour, des grands programmes de dessalement, des nouvelles lignes ferroviaires et du futur axe Alger-Tamanrasset. Le gouvernement continue d’ailleurs de suivre ces chantiers comme un ensemble de projets structurants. En juillet 2026, une réunion du gouvernement a notamment fait le point sur les trois grands projets miniers stratégiques : Gara Djebilet, le phosphate intégré et Tala Hamza-Oued Amizour.

Le phosphate : passer de la richesse du sous-sol  à l’industrie

À Bled El Hadba, dans la wilaya de Tébessa, l’enjeu est de construire une chaîne industrielle complète    allant de l’extraction du phosphate jusqu’à la production d’engrais et de produits chimiques.

La première phase du projet comprend un complexe d’extraction et d’enrichissement du phosphate à Bled El Hadba, un complexe industriel intégré à Oued El Kebrit, dans la wilaya de Souk-Ahras, ainsi que les infrastructures logistiques et portuaires nécessaires à l’acheminement et à l’exportation.

Le projet doit également s’appuyer sur le réseau ferroviaire minier de l’Est et sur l’extension du port d’Annaba. Le Président a fixé un objectif particulièrement clair : lancer l’exportation du phosphate de Bled El Hadba au plus tard en mars 2027. Il a également ordonné d’accélérer les travaux nécessaires à la mise en exploitation du gisement.

La logique est donc celle d’une intégration verticale : extraire, enrichir, transformer, produire des engrais, transporter et exporter.

Le projet devrait produire, selon les données communiquées dans le cadre du nouveau schéma industriel, plusieurs millions de tonnes de phosphate enrichi et d’engrais, avec une gamme comprenant notamment le DAP, le MAP, le NPK et l’urée, auxquels s’ajoutent des produits intermédiaires comme l’acide sulfurique, l’acide phosphorique et l’ammoniac.

La portée économique dépasse largement Tébessa. Le projet concerne également Souk-Ahras, Skikda et Annaba et doit créer des milliers d’emplois directs et indirects. Des données publiées par la Radio algérienne font état d’environ 12.000 emplois directs associés au projet. C’est précisément cette dimension territoriale qui donne au chantier sa portée stratégique : le minerai devient un moteur de développement régional.

Gara Djebilet : le pari du fer devient réalité

S’il existe un chantier qui symbolise le passage des annonces aux réalisations concrètes, c’est bien celui de Gara Djebilet.

Après des décennies durant lesquelles ce gigantesque gisement de fer est resté largement inexploité, l’Algérie a franchi, en 2026, une étape historique avec le lancement de son exploitation et la mise en service de la ligne ferroviaire minière reliant Gara Djebilet, Tindouf et Béchar.

Le gisement dispose de réserves estimées à environ 3,5 milliards de tonnes de minerai de fer, ce qui en fait l’une des grandes réserves mondiales.

Mais Gara Djebilet ne se résume pas à une mine.

Son véritable intérêt réside dans l’écosystème construit autour du gisement : ligne ferroviaire, gares, ouvrages d’art, transport du minerai, installations industrielles et débouchés vers les marchés nationaux et internationaux.

La ligne minière occidentale s’étend sur environ 950 kilomètres entre Béchar, Tindouf et Gara Djebilet. Elle a été officiellement mise en exploitation le 1er février 2026, avec le lancement du transport du minerai de fer.

Cette réalisation ouvre aussi une nouvelle perspective pour le Sud-Ouest algérien. Le rail ne sert plus uniquement à transporter du minerai : il rapproche les territoires, facilite la circulation des personnes et crée les conditions d’une nouvelle dynamique économique.

Gara Djebilet est ainsi devenu l’un des symboles de la politique de valorisation des richesses minières nationales.

Zinc et plomb : un troisième pilier minier

Dans l’est et le nord-est du pays, un autre projet stratégique a franchi une étape décisive : celui de la mine de zinc et de plomb de Tala Hamza-Oued Amizour, à Béjaïa.

Le lancement des travaux d’exploitation et de valorisation a été présidé, en mars 2026, par le Premier ministre Sifi Ghrieb, chargé par le président de la République.

Le projet complète le nouveau dispositif minier national aux côtés de Gara Djebilet et du phosphate intégré.

L’objectif est là encore de développer une industrie minière capable de produire pour le marché national et de contribuer aux exportations. Les travaux préparatoires d’accès à la mine avaient été lancés quelques jours auparavant, en prévision de sa mise en service.

Trois grands minerais stratégiques se retrouvent ainsi au cœur de la nouvelle politique industrielle : le fer à l’Ouest, le phosphate à l’Est et le zinc-plomb au Nord.

Le rail : désenclaver le Sud et connecter les richesses

L’autre caractéristique des grands projets engagés ces dernières années est leur complémentarité.

Une mine sans voie ferrée reste isolée. Une zone industrielle sans énergie ni eau ne peut fonctionner à pleine capacité. Un produit destiné à l’exportation a besoin d’un port moderne et de moyens logistiques compétitifs.

C’est pourquoi le développement ferroviaire occupe une place centrale.

