Abdelmonaim Benhamda, chargé de la communication du MSP, à Alger16 : « Les intérêts de l’Algérie, des lignes rouges »

Alger 16 a echangé avec Abdelmonaim Benhamda, chargé de la communication du Mouvement de la société pour la paix (MSP), l’une des formations politiques actives sur la scène nationale. Dans cette deuxième partie de l’entretien, plusieurs questions d’actualité nationale et internationale sont abordées, avec un éclairage sur les principaux enjeux du moment.

Alger 16 a echangé avec Abdelmonaim Benhamda, chargé de la communication du Mouvement de la société pour la paix (MSP), l’une des formations politiques actives sur la scène nationale. Dans cette deuxième partie de l’entretien, plusieurs questions d’actualité nationale et internationale sont abordées, avec un éclairage sur les principaux enjeux du moment. Dans un contexte national et régional marqué par plusieurs évolutions politiques et géopolitiques, les formations politiques algériennes sont amenées à se positionner sur les principaux dossiers qui retiennent l’attention de l’opinion publique.

Entretien réalisé par Abir Menasria

Alger16 : L’un des dossiers qui suscite le plus l’actualité ces derniers jours est la poursuite des efforts de numérisation dans différents secteurs. Un dossier que l’État suit de très près. Quel est votre avis sur le sujet ?
Pour nous, la numérisation ne se résume pas à installer des ordinateurs dans l’administration, mais à transformer en profondeur la manière dont celle-ci interagit avec les citoyens. Nous souhaitons ainsi mettre en place une administration locale permettant aux citoyens d’effectuer leurs démarches à distance, de demander des documents et de suivre électroniquement l’évolution de leurs dossiers, tout en recevant des notifications sans avoir à se déplacer à répétition. Il est également important de leur permettre de déposer des plaintes et des suggestions en ligne, d’en suivre le traitement et d’accéder facilement aux informations relatives aux services et aux projets locaux.

Que propose le MSP dans ce sens ?
Nous proposons la mise en place d’un tableau de bord numérique au niveau des municipalités, permettant de suivre les projets planifiés, leur taux d’avancement, les échéances de réalisation, ainsi que l’entité chargée de leur suivi. Un tel outil contribuera à améliorer la visibilité sur l’action des collectivités locales et à renforcer la transparence. La numérisation doit être un véritable levier de modernisation, capable de réduire la bureaucratie, d’améliorer la qualité des services publics et de rapprocher davantage l’administration du citoyen.

Ces derniers mois, l’État a pris des mesures décisives pour lutter contre la drogue. Quel est votre point de vue sur ces mesures ?
Concernant la drogue, notre position est claire : l’État doit se montrer ferme face aux réseaux de trafic et de distribution, ainsi qu’au crime organisé, car la drogue est devenue une menace pour la sécurité sociale, les familles et la jeunesse. Toutefois, cette fermeté doit s’inscrire dans le cadre de l’État de droit, en établissant une distinction claire entre les réseaux criminels organisés et les personnes qui ont besoin de prévention, de prise en charge et de réinsertion.

Notre pays a été confronté, ces dernières semaines, à des incendies particulièrement importants. Comment avez-vous suivi ces événements et quel regard portez-vous sur la réaction des pouvoirs publics face à cette situation ?
S’agissant des incendies de forêt, la réponse ne peut se limiter à l’intervention une fois la catastrophe survenue. Elle doit s’inscrire dans une approche permanente fondée sur la prévention, la surveillance, l’alerte précoce et la capacité à intervenir rapidement, mais aussi sur l’accompagnement des populations touchées et la réhabilitation des zones sinistrées.
L’enjeu est donc de passer d’une logique essentiellement réactive à une véritable politique de prévention, capable d’anticiper les risques et d’en réduire les conséquences. Cela implique notamment de renforcer les moyens de la Protection civile et les dispositifs de surveillance des espaces forestiers, en s’appuyant davantage sur les technologies de détection et les systèmes d’alerte précoce.
Il est également nécessaire d’améliorer l’accessibilité aux zones forestières à risque, notamment à travers l’ouverture et l’entretien régulier des pistes, le débroussaillement des espaces exposés et le renforcement des mesures de prévention sur le terrain. Ces actions doivent être menées de manière continue et non uniquement pendant les périodes où le risque d’incendie est particulièrement élevé.
Enfin, la prévention ne peut être l’affaire des seuls services de l’État. Les citoyens, les collectivités locales et l’ensemble des acteurs concernés doivent être pleinement associés à cette démarche.

