
Revalorisations salariales, création d’emplois, soutien aux produits de première nécessité, financement des hôpitaux et prise en charge des intérêts de crédit pour l’AADL 3 : le projet de loi de finances 2027 prévoit plusieurs mesures destinées à soutenir les ménages et à renforcer les services publics.
À travers ces différents leviers, l’État entend préserver le pouvoir d’achat, tout en poursuivant ses investissements dans les infrastructures et les secteurs productifs.
Derrière les grandes masses budgétaires, il y a des préoccupations bien concrètes : le salaire qui doit couvrir les dépenses du mois, le prix des produits alimentaires, l’accès à un logement ou encore la possibilité de bénéficier de soins dans de bonnes conditions. Autant de sujets auxquels le projet de loi de finances (PLF) 2027 entend apporter des réponses, à travers la poursuite des revalorisations salariales, le maintien des subventions et le financement de plusieurs programmes sociaux.
Pour l’année prochaine, les prévisions tablent sur une croissance économique de 4,2 % et une inflation de 4 %. Dans ce cadre, le budget mobilise des ressources importantes pour soutenir les revenus, renforcer les effectifs des services publics et alléger certaines charges supportées par les familles. L’enjeu est de conjuguer ces interventions avec une dynamique économique capable de créer davantage d’emplois et de consolider les revenus sur la durée.
Salaires et emploi
Le PLF 2027 prévoit l’intégration des augmentations de salaires et de traitements, conformément aux engagements du président de la République concernant la mise en œuvre des 53 % restants des revalorisations salariales programmées pour 2027. La masse salariale globale est estimée à environ 6 087 milliards de dinars, établissements publics à caractère administratif compris.
Ces augmentations doivent contribuer à soutenir les revenus des travailleurs concernés dans un contexte où les dépenses courantes continuent de peser sur les budgets familiaux. Leur effet sur le pouvoir d’achat dépendra toutefois de l’évolution des prix et de la capacité des revenus à suivre le coût de la vie.
En parallèle, le projet prévoit la création de 82.948 nouveaux postes budgétaires, auxquels s’ajoutent 42.727 postes vacants destinés à être pourvus. Plus de 125.000 postes sont ainsi concernés par les opérations de recrutement et de mobilisation annoncées.
L’éducation nationale concentre la plus grande part des nouvelles créations, avec plus de 46.000 postes, suivie de la santé, qui en compte 28.329, dont 21.836 destinés aux diplômés des instituts de formation. L’enseignement supérieur doit bénéficier de 2.800 postes supplémentaires, tandis que le secteur des finances en compte 2.518.
Au-delà des perspectives d’embauche, ces recrutements répondent aux besoins des services publics. Dans les établissements scolaires et les structures de santé, le renforcement des effectifs constitue un enjeu pour améliorer l’encadrement, les conditions d’accueil et la prise en charge des usagers.
La création d’emplois durables suppose néanmoins d’aller au-delà du recrutement public. Le développement de l’industrie et des autres secteurs productifs demeure essentiel pour élargir les débouchés professionnels, accroître la valeur ajoutée nationale et soutenir la diversification de l’économie. L’objectif est de faire progresser conjointement l’emploi, la production et les revenus, afin que la dynamique économique puisse soutenir durablement le niveau de vie.
Le soutien aux produits essentiels se poursuit
Dans le budget des ménages, l’alimentation occupe une place incontournable. Le maintien de prix accessibles pour les céréales, le lait, l’huile et le sucre constitue un volet important de la politique de soutien au pouvoir d’achat.
Le PLF 2027 prévoit une enveloppe de 717,7 milliards de dinars pour les subventions aux produits de large consommation. Les céréales mobilisent 355,84 milliards de dinars, contre 94,31 milliards pour le lait. Le dispositif comprend également 122,05 milliards de dinars pour l’eau dessalée, 25,5 milliards pour l’énergie et 120 milliards destinés à la stabilisation des prix du sucre, de l’huile et du café vert.
À ces subventions s’ajoute la prolongation, jusqu’à la fin de 2029, des exonérations fiscales et douanières appliquées à l’importation de plusieurs denrées alimentaires. Les articles 174 à 176 du projet concernent notamment la viande, le café vert, les légumes secs, le riz, les œufs, la volaille et l’huile brute de soja. L’objectif est de limiter certains coûts d’approvisionnement et de contribuer à maintenir une offre suffisante sur le marché national. Le texte prévoit aussi des exonérations de TVA pour certains intrants de l’aquaculture, ainsi que pour les concentrés minéralo-vitaminés destinés à l’élevage. Ces mesures visent à alléger les charges de certaines activités et à soutenir les filières qui participent à l’approvisionnement alimentaire.
Le maintien de ces dispositifs constitue un levier pour contenir les coûts, mais leur portée dépendra de leur traduction sur le marché. La disponibilité des produits, les conditions de distribution et l’évolution des coûts d’approvisionnement resteront déterminantes pour les consommateurs.
À plus long terme, le renforcement de la production nationale demeure tout aussi important. Le développement des filières agricoles et agroalimentaires permettrait de mieux répondre à la demande intérieure et de réduire certaines vulnérabilités liées aux importations. Le soutien aux consommateurs et l’encouragement de la production répondent ainsi à un même objectif : préserver l’accès aux produits essentiels dans la durée.
