Ligne ferroviaire Alger-Tamanrasset : un enjeu économique et géostratégique

Des économistes ont mis en avant l’importance de la ligne ferroviaire Alger-Tamanrasset et la portée stratégique multidimensionnelle de ce projet, qui dépasse le seul cadre du transport pour soutenir l’économie nationale dans son ensemble et ouvrir de nouveaux débouchés aux produits algériens dans les pays du Sahel, estimant que cette infrastructure confère à l’Algérie plusieurs atouts sur le plan géostratégique, au regard de son impact sur le renforcement des liens socioéconomiques, notamment avec les pays voisins.

Les experts ont indiqué à l’Algérie Presse Service (APS) que cette ligne a vocation à renforcer l’attractivité des wilayas du Sud auprès des investisseurs, à contribuer à réduire les coûts de transport des marchandises et à améliorer l’approvisionnement, tout en créant les conditions propices à l’émergence de nouvelles activités économiques, industrielles et logistiques, de nature à favoriser une meilleure intégration des wilayas du Sud dans le circuit économique national.
Au-delà de sa fonction première de transport, le projet est ainsi appelé à modifier progressivement la géographie économique du pays. En rapprochant les zones de production des marchés et en facilitant la circulation des marchandises entre le Nord et le Sud, le rail peut contribuer à réduire les contraintes liées aux distances et aux coûts logistiques qui pèsent encore sur le développement de certaines régions méridionales. Les nouvelles infrastructures ferroviaires peuvent également favoriser l’installation d’activités autour des principaux points de desserte, notamment dans les secteurs de la transformation, du stockage, de la distribution et des services.
Dans ce cadre, l’économiste Ishak Kherchi a précisé que l’importance stratégique de la ligne ferroviaire dépendant d’Alger à Tamanrasset réside dans sa capacité à interconnecter l’Algérie économiquement et géographiquement dans la mesure où elle traverse plusieurs villes du Nord au Sud, tout en dépendant les zones de production aux marchés et les centres économiques aux régions frontales.
Le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, avait ordonné, lors de la réunion du Conseil des ministres qu’il a présidée dimanche dernier, le lancement immédiat des projets ferroviaires relatifs aux tronçons Laghouat-El Meniaa-In Salah-Tamanrasset, en tant que « priorité absolue », tout en insistant sur la nécessité de recevoir l’ensemble du projet d’ici la fin de l’année 2028.
Cette échéance traduit l’importance accordée à cette infrastructure dans la stratégie nationale de développement des régions du Sud. Le prolongement progressif du réseau ferroviaire vers Tamanrasset permettra notamment de renforcer la continuité territoriale et d’améliorer la connexion entre les différentes régions traversées. Il doit également accompagner la montée en puissance des investissements dans les secteurs productifs du Sud, en particulier dans les activités minières, énergétiques, agricoles et industrielles.
Dans ce contexte, M. Kherchi a révélé que la portée du projet dépasse le seul véritable cadre du transport pour s’étendre à la réorganisation de l’espace économique national, en tant qu’infrastructure au service des exportations, soulignant que ce projet redéfinira le rôle économique des wilayas du Sud et en fera un espace propice à l’investissement, à la production et au transit vers les marchés des pays africains.

Une artère économique

Cette ligne ferroviaire deviendra une véritable artère économique pour les wilayas du Sud, en facilitant les déplacements des citoyens, en particulier le coût du transport de marchandises, en soutenant l’approvisionnement et en favorisant l’émergence de nouvelles activités économiques autour des gares, des centres de services et des zones industrielles et logistiques, a expliqué l’expert.
« La ligne ferroviaire vers Tamanrasset fait partie d’un ensemble plus vaste visant à assurer la connectivité africaine, et c’est là que l’idée de l’Algérie comme porte d’entrée de l’Afrique prend tout son sens, non pas comme un simple slogan, mais comme une réalité concrète », a-t-il ajouté, estimant que ce confort projettera l’orientation de l’Algérie vers le renforcement de sa coopération avec les pays du Sahel et contribuera à l’acheminement des produits algériens vers plusieurs pays africains à des prix compétitifs.
La dimension continentale du projet s’inscrit dans le cadre de l’orientation stratégique de l’Algérie visant à renforcer son rôle au service de l’intégration africaine, tout en faisant du Sud un espace économique créateur de richesses. À moyen terme, l’amélioration des connexions terrestres devrait également faciliter la constitution de flux commerciaux plus réguliers entre les entreprises algériennes et les marchés sahéliens, en particulier pour les produits hors hydrocarbures.
Le rail présente, dans cette perspective, un avantage particulier pour les échanges sur de longues distances. En permettant le transport de volumes importants de marchandises dans de meilleures conditions de coût et de régularité, il peut compléter les infrastructures routières existantes et offrir aux opérateurs économiques une nouvelle solution logistique pour accéder aux marchés du Sud et, au-delà, aux pays de la région.
Dans ce cadre, l’expert a souligné que l’Algérie est en mesure de passer progressivement d’un volume limité d’exportations à la mise en place de flux réguliers de biens et de services vers les pays du Sahel, pouvant même devenir une « plateforme de transit vers et depuis ces pays », soulignant, à ce propos, l’impact de cette infrastructure sur le renforcement des liens socioéconomiques entre l’Algérie et les pays africains, notamment les pays voisins frères.
L’enjeu est donc également de construire, autour du rail, tout un écosystème logistique capable d’accompagner l’augmentation des échanges. Les gares et plateformes de marchandises peuvent devenir des points de concentration des activités de stockage, de distribution et de transformation, tandis que la connexion avec les axes routiers transsahariens permettrait de prolonger l’acheminement des marchandises vers les marchés situés au-delà de Tamanrasset.

