Secteur hydraulique: Face au stress hydrique, le pays prépare déjà l’avenir

Par Abir Menasria

Dessalement, barrages, transferts, réutilisation des eaux usées : depuis 2019, la sécurité hydrique s’est imposée comme un axe stratégique de l’État.

Le climat méditerranéen et la répétition des épisodes de sécheresse soumettent déjà l’Algérie à une pression croissante sur ses ressources en eau. Si le phénomène El Niño venait à accentuer les vagues de chaleur, les épisodes de sécheresse et l’irrégularité des précipitations dans certaines régions, le pays pourrait faire face à des tensions supplémentaires. Il dispose toutefois aujourd’hui de davantage de moyens et d’infrastructures pour limiter l’impact de ces aléas et mieux sécuriser son approvisionnement en eau.
Depuis l’arrivée au pouvoir du président Abdelmadjid Tebboune, en 2019, la question de l’eau est progressivement devenue une priorité stratégique nationale, avec un accent de plus en plus marqué sur la diversification des sources d’approvisionnement et la réduction de la dépendance aux précipitations. L’observation est simple : dans un pays au climat méditerranéen au nord et aux conditions arides ou semi-arides sur une grande partie de son territoire, il n’est plus possible de compter uniquement sur les précipitations et le remplissage des barrages pour garantir l’approvisionnement en eau. En juin 2026, le ministre de l’Hydraulique a confirmé que l’Algérie avait enregistré des progrès remarquables dans le renforcement de sa sécurité hydrique, notamment grâce à ce programme de dessalement, qui vient compléter l’exploitation optimale des ressources hydriques conventionnelles.

Le dessalement, nouvelle assurance contre la sécheresse
C’est sans doute l’un des changements les plus significatifs apportés à la politique de l’eau en Algérie depuis 2019.
L’objectif est de faire progressivement de la mer une source importante d’eau potable pour les populations du nord du pays, tout en réservant davantage l’eau des barrages et des ressources souterraines à d’autres usages. Ce programme a permis la construction et la mise en exploitation de plusieurs grandes stations de dessalement. À titre d’exemple, l’usine de Cap Djinet 2, à Boumerdès, fonctionne à pleine capacité, avec une production de 300.000 mètres cubes d’eau dessalée par jour. En août 2026, la station de Cap Blanc, à Oran, a également atteint sa pleine capacité de production, soit 300.000 mètres cubes par jour. Le dispositif comprend également les stations de Fouka 2, Koudiet Eddraouche et Béjaïa, pour lesquelles des projets de raccordement et d’acheminement de l’eau vers les zones de consommation sont actuellement à l’étude. Mais l’Algérie ne compte pas s’arrêter là. En octobre 2025, le Conseil des ministres a approuvé un second programme national de dessalement prévoyant la construction de trois nouvelles grandes stations à Chlef, Mostaganem et Tlemcen, chacune avec une capacité de production prévue de 300.000 mètres cubes par jour. À elles seules, ces trois installations devraient ainsi fournir 900.000 mètres cubes supplémentaires par jour une fois pleinement opérationnelles. Il s’agit d’une démarche résolument proactive. En octobre 2025, le président de la République a émis une directive imposant le transport de l’eau produite par les nouvelles stations vers des zones situées à au moins 250 kilomètres des côtes, afin que les bénéfices du dessalement ne se limitent pas aux villes littorales.

Barrages, transferts et eaux recyclées :
ne pas dépendre d’une seule ressource
Le dessalement n’est toutefois qu’un volet de cette stratégie. L’Algérie cherche également à renforcer ses infrastructures traditionnelles, notamment son réseau de barrages.
En juin 2026, le ministère de l’Hydraulique a indiqué que les plans à long terme reposaient en grande partie sur la construction de cinq nouveaux barrages, afin d’accroître les capacités de stockage et de garantir un approvisionnement en eau plus fiable. Les canaux d’adduction jouent également un rôle essentiel, notamment dans les zones éloignées des sources d’eau et des principaux centres de consommation.
Des projets d’infrastructures de grande envergure sont actuellement en cours dans plusieurs wilayas afin de transférer l’eau des zones qui disposent de ressources vers celles qui en ont davantage besoin.
Un autre axe important concerne la réutilisation des eaux usées traitées. L’objectif est de ne plus considérer systématiquement l’eau déjà utilisée comme une ressource définitivement perdue. La stratégie algérienne combine ainsi dessalement, adduction et recyclage de l’eau. La plaine de la Mitidja en constitue un exemple concret : depuis mars 2026, un projet est en cours pour transférer quotidiennement jusqu’à 60.000 mètres cubes d’eaux usées traitées depuis la station d’épuration de Réghaïa vers la vaste zone d’irrigation de l’est de la Mitidja.

Une stratégie qui entre dans une nouvelle phase
En avril 2026, le Président Tebboune a appelé à l’élaboration d’un nouveau plan de gestion de l’eau visant à moderniser son administration et à garantir une sécurité hydrique durable à long terme. Cette nouvelle phase montre que la politique de l’eau ne se limite plus à répondre aux pénuries ponctuelles. Elle s’oriente désormais vers une gestion plus proactive, reposant sur l’augmentation de la production, la diversification des sources, le transfert de l’eau vers les zones arides, la réutilisation des eaux usées traitées et l’amélioration de la gestion du réseau.
Cette approche concerne également les régions désertiques. En février 2026, le Président a ordonné le lancement de la construction de deux stations de dessalement à Tamanrasset et Tindouf, témoignant de la volonté d’étendre la sécurité hydrique au-delà des régions côtières.
Face au risque accru d’événements climatiques extrêmes, l’Algérie dispose ainsi d’un système hydrique plus diversifié qu’auparavant. Cela ne signifie évidemment pas que le pays est à l’abri des tensions sur la ressource : des années de sécheresse successives, des hausses brutales des températures et des régimes de précipitations de plus en plus irréguliers peuvent continuer à exercer une forte pression sur les ressources disponibles.
Mais la stratégie engagée depuis 2019 vise précisément à réduire cette vulnérabilité. L’enjeu, désormais, n’est donc plus seulement de disposer de suffisamment d’eau lorsque les pluies sont au rendez-vous. Il consiste à construire un système capable de tenir lorsque les conditions climatiques deviennent défavorables.

ALGER 16 DZ

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