Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) : 68 ans, la diplomatie en héritage

De la Révolution aux grandes tribunes internationales, l’Algérie revendique la continuité d’une doctrine fondée sur la souveraineté, l’indépendance de la décision nationale et le droit des peuples à l’autodétermination.

Soixante-huit ans après sa création, le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) demeure l’un des symboles majeurs de la bataille politique et diplomatique menée par la Révolution algérienne.
En commémorant, hier, le 68e anniversaire de sa proclamation, l’Algérie met en avant un épisode fondateur de son histoire, mais aussi les principes qu’elle considère comme toujours présents dans son action diplomatique : souveraineté nationale, indépendance de la décision, refus des pressions et des logiques de polarisation, défense du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et attachement à la paix et à la coopération internationales.
Créé le 19 septembre 1958, quatre années après le déclenchement de la Révolution, le GPRA avait répondu à une nécessité stratégique : donner à la lutte de libération une représentation politique et institutionnelle capable de porter la voix du peuple algérien sur la scène internationale. Alors que le colonialisme français cherchait à isoler la cause algérienne de son environnement arabe et de sa profondeur internationale, la création du Gouvernement provisoire allait permettre à la Révolution d’ouvrir un nouveau front, celui de la diplomatie.
La décision de créer le GPRA avait été prise par le Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA), lors de sa réunion tenue au Caire, en Egypte, du 20 au 27 août 1957. Sa création fut officiellement annoncée le 19 septembre de l’année suivante, simultanément depuis trois capitales arabes. Sous la présidence de Ferhat Abbas, puis de Benyoucef Benkhedda, le GPRA connaîtra trois compositions entre 1958 et 1962 et s’imposera progressivement comme le représentant politique de la Révolution algérienne. Son action ne tardera pas à prendre une dimension internationale. Dès le 20 septembre 1958, au lendemain de sa proclamation, le GPRA saisit l’Organisation des Nations unies pour dénoncer le référendum décidé par le général de Gaulle. Ses membres multiplieront ensuite les contacts, les déplacements et les participations aux conférences internationales, africaines et arabes afin de faire connaître la cause algérienne et de rallier de nouveaux soutiens. Plus de 30 Etats arabes, africains, asiatiques et américains reconnaîtront le Gouvernement provisoire, tandis que celui-ci conclura des dizaines d’accords et de traités internationaux.
Cette offensive diplomatique contribuera à faire de la question algérienne une cause internationale incontournable. Le GPRA prendra part aux négociations historiques d’Evian, qui conduiront aux accords de mars 1962, à la reconnaissance du droit du peuple algérien à l’autodétermination, puis à la proclamation de l’indépendance et au recouvrement de la souveraineté nationale.
Soixante-huit ans plus tard, cette page de l’histoire continue d’occuper une place particulière dans le discours officiel algérien. Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, rappelle régulièrement l’importance de la mémoire nationale et des enseignements de la Révolution dans la définition des choix de l’Etat. Dans cette approche, l’histoire n’est pas seulement convoquée comme un héritage commémoratif : elle constitue une référence pour comprendre les constantes de la politique étrangère algérienne et inscrire l’action diplomatique dans une continuité avec les principes qui ont porté la lutte de libération. Le chef de l’Etat met ainsi en avant la souveraineté, l’indépendance de la décision nationale, le refus de l’ingérence et des logiques de polarisation, ainsi que la défense du droit des peuples à l’autodétermination. Ces principes sont présentés comme puisant leurs racines dans les textes fondateurs de la Révolution, notamment la Déclaration du 1er Novembre 1954 et les principes issus du Congrès de la Soummam de 1956.
Cette lecture de l’histoire sert également de référence aux positions défendues aujourd’hui par Alger dans les enceintes internationales. La diplomatie algérienne, selon les autorités, a retrouvé une présence accrue dans les différents fora internationaux, notamment durant le mandat de l’Algérie comme membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. Elle accorde également une place importante aux questions africaines, au voisinage régional, au règlement pacifique des conflits et au droit des peuples à disposer librement de leur avenir.
Dans la proclamation portant création du GPRA, Ferhat Abbas affirmait que cette initiative, prise au nom d’un peuple combattant pour son indépendance, visait à restaurer l’Etat algérien supprimé de la carte politique de l’Afrique du Nord à la suite de la conquête de 1830. Le texte portait également l’ambition d’édifier un Etat moderne fondé sur les principes démocratiques et la justice sociale, tout en développant des relations de fraternité et de coopération avec les peuples attachés à la paix et à la liberté. Le 19 septembre 1958 apparaît ainsi, dans la mémoire nationale, comme bien plus qu’une date institutionnelle. La naissance du GPRA avait donné à la Révolution un visage politique et diplomatique, transformant la lutte pour l’indépendance en une bataille menée à la fois sur le terrain et dans les capitales du monde. Soixante-huit ans après, l’Algérie continue de présenter cet héritage historique comme l’une des sources de sa doctrine diplomatique et de sa conception de la souveraineté.
G. Salah Eddine

ALGER 16 DZ

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