
Dix ans après l’Accord d’Alger, le secrétaire général de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), Haitham Al Ghais, revient sur le rôle déterminant de l’Algérie dans l’émergence de l’alliance OPEP+. Dans un entretien accordé à l’Algérie Presse Service (APS), il a souligné l’importance de cette initiative dans le renforcement de la coordination entre les pays producteurs, tout en plaidant pour la pérennité de cette coopération face aux mutations économiques et géopolitiques et à la progression attendue de la demande mondiale de pétrole.
Dans son intervention médiatique, le responsable a qualifié la contribution algérienne de « déterminante et historique », estimant que l’accord conclu il y a dix ans a permis de favoriser le rééquilibrage du marché pétrolier mondial après une longue période d’instabilité. Au-delà de ses effets sur les marchés, cette initiative a surtout ouvert la voie à un cadre de concertation élargi, fondé sur le dialogue et la coordination des décisions de production.
Pour Haitham Al Ghais, la portée de l’Accord d’Alger dépasse le cadre d’une entente ponctuelle entre producteurs. Il en constitue le « premier jalon » de la Déclaration de coopération de l’OPEP+, devenue depuis un mécanisme central de coordination au service de la stabilité du marché pétrolier mondial.
Le secrétaire général de l’Organisation a insisté sur le caractère inédit de cette démarche, qui a permis de réunir des pays aux intérêts et aux réalités économiques différents autour d’un objectif commun. Il a ainsi présenté cet accord comme un « cas d’école historique de la diplomatie énergétique et pétrolière », soulignant qu’il pourrait être étudié dans les universités et les instituts spécialisés, tant le consensus entre un grand nombre de producteurs représentait un défi diplomatique.
L’accord est intervenu dans un contexte international particulièrement difficile, marqué par une forte baisse des prix du pétrole, des perturbations persistantes du marché et un recul des investissements dans le secteur. Face à cette situation, les pays membres de l’OPEP et dix producteurs non-membres ont engagé un dialogue destiné à rapprocher leurs positions et à coordonner leurs efforts.
Pour Haitham Al Ghais, la contribution de l’Algérie s’inscrit dans la continuité de son engagement en faveur du dialogue pétrolier international. Le pays a notamment accueilli des réunions et contribué à des décisions qui ont jalonné l’évolution de la coopération entre producteurs.
Le responsable de l’OPEP a également salué la continuité de l’engagement algérien au sein des mécanismes de l’alliance. Cette participation concerne aussi bien le suivi de la mise en œuvre des engagements que l’évaluation de l’évolution du marché et les travaux des groupes réunissant les pays participant aux ajustements volontaires de production.
Cette implication témoigne, selon lui, de la volonté de l’Algérie de maintenir un dialogue régulier entre les pays producteurs et de contribuer à la consolidation d’un cadre de coopération durable.
S’agissant des résultats obtenus, Haitham Al Ghais a mis en avant la capacité de la Déclaration de coopération à contribuer au rééquilibrage du marché et à maintenir les stocks pétroliers mondiaux à des niveaux qu’il juge acceptables. Il a, dans ce contexte, souligné la nécessité de préserver ce mécanisme, qui a permis aux producteurs de faire face à plusieurs épisodes de perturbation. La pérennité de cette coordination apparaît d’autant plus importante que les marchés énergétiques restent exposés aux fluctuations économiques, aux tensions géopolitiques et aux incertitudes entourant la sécurité des approvisionnements. Pour le secrétaire général de l’OPEP, la coopération entre producteurs demeure un instrument nécessaire pour accompagner les évolutions du marché et favoriser davantage de visibilité dans un environnement international changeant.
Une coopération appelée à s’élargir
Au-delà des décisions relatives à la production, le cadre de coopération issu de l’Accord d’Alger s’est progressivement étendu à d’autres domaines. Haitham Al Ghais a notamment cité les échanges d’expertise, le transfert de technologies, les études, la recherche et le dialogue sur les questions énergétiques et climatiques.
Cette évolution traduit un élargissement des sujets abordés au sein de l’alliance OPEP+, dont les travaux ne se limitent plus à la coordination des niveaux de production. Le partage des connaissances et l’analyse des transformations du secteur occupent également une place dans les échanges entre les pays participants.
Sur le plan des perspectives énergétiques, le secrétaire général de l’OPEP table sur une croissance économique mondiale à des niveaux satisfaisants, accompagnée d’une progression de la demande de pétrole. À long terme, les tendances démographiques et l’expansion attendue de l’activité économique devraient, selon lui, soutenir une hausse de la consommation énergétique.
Haitham Al Ghais a notamment évoqué les perspectives de croissance démographique à l’horizon 2050, ainsi que le développement des économies émergentes et en développement, qui devraient contribuer à l’augmentation des besoins mondiaux en énergie.
Selon les projections qu’il a présentées, l’économie mondiale pourrait doubler de taille par rapport à son niveau actuel d’ici à 2050. Dans le même temps, la demande mondiale de pétrole pourrait atteindre 124 millions de barils par jour, contre environ 105 millions actuellement.
Ces perspectives soulignent l’importance des choix d’investissement et des mécanismes de coordination dans les années à venir. Elles renvoient également aux enjeux de sécurité des approvisionnements et à la capacité des producteurs à accompagner l’évolution de la demande dans un contexte énergétique en transformation.
Dix ans après l’Accord d’Alger, le message porté par Haitham Al Ghais est celui de la continuité : maintenir le dialogue entre producteurs, consolider les mécanismes de coopération et adapter les réponses collectives aux nouvelles réalités du marché pétrolier. Une dynamique dans laquelle l’Algérie entend conserver sa place, en s’appuyant sur son expérience diplomatique et son engagement au sein de l’OPEP+. G. Salah Eddine