Après la ligne minière de l’Ouest, désormais exploitée sur environ 950 km, l’Algérie prépare un autre chantier de dimension exceptionnelle : la liaison ferroviaire Alger-Tamanrasset, via Laghouat, Ghardaïa, El Menia et In Salah.

Le Président Tebboune a fixé sa mise en service à fin 2028 et l’a qualifiée de « nouveau projet du siècle », au même niveau stratégique que Gara Djebilet.

Ce futur axe ferroviaire doit contribuer au désenclavement du Grand Sud, faciliter les échanges entre le Nord et les régions sahariennes et accompagner l’implantation de nouvelles activités économiques.

Il s’agit également d’un changement de conception du territoire : le Sud n’est plus considéré uniquement comme une zone d’extraction de ressources, mais comme un espace appelé à accueillir davantage d’activités industrielles, agricoles, logistiques et économiques.

L’eau : la bataille de la sécurité hydrique

Face au stress hydrique et à la diminution des précipitations, le dessalement de l’eau de mer est devenu l’un des principaux leviers de la stratégie nationale. 

Les nouvelles stations de dessalement ont pour vocation non seulement d’alimenter les villes côtières, mais également de transférer l’eau vers les wilayas de l’intérieur.

Le président de la République a ainsi demandé que l’eau produite par les nouvelles stations puisse être distribuée dans un rayon d’au moins 250 kilomètres à partir du littoral.

Le programme se poursuit. Les stations de Fouka 2, Koudiet Draouche, Béjaïa et Cap Djinet font l’objet de travaux de raccordement et de transfert, tandis que les études relatives à trois nouvelles stations, à Chlef, Mostaganem et Tlemcen, se poursuivent.

La politique de sécurité hydrique ne s’arrête pas au littoral. En février 2026, le Président a ordonné le lancement de deux stations de dessalement à Tamanrasset et Tindouf.

Cette orientation illustre une autre dimension de la stratégie des grands projets : anticiper les besoins futurs plutôt que répondre uniquement aux urgences présentes.

Le logement : un chantier permanent

À côté des mégaprojets industriels et miniers, l’habitat demeure l’un des plus grands chantiers publics.

La politique du logement a été poursuivie à travers les différentes formules, avec notamment le lancement d’AADL 3. 

En novembre 2025, le Président Tebboune a posé à Constantine la première pierre d’un projet de 8.050 logements AADL 3.

En décembre 2025, 80.000 logements AADL 3 avaient été localisés dans 26 wilayas dans le cadre de la mise en œuvre du programme.

Et en juillet 2026, le chef de l’État a donné le coup d’envoi officiel de l’opération de distribution des logements 2026 à l’échelle nationale. Ici, la logique est différente de celle des projets miniers, mais l’objectif demeure celui d’un investissement public à long terme : créer des villes, accompagner la croissance démographique, développer les infrastructures et améliorer les conditions de vie.

Des infrastructures pensées comme un seul système

Ce qui distingue la nouvelle génération de grands projets est leur caractère interconnecté.

Le phosphate nécessite le rail et le port d’Annaba.

Gara Djebilet nécessite le rail, les infrastructures industrielles et les débouchés logistiques.

Le développement du Sud nécessite les chemins de fer, les routes, l’eau, l’énergie et les infrastructures urbaines.

Les grands projets miniers nécessitent des capacités industrielles capables de transformer les minerais sur place.

Cette approche marque une rupture avec une logique limitée à l’extraction et à l’exportation des matières premières.

Le nouveau pari consiste à construire autour de chaque ressource une chaîne de valeur complète.

C’est précisément cette ambition qui donne au projet de phosphate intégré une dimension particulière. Saipem avait d’ailleurs indiqué, dès 2025, que son intervention concernait la conception d’un complexe industriel associant les infrastructures minières de Bled El Hadba et les unités de transformation nécessaires à la production d’engrais.

Vers une nouvelle carte économique de l’Algérie

À travers ces chantiers, une nouvelle géographie économique se dessine.

À l’Ouest, Gara Djebilet ouvre un corridor minier et ferroviaire autour du fer.

À l’Est, Bled El Hadba doit devenir le cœur d’un pôle phosphaté allant de Tébessa à Annaba.

À Béjaïa, Tala Hamza-Oued Amizour ouvre un nouveau chapitre pour le zinc et le plomb.

Au Sud, Alger-Tamanrasset doit rapprocher le Grand Sud du reste du pays.

Sur le littoral, le dessalement devient une infrastructure stratégique de sécurité nationale. Dans les villes, les programmes de logement poursuivent la transformation du tissu urbain.

Le dénominateur commun est clair : investir aujourd’hui dans des infrastructures capables de produire de la richesse demain.

Le véritable enjeu : produire davantage de valeur

Le défi ne sera toutefois pas seulement de construire.

Il faudra faire fonctionner durablement les installations, développer les compétences nationales, assurer la compétitivité des produits, conquérir les marchés extérieurs et faire émerger autour des grands projets un tissu de PME et d’industries sous-traitantes.

C’est là que se jouera le véritable rendement économique de ces investissements.