Alléger le coût du logement
L’accès au logement reste une autre préoccupation majeure des ménages, compte tenu du poids que représente l’acquisition d’un bien immobilier dans les revenus d’une famille. Le PLF 2027 prévoit, à ce titre, une mesure importante en faveur des souscripteurs du programme AADL 3.
Son article 207 autorise le Trésor public à prendre en charge à 100 % les intérêts et la bonification des taux de crédit pour les 350. 000 logements de type location-vente programmés en 2027. Cette disposition vise à alléger le coût du financement bancaire et la charge supportée par les bénéficiaires.
Le projet prévoit également, à travers son article 34, une exonération des droits d’enregistrement pour les ventes d’immeubles neufs à usage d’habitation réalisées dans le cadre des programmes de logements aidés par l’État.
L’effort concerne plusieurs formules de logement. La programmation annoncée comprend 600.000 logements ruraux et 200.000 aides à la construction rurale, ainsi que 140.000 logements publics locatifs, 50. 000 logements promotionnels publics et 25.000 logements promotionnels aidés.
Ces programmes répondent à des besoins différents, qu’il s’agisse de l’accès au logement social, de l’accompagnement des ménages en milieu rural ou de l’accession à la propriété. Leur réalisation représente également un enjeu économique, le bâtiment faisant travailler des entreprises et des salariés dans de nombreuses activités connexes. Le secteur devrait enregistrer une croissance de 5,3 % sur la période 2027-2029, selon les prévisions présentées.
La portée de cet effort se mesurera cependant à la concrétisation des programmes, aux délais de livraison et à l’accès effectif des bénéficiaires aux logements annoncés.
Retraites et santé
Le soutien aux ménages passe également par les mécanismes de protection sociale qui accompagnent les citoyens face aux risques liés à l’âge, à la maladie ou à la perte d’emploi.
Le document de présentation du PLF 2027 chiffre les dépenses de transfert à 6.180,5 milliards de dinars. Parallèlement, les prélèvements obligatoires destinés aux organismes de sécurité sociale sont estimés à 2.561,97 milliards de dinars. Ces ressources concernent notamment la Caisse nationale d’assurance chômage (CNAC), la Caisse nationale des assurances sociales des travailleurs salariés (CNAS), la Caisse nationale des retraites (CNR), le Fonds national de péréquation des œuvres sociales (FNPOS) et la Caisse nationale de sécurité sociale des non-salariés (CASNOS). Elles participent au financement de leurs missions et à la continuité des prestations versées aux assurés.
Le financement des établissements hospitaliers publics constitue un autre volet de cet effort. L’article 4 du projet fixe à 180 milliards de dinars la contribution des organismes de sécurité sociale à la couverture des charges liées à la prise en charge médicale des assurés.
Pour les structures hospitalières, ces ressources doivent contribuer à couvrir les dépenses de fonctionnement et les besoins liés aux soins. Leur efficacité dépendra également de la disponibilité du personnel, des équipements et des médicaments, ainsi que de la capacité des établissements à répondre aux besoins des patients.
Le projet prévoit, par ailleurs, la création d’un compte d’affectation spéciale dédié au Fonds national de réparation des dommages résultant des intempéries. Alimenté notamment par une fraction des amendes routières et des recettes issues des vignettes automobiles, ce mécanisme doit contribuer au financement des réparations après les inondations et autres événements climatiques dommageables.
La remise en état des routes et des équipements publics revêt une importance particulière pour les populations touchées, dont les déplacements et l’accès aux services peuvent être perturbés. La mobilisation de ressources dédiées devra donc s’accompagner d’une intervention efficace sur le terrain, tandis que la prévention et l’entretien des infrastructures resteront indispensables pour limiter les dégâts futurs.
L’investissement public
Le PLF 2027 prévoit 3.825,9 milliards de dinars de crédits de paiement pour l’investissement public, principalement destinés aux projets en cours et aux nouvelles infrastructures. Une enveloppe de 805,76 milliards de dinars est également prévue pour le fonctionnement des services, notamment afin de couvrir les besoins de 858 nouvelles unités et structures, en particulier dans l’éducation et l’enseignement supérieur, ainsi que ceux des services publics dans les onze nouvelles wilayas.
Ces dépenses accompagnent l’extension des infrastructures et le fonctionnement des administrations. La création d’une école, d’un établissement de santé ou d’une nouvelle structure publique ne suffit pas à répondre aux besoins : encore faut-il disposer du personnel, des équipements et des moyens nécessaires pour assurer durablement le service attendu.
Cette exigence vaut pour l’ensemble des mesures sociales. Les augmentations salariales, les subventions alimentaires et les programmes de logement n’auront toute leur portée que si leurs effets se concrétisent dans la vie quotidienne des bénéficiaires.
Au-delà de l’exercice budgétaire, le défi consiste à renforcer les capacités de production du pays et à créer les conditions d’une croissance plus riche en emplois. Le développement industriel, la diversification économique et l’investissement productif sont autant de leviers susceptibles d’élargir les ressources disponibles et de consolider les revenus.
Le PLF 2027 entend répondre à plusieurs préoccupations immédiates, des salaires au logement, tout en poursuivant le financement des services publics et des infrastructures. La mesure de cet effort se jouera finalement dans sa traduction concrète : préserver le pouvoir d’achat aujourd’hui, tout en renforçant les capacités économiques qui permettront de soutenir durablement le niveau de vie des Algériens.
G. Salah Eddine
