
Les relations algéro-allemandes connaissent une nouvelle dynamique, portée par une volonté politique commune de renforcer le partenariat et de diversifier la coopération. De l’énergie au commerce, en passant par les investissements, les technologies et la concertation diplomatique, Alger et Berlin affichent leur ambition de franchir un nouveau cap dans leurs relations bilatérales.
L’Algérie et l’Allemagne affichent une volonté claire de donner un nouvel élan à leurs relations bilatérales et de les hisser vers un partenariat de plus en plus privilégié. C’est ce qui ressort de la visite entamée, mardi dernier à Alger, par le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, reçu par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune.
Cette visite intervient dans le prolongement de la visite d’État effectuée par le Président Tebboune, à Berlin, en juillet dernier. Elle traduit surtout la volonté des deux capitales de transformer les engagements pris à cette occasion en une coopération plus concrète, notamment dans les domaines économique, énergétique et politique.
D’ailleurs, à l’issue de sa rencontre avec le président de la République, le chef de la diplomatie allemande, après avoir salué l’accueil qui lui a été réservé en Algérie et rendu hommage aux victimes des incendies de forêt ayant récemment touché plusieurs régions du pays, a confirmé la volonté de Berlin de donner une nouvelle dimension à cette relation, en insistant sur la nécessité de renforcer les bases de confiance entre les deux pays. «Il est essentiel d’investir dans le dialogue, la compréhension mutuelle et une coopération fondée sur la confiance», a-t-il déclaré.
Cette déclaration résume l’orientation que l’Allemagne entend désormais donner à ses relations avec Alger. Une orientation que Johann Wadephul a également associée à une «dynamique positive», appelant à la consolider et à l’approfondir. Le ministre allemand s’est dit «très heureux de cette visite». Car oui, pour Berlin, cette séquence diplomatique vient confirmer l’accélération des échanges engagée ces derniers mois. «Nous sommes très satisfaits de cette dynamique positive entre nos deux pays», a affirmé Wadephul.
Des secteurs clés derrière le rapprochement
Derrière le langage diplomatique, les discussions menées à Alger ont surtout permis d’identifier les secteurs dans lesquels cette nouvelle dynamique pourrait rapidement déboucher sur des projets concrets.
Johann Wadephul a ainsi rencontré son homologue Ahmed Attaf, le ministre d’État, ministre des Hydrocarbures et des Mines, Mohamed Arkab, ainsi que des représentants d’entreprises allemandes. Des échanges qui ont, selon lui, confirmé l’existence d’«importantes potentialités» pour approfondir la coopération, notamment dans «le commerce, l’investissement et l’énergie».
L’enjeu est notamment d’accroître la présence des entreprises allemandes sur le marché algérien. «Les entreprises allemandes sont très heureuses d’intensifier leurs relations commerciales avec l’Algérie et d’y investir», a assuré le ministre allemand.
Cette volonté s’inscrit dans le prolongement des assurances données par le Président Tebboune lors de son séjour à Berlin. Le chef de l’État avait alors souligné l’intérêt croissant des entreprises allemandes pour l’Algérie et évoqué près de 900 millions de dollars de projets soumis au nouveau guichet unique destiné aux investisseurs étrangers.
L’énergie constitue, naturellement, l’un des principaux points de convergence. L’Algérie est déjà un acteur important de l’approvisionnement énergétique européen et Berlin entend également accompagner le pays dans le développement de nouvelles filières. Wadephul a ainsi rappelé que l’Algérie est «un fournisseur majeur de gaz pour l’Union européenne» et qu’elle dispose «de tous les atouts nécessaires pour poursuivre sa propre vision de la transition énergétique, afin de devenir également un fournisseur d’hydrogène vert».
La perspective de l’hydrogène apparaît ainsi comme l’un des axes les plus prometteurs de la coopération future. Lors de sa visite à Berlin, le président de la République avait évoqué le lancement prochain d’un «nouveau corridor pour le gaz et l’hydrogène», ouvrant la voie à de nouvelles perspectives dans les énergies renouvelables et l’électricité.
De son côté, le chancelier Friedrich Merz avait fait part de la volonté de l’Allemagne de travailler avec l’Italie au développement d’un «corridor Sud pour l’hydrogène» reliant l’Afrique du Nord à l’Europe. L’Algérie pourrait ainsi se retrouver au cœur de cette nouvelle architecture énergétique entre les deux rives de la Méditerranée.
Mais la relation algéro-allemande ne se résume pas aux hydrocarbures. Les deux pays cherchent également à élargir leur coopération à plusieurs secteurs industriels et technologiques.
