
Alger a accueilli, hier, la première édition de l’ESG Excellence Summit 2026, consacrée aux enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance et à leur impact sur l’économie. Organisée à l’hôtel El Djazaïr, la rencontre a réuni plus de 150 responsables, experts et acteurs économiques autour d’un même objectif : accompagner la transformation de l’économie algérienne vers des modèles plus durables, innovants et compétitifs.
L’événement a connu la participation de quatre ministères et abordé l’ESG sous ses dimensions environnementale, sociale et économique, en mettant l’accent sur les nouvelles exigences et les opportunités en matière d’investissement, de financement et d’innovation. Intervenant à l’ouverture des travaux, le ministre de l’Économie de la connaissance, des Start-up et des Micro-entreprises, Noureddine Ouadah, a mis en avant le rôle de l’innovation dans l’amélioration des pratiques environnementales, sociales et de gouvernance. Pour le ministre, l’évolution vers de nouveaux modèles économiques et financiers ne peut plus reposer uniquement sur la recherche de la performance économique. Elle doit également prendre en compte l’impact des activités sur l’environnement et la société, ainsi que la qualité de la gouvernance des institutions. Noureddine Ouadah a estimé que les institutions qui misent sur l’innovation disposent de davantage de moyens pour répondre aux enjeux environnementaux, renforcer leur impact social et moderniser leurs méthodes de gestion. Il a également insisté sur le rôle de la recherche scientifique dans l’amélioration de la gouvernance des institutions économiques, publiques et privées. Dans cette perspective, le ministre a souligné les efforts engagés pour encourager l’innovation, la sous-traitance, les micro-entreprises et les start-up, tout en renforçant les échanges entre ces acteurs et les institutions économiques. Une coopération appelée à favoriser l’émergence de solutions adaptées aux besoins de l’économie nationale.
L’un des enjeux soulevés lors du sommet concerne également le financement des projets liés à la transition économique. Noureddine Ouadah a appelé les organismes financiers à développer des mécanismes et des fonds spécialisés capables d’accompagner les projets présentant un impact environnemental et social, plutôt que de s’appuyer exclusivement sur les mécanismes traditionnels de financement.
Le ministre a également relevé la mobilisation des institutions algériennes sur le plan social au cours de l’été dernier, estimant que leur contribution aux efforts de réponse aux différents défis rencontrés par le pays témoignait de la force de la solidarité au sein de la société et de l’économie nationale.
Une coopération à renforcer avec l’UE
Prenant à son tour la parole, l’ambassadeur de l’Union européenne en Algérie, Diego Mellado Pascua, a mis en avant le potentiel de coopération entre l’Algérie et l’Europe dans plusieurs domaines, notamment l’industrie, l’innovation et l’environnement.
Le diplomate a insisté sur le fait que la transformation liée aux critères ESG ne pouvait être réduite aux seules questions environnementales. Elle doit également intégrer la dimension humaine et sociale, à travers l’amélioration des conditions de travail, le bien-être des employés, la formation et l’accompagnement des ressources humaines face aux nouvelles mutations économiques. L’industrie constitue, selon lui, l’un des domaines offrant des perspectives importantes de coopération entre l’Algérie et l’Europe, notamment en raison de la proximité géographique et du poids du marché européen. La gouvernance représente également un élément essentiel pour permettre aux entreprises d’intégrer durablement les nouvelles normes et de développer une culture de responsabilité au sein de leurs organisations.
Diego Mellado Pascua a, par ailleurs, salué le potentiel d’innovation de l’Algérie et estimé que le pays disposait d’un socle favorable au développement de modèles économiques plus équilibrés et compétitifs, susceptibles d’accompagner la diversification de l’économie nationale.
Transformer les échanges en partenariats
Pour le PDG de Leancubator, Abdelfatteh Harizi, l’enjeu consiste désormais à dépasser une approche essentiellement déclarative de l’ESG pour en faire un véritable outil de transformation économique. « Les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance ne sont plus de simples outils de communication, mais constituent désormais un véritable critère de compétitivité et d’accès au financement et aux marchés », a-t-il souligné.
Au fil des échanges, les participants ont également insisté sur une évolution importante : les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance ne sont plus uniquement considérés comme des instruments de responsabilité sociale ou de communication. Ils deviennent progressivement des facteurs de compétitivité, de gestion des risques, d’attractivité des investissements et d’accès aux marchés. Cette évolution intervient alors que les entreprises sont confrontées à de nouvelles exigences réglementaires internationales, notamment à travers des mécanismes tels que la directive européenne CSRD, le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) et les normes ISSB. Le programme du sommet a ainsi associé conférences, tables rondes et ateliers techniques consacrés notamment à la finance durable, à l’économie circulaire, à l’énergie, à l’industrie, au climat, à la gouvernance et à la gestion des risques. Une attention particulière a également été accordée au CBAM, ainsi qu’aux questions liées au capital humain, à l’inclusion et à l’emploi. La rencontre a rassemblé un éventail particulièrement large d’acteurs du tissu économique national et international. Parmi eux figuraient des institutions financières et d’investissement, notamment le Fonds national d’investissement (FNI) et El Djazaïr Istithmar, ainsi que la Commission d’organisation et de surveillance des opérations de bourse (COSOB). Le secteur bancaire était représenté notamment par la Banque de développement local (BDL) et BNP Paribas Algérie, tandis que le secteur des assurances était présent à travers CASH Assurances et l’Union algérienne des sociétés d’assurance et de réassurance (UAR). Le secteur industriel était notamment représenté par Général Emballage SPA. Des acteurs internationaux ont également pris part aux discussions, parmi lesquels l’Unicef Algérie, la Délégation de l’Union européenne en Algérie et l’AHK Algérie. Cette première édition de l’ESG Excellence Summit 2026 a permis de réunir autour d’une même table des acteurs issus de secteurs et d’horizons différents, avec une ambition commune : faire de la durabilité et de la gouvernance des leviers concrets de développement économique.
Abir Menasria
