Le président de la République a adressé un discours aux participants au Sommet des Etats fondateurs de l’initiative du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), tenu à El Alamein, en République arabe d’Egypte, lu par le président du Conseil de la Nation, M. Azouz Nasri.

Dans un discours prononcé en son nom par le président du Conseil de la Nation, Azouz Nasri, lors du sommet des pays fondateurs du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), tenu à El Alamein, en Égypte, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a appelé à ouvrir une nouvelle phase de l’action africaine, fondée sur l’accélération de l’exécution des projets, la mobilisation des financements et le renforcement des capacités du continent.
Vingt-cinq ans après le lancement du NEPAD, le chef de l’État a placé son intervention sous le signe d’un bilan, mais surtout d’un changement de rythme. Il a d’abord rappelé que la création de cette initiative avait constitué « l’un des moments les plus marquants du travail africain commun et une étape clé dans l’élaboration d’une vision africaine du développement, reflétant le désir de notre continent de prendre en main son propre parcours de développement et de consolider le principe de la propriété africaine sur ses priorités, ses politiques et ses programmes ».
La célébration de cet anniversaire constitue également, selon lui, l’occasion de revenir sur l’apport des dirigeants africains à la construction de cette vision. M. Abdelmadjid Tebboune a ainsi estimé que l’anniversaire du lancement du NEPAD «nous invite à rappeler les contributions des dirigeants africains dont les noms sont associés à la création de cette initiative et qui ont aidé à formuler une vision fondée sur la conviction profonde que le développement est un droit des peuples et que l’Afrique mérite de définir elle-même ses choix et ses priorités».
Dans ce rappel historique, le Président a notamment évoqué « l’héritage intellectuel et politique du président défunt Houari Boumediène, qui a défendu le droit des peuples africains à la souveraineté sur leurs ressources et richesses naturelles et appelé à l’établissement d’un système économique international plus juste et équitable, ainsi qu’à la construction d’une coopération africaine basée sur la solidarité et les intérêts communs ».
Cette référence à la souveraineté économique s’inscrit dans la conception du NEPAD défendue par le Président Tebboune. Pour lui, « le NEPAD est né de la conviction fondamentale que la libération politique ne peut être complète sans libération économique et que l’Afrique ne peut construire son avenir qu’en s’appuyant sur ses propres capacités et en renforçant la solidarité et l’intégration entre ses pays et ses peuples ».
Il a également replacé cette démarche dans la continuité des grandes étapes de l’intégration africaine, soulignant que «depuis le Plan d’action de Lagos de 1980, qui a posé les bases de l’intégration économique et du développement auto-propulsé, en passant par les étapes qui ont accompagné la réalisation de l’initiative NEPAD et le renforcement de sa place au sein de l’Union africaine, jusqu’à sa transformation en Agence africaine de développement, notre continent a parcouru des étapes importantes dans la construction de ses outils et mécanismes de développement».
Passer de la planification à l’exécution
Au-delà du bilan, c’est donc la capacité de l’Afrique à transformer ses ambitions en réalisations concrètes qui a constitué l’un des principaux axes du discours présidentiel. Tout en saluant les avancées enregistrées depuis la création du NEPAD, M. Tebboune a appelé à « reconnaître objectivement le fossé qui persiste entre l’ampleur des ambitions que nous nous étions fixées et les résultats effectivement obtenus sur le terrain ».
Il a estimé que « la question qui devrait nous préoccuper aujourd’hui ne se limite pas à ce que nous avons accompli au cours des vingt-cinq (25) dernières années, mais concerne surtout la manière de faire de la prochaine étape une phase d’accélération des réalisations et d’atteinte de la transformation souhaitée ».
Cette nouvelle phase doit, selon le Président, rompre avec les limites de la planification sans exécution. Le défi, a-t-il souligné, consiste à « passer de la planification à l’exécution, des approches fragmentées à des projets et programmes structurels à fort impact et de la déclaration d’engagements à l’obtention de résultats tangibles et mesurables qui se reflètent directement dans la vie du citoyen africain». Dans cette logique, l’appropriation africaine du développement ne saurait se limiter à la définition d’objectifs. Pour le président de la République, « la propriété africaine du développement ne se limite pas seulement à posséder une vision et à définir des priorités, elle nécessite également de disposer d’une capacité croissante en matière de financement, d’exécution, de suivi et d’évaluation ».
Les projets algériens structurants mis en avant
Le Président Tebboune a ensuite mis en avant plusieurs projets à travers lesquels l’Algérie entend concrétiser son ancrage continental, affirmant que le pays « a fait de son appartenance à l’Afrique un choix stratégique constant ».
Il a notamment cité la route transsaharienne, ainsi que la route reliant Tindouf à Zouérat, en Mauritanie. À ces infrastructures s’ajoute le projet de fibre optique transsaharienne, présenté comme un outil destiné à renforcer la connectivité régionale. Celui-ci « joue un rôle important dans le renforcement de la connectivité numérique et le soutien à l’économie numérique dans la région du Sahel, ainsi que le projet de gazoduc transsaharien, considéré comme un projet stratégique de coopération dans les domaines de l’énergie et du développement », a-t-il déclaré. L’action algérienne en Afrique ne se limite toutefois pas aux infrastructures. Le Président a également insisté sur la dimension humaine de cette coopération, rappelant que « l’Algérie a contribué, depuis son indépendance, à la formation de dizaines de milliers de cadres africains dans diverses spécialités et continue chaque année à offrir des opportunités de formation et des bourses d’études au profit des étudiants africains dans le cadre de sa contribution au développement du capital humain africain ».