Lors de sa visite en Allemagne, le Président Tebboune avait notamment cité l’automobile, la mécanique, les énergies renouvelables, l’hélium et les gaz rares parmi les domaines susceptibles d’accueillir de nouveaux projets. La coopération scientifique et médicale fait également partie des pistes envisagées, notamment dans le domaine des thérapies innovantes.
Cette diversification répond à une ambition commune : faire évoluer les échanges économiques vers un partenariat industriel durable, capable de créer davantage de valeur et de rapprocher les deux économies.
La question de la mobilité pourrait également contribuer à cette dynamique. M. Abdelmadjid Tebboune avait annoncé l’ouverture prochaine d’une liaison aérienne directe entre Alger et Berlin, programmée pour novembre. Au-delà de son aspect pratique, cette liaison pourrait faciliter les déplacements des hommes d’affaires, des étudiants, des chercheurs et des touristes, et accompagner ainsi l’intensification des échanges.
Ca parle aussi géopolitique
La convergence entre les deux pays ne se limite toutefois pas aux dossiers économiques. Les discussions de Johann Wadephul à Alger ont également porté sur plusieurs crises internationales et régionales, notamment la situation au Sahel, les tensions au Moyen-Orient et la guerre russo-ukrainienne, ainsi que ses conséquences sur « la sécurité alimentaire mondiale ».
Le ministre allemand des Affaires étrangères a insisté sur l’importance «d’investir dans le dialogue et la compréhension mutuelle et de renforcer la coopération fondée sur la confiance ». Il a précisé que son pays «accorde une priorité au renforcement de ses relations avec des partenaires comme l’Algérie, tant sur le plan bilatéral que dans le cadre de l’Union européenne ».
Dans un environnement international marqué par la multiplication des crises, Alger et Berlin semblent ainsi vouloir renforcer leur dialogue politique. La stabilité du Sahel constitue notamment un terrain de concertation important, les deux pays partageant un intérêt pour la stabilité de cette région stratégique.
Cette volonté rejoint les orientations exprimées par Berlin lors de la visite présidentielle de juillet dernier. Le chancelier Friedrich Merz avait alors souligné l’intérêt de l’Allemagne pour le renforcement de ses relations avec l’Algérie, notamment dans les domaines économique et régional, affirmant vouloir «porter les relations économiques entre l’Allemagne et l’Algérie à un niveau supérieur».
Cette accélération n’est pas le fruit d’un rapprochement improvisé. La relation algéro-allemande repose sur plusieurs décennies de coopération et sur l’absence de différend majeur entre les deux pays depuis l’indépendance de l’Algérie.
À Berlin, le Président Tebboune avait lui-même résumé l’importance de cette relation en déclarant : «L’une des meilleures coopérations, parmi les meilleurs points de coopération en Algérie, c’est notre coopération avec l’Allemagne.» Il avait également qualifié cette coopération de «stratégique».
Aujourd’hui, cette relation semble entrer dans une nouvelle phase. L’enjeu n’est plus seulement de maintenir une coopération existante, mais de lui donner davantage de profondeur, en multipliant les investissements, en développant de nouvelles filières énergétiques et industrielles et en renforçant la concertation politique.
De Berlin à Alger, la séquence diplomatique ouverte en juillet et prolongée par la visite de Johann Wadephul dessine ainsi les contours d’un partenariat appelé à changer d’échelle. Le défi sera désormais de transformer les déclarations et les engagements en réalisations concrètes. Les deux capitales ont posé le cadre : «le dialogue», «la compréhension mutuelle» et une coopération «fondée sur la confiance» devront désormais trouver leur traduction sur le terrain.
G. Salah Eddine
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Allemagne : un institut relève fortement sa prévision de croissance pour 2026
L’institut économique allemand DIW a fortement rehaussé, mercredi dernier, sa prévision de croissance pour l’Allemagne en 2026, grâce notamment au récent dynamisme des exportations.
Le DIW estime que le produit intérieur brut (PIB) va croître de 1,2% cette année, et non de 0,5% comme augmenté au printemps, a indiqué l’institut dans un communiqué.
« L’économie allemande se redresse cette année un peu mieux que prévu, mais reste encore sur des bases fragiles », a jugé une experte du DIW.
En 2027, le PIB allemand devrait augmenter de 1%, prévoit l’institut, soit 0,2 point de pourcentage de plus que sa précédente estimation.
Cette embellie donne déjà le ton pour les prévisions fin septembre d’autres instituts majeurs du pays, puis de celles du gouvernement en octobre.
Berlin tablait, en début d’année, sur une croissance de 1% en 2026, avant de raboter de moitié cette projection à la suite du choc énergétique provoqué par les tensions géopolitiques internationales.
Mais la hausse des prix du pétrole est conservée « étonnamment modérée » et les exportations allemandes « ont été soutenues par des facteurs exceptionnels », selon un rapport de l’expert.