Pour le phosphate, l’enjeu sera de ne pas exporter uniquement le minerai mais davantage d’engrais et de produits chimiques.

Pour le fer, l’objectif sera de développer progressivement la transformation et la sidérurgie.

Pour le zinc et le plomb, il s’agira de développer les filières industrielles associées.

Pour le Sud, il faudra transformer les nouvelles infrastructures de transport en véritables corridors économiques.

Et pour l’eau, il faudra garantir la durabilité énergétique et financière du dessalement.

L’État travaille d’ailleurs déjà sur de nouvelles pistes de valorisation industrielle : en juillet 2026, le gouvernement a examiné un projet visant à valoriser les saumures issues des stations de dessalement, notamment à travers une station pilote à Corso.

Une vision qui s’étend au-delà du pétrole et du gaz

Depuis son investiture, Abdelmadjid Tebboune a régulièrement insisté sur la nécessité de diversifier l’économie nationale et de valoriser davantage les ressources du pays.

Les grands projets actuellement en construction ou déjà entrés dans leur phase d’exploitation donnent une traduction concrète à cette orientation.

L’Algérie dispose de ressources minières considérables, d’une façade maritime stratégique, d’un immense territoire, d’importantes réserves énergétiques et d’un potentiel agricole et industriel encore largement exploitable.

La question n’est donc plus uniquement de savoir si le pays possède des ressources. Elle est désormais de savoir comment les transformer en richesses durables, en emplois, en industries et en exportations.

C’est le sens de la nouvelle génération de grands projets.

De Gara Djebilet à Bled El Hadba, de Béjaïa à Tamanrasset, des ports aux chemins de fer, des stations de dessalement aux nouvelles villes, l’Algérie construit progressivement un réseau d’infrastructures destiné à accompagner une économie moins dépendante d’une seule source de revenus. Le pari est immense : transformer le sous-sol en industrie, les infrastructures en croissance et les grands chantiers d’aujourd’hui en leviers de souveraineté pour les générations futures.

ALGER 16

Fiche technique :

GARA DJEBILET :  LE FER ENTRE DANS UNE NOUVELLE ÈRE

Lieu : Tindouf

Ressource : minerai de fer

Réserves estimées : environ 3,5 milliards de tonnes

Infrastructure clé : ligne ferroviaire minière Ouest

Longueur de la ligne : environ 950 km

Étape majeure : exploitation et mise en service ferroviaire lancées en février 2026

Enjeu : valorisation du minerai, développement industriel et renforcement de la souveraineté économique.

PHOSPHATE : INTÉGRÉ DE LA MINE À L’ENGRAIS

Lieu : Tébessa – Souk Ahras – Skikda – Annaba

Mine : Bled El Hadba

Transformation : Oued El Kebrit

Infrastructures portuaires : Annaba

Rail minier : environ 422 km

Premières exportations visées : au plus tard mars 2027

Produits : phosphate enrichi, DAP, MAP, NPK, urée, acide phosphorique, acide sulfurique, ammoniac

Emplois annoncés : environ 12.000 emplois directs associés au projet

Enjeu : faire de l’Algérie un acteur majeur des engrais et accroître les exportations hors hydrocarbures.

TALA HAMZA–OUED AMIZOUR : LE ZINC ET LE PLOMB

Lieu : Béjaïa

Ressources : zinc et plomb

Étape 2026 : lancement des travaux d’exploitation et de valorisation

Objectif : renforcer la production minière nationale et développer une filière industrielle autour des minerais non ferreux

Enjeu : diversification des ressources minières et création d’une nouvelle activité industrielle à Béjaïa.

 ALGER–TAMANRASSET : LE NOUVEAU PARI FERROVIAIRE

Départ : Alger

Destination : Tamanrasset

Wilayas traversées : notamment Laghouat, Ghardaïa, El Menia et In Salah

Mise en service annoncée : fin 2028

Qualification présidentielle : « nouveau projet du siècle »

Enjeu : désenclavement du Grand Sud, transport, développement économique et intégration territoriale.

DESSALEMENT : LA SÉCURITÉ HYDRIQUE

Stations concernées : Fouka 2, Koudiet Draouche, Béjaïa, Cap Djinet, puis de nouvelles installations prévues notamment à Chlef, Mostaganem et Tlemcen

Objectif : renforcer l’alimentation en eau potable

Orientation stratégique : transfert de l’eau dessalée vers les régions de l’intérieur

Rayon de distribution visé : au moins 250 km à partir du littoral

Extension : nouvelles stations programmées à Tamanrasset et Tindouf

Enjeu : sécuriser durablement l’approvisionnement en eau face au stress hydrique.

AADL 3 : LE GRAND CHANTIER DU LOGEMENT

Programme : AADL 3

Exemple : 8.050 logements lancés à Constantine

Localisation annoncée : 80.000 logements dans 26 wilayas à fin 2025

2026 : poursuite des opérations de réalisation et de distribution à l’échelle nationale

Enjeu : répondre à la demande de logement et accompagner l’extension urbaine.

R. N.

ALGER 16 DZ

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