Les zones reculées sont un véritable enjeu pour l’Algérie. Quel est votre plan pour atténuer l’isolement de ces régions et leur fournir des services essentiels tels que l’eau, le gaz, l’électricité et les transports ?
La solution doit, selon nous, reposer avant tout sur une cartographie précise des zones isolées, plutôt que sur des décisions prises au cas par cas. Nous proposons ainsi d’établir un véritable inventaire des besoins de développement à l’échelle communale et de wilaya, permettant d’identifier chaque zone concernée et de recenser ses principales insuffisances en matière de routes, d’eau, d’électricité, de gaz, d’assainissement, de transport, d’éclairage public ou encore de communications.
Sur cette base, les projets devraient être hiérarchisés en fonction de la taille de la population concernée et du niveau des besoins, puis intégrés aux plans de développement communaux et de wilaya, avec un suivi régulier de leur réalisation.
Par ailleurs, les programmes sectoriels de l’État doivent être pleinement mobilisés, car la prise en charge de ces besoins ne peut reposer uniquement sur les budgets communaux. Certains projets dépassent, en effet, les compétences et les capacités financières des municipalités et nécessitent l’intervention coordonnée de plusieurs secteurs. L’essentiel est donc de passer d’une politique qui consiste à traiter les plaintes une fois les problèmes apparus à une approche plus proactive, fondée sur l’identification des zones prioritaires et la planification des projets nécessaires en amont.

Parlons de diplomatie. Une décision récente de l’Algérie a fait parler d’elle dans le monde entier. Il s’agit de la rupture des relations avec les Émirats arabes unis. Comment interprétez-vous cette décision ?
Pour nous, cette question doit avant tout être considérée comme une décision souveraine de l’État algérien.
Le ministère algérien des Affaires étrangères a précisé que cette décision a été prise après avoir épuisé tous les moyens visant à préserver les relations bilatérales.
La sécurité nationale, la stabilité et les intérêts supérieurs de l’Algérie constituent des lignes rouges. On insiste sur une diplomatie fondée sur le respect mutuel et sur un refus catégorique de toute ingérence dans les affaires intérieures de notre pays.
Nous affirmons depuis longtemps que ces entités fonctionnelles sont dangereuses et poursuivent des objectifs destructeurs et de division au service de l’entité sioniste.
Pour nous, cette décision diplomatique est une décision souveraine de l’État algérien. Le MSP déclare son soutien indéfectible à tout ce qui préserve la souveraineté de notre nation.

Qu’en est-il de la diaspora algérienne aux émirats ?
La communauté algérienne et la préservation de ses intérêts doivent demeurer une priorité. La rupture des relations diplomatiques n’entraîne pas automatiquement l’expulsion de la communauté, l’annulation de ses permis de séjour ou la cessation de ses activités. Toutefois, il est naturel que certaines difficultés administratives et consulaires puissent surgir dans un tel contexte.
Par conséquent, la protection des citoyens algériens et de leurs intérêts doit rester au centre des préoccupations, avec la mise en place des dispositifs et des canaux nécessaires pour répondre à leurs besoins et les accompagner dans leurs démarches. Notre message à la communauté est clair : il faut éviter de se laisser influencer par les rumeurs, suivre les instructions officielles et veiller à préserver son statut légal et administratif.

Quel est votre message final aux citoyens ?
Nous ne cherchons pas leur confiance par des slogans, mais par la compétence, l’action et un programme clair.
Nous nous engageons à être plus proches des citoyens et à répondre à toutes leurs préoccupations. Pour le réaffirmer, nous aspirons à faire du conseil élu un lieu d’action, et non une simple tribune.
L’Algérie ne repose pas uniquement sur des décisions centralisées, mais aussi sur des élus compétents et forts au niveau de la wilaya et des communes. Vive l’Algérie, libre et indépendante !
A. M.

ALGER 16 DZ

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