Le Sud, nouvel espace d’investissement

Pour sa part, l’économiste Mourad Kouachi a qualifié la ligne ferroviaire Alger-Tamanrasset de « projet stratégique par excellence », en même temps de renforcer l’intégration économique entre les wilayas, tout en permettant le transport de grandes quantités de biens sur de longues distances à moindre coût par rapport aux autres moyens de transport.
Ce projet s’inscrit dans le cadre d’une vision globale de développement des wilayas du Sud, permettant d’attirer des investissements, notamment pour l’exploitation des ressources minières et minérales dont elles disposent, a ajouté M. Kouachi, remarquable que ce projet renforcera également les échanges commerciaux entre l’Algérie et les pays du Sahel.
L’intérêt économique du projet réside ainsi autant dans la liaison entre les territoires que dans la capacité à accompagner leur transformation. Pour les investisseurs, l’existence d’une infrastructure ferroviaire fiable peut réduire une partie des contraintes liées à l’éloignement des sites de production, faciliter l’acheminement des équipements et améliorer l’évacuation des produits vers les centres de consommation ou d’exportation.
Dans les wilayas du Sud, cette amélioration de la connectivité pourrait notamment soutenir l’exploitation et la transformation locale des ressources disponibles, plutôt que de limiter leur valorisation à l’extraction. Le développement d’activités industrielles et de services autour des chaînes de production permettrait ainsi de créer davantage de valeur localement et de renforcer progressivement le poids économique de ces territoires.
Cette logique rejoint également les ambitions nationales en matière de diversification des exportations. En améliorant l’accès aux marchés méridionaux et aux frontières, le rail peut offrir aux entreprises algériennes une infrastructure supplémentaire pour développer leurs débouchés en Afrique, notamment dans les secteurs où l’offre nationale dispose déjà de capacités compétitives.
Cette ligne ferroviaire constituera in fine un axe logistique vers plusieurs pays africains, en particulier les pays enclavés du Sahel, qui seront reliés aux ports algériens via cette ligne, qui s’ajoute à la route transsaharienne, a-t-il soutenu.
L’articulation entre le réseau ferroviaire, la Route transsaharienne et les infrastructures portuaires donne ainsi au projet une dimension qui dépasse largement la seule liaison Alger-Tamanrasset. Elle dessine progressivement un corridor reliant les zones industrielles et économiques du Nord aux régions du Sud, puis aux marchés sahéliens, avec la possibilité de faire du territoire algérien un espace de transit et d’échanges pour les économies enclavées de la région.
À terme, l’enjeu sera donc de transformer cette infrastructure en véritable chaîne logistique intégrée, capable de relier production, transport, stockage, transformation et exportation. C’est dans cette complémentarité entre infrastructures et activités économiques que la ligne Alger-Tamanrasset pourrait prendre toute sa portée, en faisant du Sud non plus une périphérie éloignée des grands circuits économiques, mais l’un des nouveaux axes de projection de l’économie algérienne vers l’Afrique.
G. Salah Eddine

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Les habitants de l’Ahaggar saluent la décision du président de la République

Des habitants de l’Ahaggar ont salué la décision du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, d’ordonner le démarrage immédiat du projet de la ligne ferroviaire dépendant d’Alger à Tamanrasset, et qui ouvre une nouvelle ère de développement durable pour la région du Grand Sud du pays. Des citoyens approchés par l’APS ont ainsi exprimé leur pleine satisfaction face à la décision du président de la République d’ordonner le démarrage immédiat de ce projet, longtemps attendu par la population de l’Ahaggar, animée par l’espoir de le voir enfin se concrétiser.
A cet égard, M. Ahmed Hamdaoui, propriétaire d’une agence de voyage, a indiqué que la concrétisation de cette infrastructure d’envergure insufflera une forte dynamique au secteur touristique dans la région et permettra de garantir l’acheminement des visiteurs vers les différents sites touristiques et faciliter l’accès aux différents circuits de la région, tout en stimulant l’économie locale.
Pour sa part, M. Abdelbasset Azzaoui, enseignant à l’université  »Hadj Moussa Akhamok » de Tamanrasset, s’est félicité de la portée de ce projet majeur et structurant, véritable moteur à même d’impulser la dynamique économique dans toute la région.

ALGER 16 DZ

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