Pour la prochaine étape, Abdelmadjid Tebboune a toutefois identifié un obstacle majeur qui conditionne la réalisation de nombreuses ambitions continentales : «L’un des principaux défis auxquels le développement de notre continent est confronté, à savoir le déficit de financement.»
Le financement au cœur de la prochaine étape
La question des ressources financières occupe ainsi une place centrale dans la vision présentée par le Président Tebboune qui estime qu’« il est devenu nécessaire de renforcer la capacité de l’Afrique à mobiliser ses propres ressources, à orienter les capitaux et les économies africaines vers ses priorités de développement, à soutenir le rôle des institutions financières continentales, tout en continuant à travailler pour un système financier international plus juste et représentatif des intérêts du continent ».
Dans cette équation, le secteur privé doit également prendre une place accrue. « Le secteur privé reste un partenaire clé dans l’investissement, la production, l’innovation, la création d’emplois et le développement des chaînes de valeur régionales et continentales. Cela nécessite de continuer à améliorer le climat des affaires, à renforcer la capacité des projets à obtenir des financements, à développer les partenariats public-privé et à tirer davantage parti des mécanismes de financement innovants, du financement mixte et du partage des risques », a-t-il souligné. L’enjeu est désormais de passer des principes aux instruments. « Nous soulignons l’importance de traduire cette vision en mécanismes concrets capables de mobiliser les investissements, de préparer des portefeuilles de projets finançables, de soutenir les petites et moyennes entreprises, ainsi que les chaînes de valeur africaines, et de développer des outils africains innovants pour le financement mixte et le partage des risques », a expliqué le Président.
Renforcer les moyens du NEPAD
Cette exigence de résultats doit également s’appliquer aux institutions africaines chargées de porter les projets continentaux. Le président de la République a insisté sur le fait que « le succès de ces mécanismes dépendra toujours de leur capacité à se transformer en projets réels, avec des délais clairs et des indicateurs mesurables, de façon à ce que l’impact tangible sur la vie des citoyens africains soit le véritable critère de succès de notre travail commun».
Dans cette perspective, « l’Algérie réaffirme la nécessité de renforcer les ressources financières, techniques et humaines destinées à la mise en œuvre des projets phares de l’agenda 2063, d’accélérer la concrétisation de la zone de libre-échange continentale africaine et de créer les conditions permettant de la transformer en véritable levier d’intégration, de production et de commerce intra-africain ».
Alger met également en avant son soutien à la création de l’Agence africaine de notation de crédit. « Le soutien de l’Algérie à la création de l’Agence africaine de notation de crédit s’inscrit également dans cette approche visant à renforcer la souveraineté financière du continent, à améliorer l’évaluation de ses économies et à offrir des conditions plus équitables d’accès au financement », a ajouté le Président.
Le chef de l’État a, par ailleurs, souligné le rôle acquis par le NEPAD, qui a réussi « à s’imposer comme un outil central pour la mise en œuvre des priorités de développement du continent et comme un partenaire fiable pour les États membres et différents partenaires ».
Mais cette reconnaissance s’accompagne d’une demande de réforme et de renforcement. « Maintenir cet acquis et le renforcer nécessite aujourd’hui de passer à une nouvelle étape. Nous avons besoin d’une agence plus forte, plus flexible et plus efficace, plus réactive aux priorités des États membres, disposant de suffisamment de capacités opérationnelles et de ressources financières pour lui permettre de remplir pleinement sa mission»
Un impératif de sécurité et de stabilité
Le dernier volet du discours présidentiel a porté sur l’articulation entre développement, stabilité et efficacité institutionnelle. M. Tebboune a appelé à renforcer « l’intégration entre eux et la Commission de l’Union africaine, ainsi que les communautés économiques régionales, d’éviter le chevauchement des rôles et des compétences, de renforcer leur capacité à préparer des projets financables, à mobiliser des ressources, à développer les capacités, à suivre la mise en œuvre et à évaluer l’impact ».
Pour le Président, l’enjeu n’est toutefois pas de multiplier les structures, mais de rendre celles qui existent plus opérationnelles. Il a ainsi souligné que «l’enjeu n’est pas de créer davantage de structures, mais de permettre à nos institutions existantes de transformer nos décisions politiques en projets et résultats concrets. Dans ce contexte, l’importance du rôle que peuvent jouer les États fondateurs du NEPAD se révèle non pas comme un privilège historique, mais comme une responsabilité renouvelée de préserver l’esprit d’initiative et de contribuer à son adaptation face aux nouveaux défis et changements ».
Cette vision associe enfin étroitement les impératifs de développement et ceux de stabilité. Le président de la République a rappelé que « le développement et la stabilité restent, par ailleurs, deux parcours indissociables : il n’y a pas de développement durable sans sécurité et stabilité ni de paix durable sans un développement global qui réduit les zones de fragilité et répond aux aspirations des peuples ».
À travers ce discours, l’Algérie défend une nouvelle étape du NEPAD davantage tournée vers la mise en œuvre, le financement et la mesure des résultats. Vingt-cinq ans après sa création, l’enjeu n’est plus seulement de définir une ambition commune pour le continent, mais de disposer des moyens institutionnels, financiers et humains permettant de la concrétiser. G. Salah Eddine
