Démantèlement du réseau criminel marocain à Oran : La sécurité de l’Algérie n’est pas négociable

Le démantèlement à Oran d’un réseau criminel soupçonné de préparer des actes de sabotage met en lumière la vigilance des services de sécurité algériens et leur capacité à anticiper les menaces visant la stabilité du pays.

Le démantèlement, début octobre, d’un réseau criminel international composé de 61 ressortissants marocains, soupçonnés de préparer des actes de sabotage en Algérie, met en lumière l’importance du travail sécuritaire anticipatif dans la protection du territoire national. Pour l’expert en géopolitique et en sécurité Ahmed Mizab, cette opération illustre la capacité des institutions algériennes à détecter les menaces, à remonter leurs ramifications et à intervenir avant leur passage à l’acte.

La mise en échec de ce projet présumé de sabotage à Oran replace la question de la sécurité nationale au centre des préoccupations. Dans une déclaration à l’APS, Ahmed Mizab, spécialiste des questions politiques et expert en géopolitique et en sécurité, estime que la réponse de l’Algérie aux menaces qui la visent repose sur un appareil institutionnel capable d’agir en amont, mais aussi sur une doctrine qui place la souveraineté nationale et l’indépendance de la décision au premier rang des priorités de l’État.
Pour l’expert, l’opération ne doit pas être considérée comme un simple fait divers sécuritaire. Elle appelle, selon lui, une lecture plus large des méthodes employées par les réseaux criminels transnationaux et des risques que font peser les tentatives d’infiltration sur la stabilité du pays.
« Le régime marocain du Makhzen, dont la politique régionale repose sur des visées hostiles et des convergences sécuritaires préoccupantes, ne peut s’attendre à ce que l’Algérie aborde avec naïveté ces signaux d’alerte, ou qu’elle ferme les yeux sur les réseaux ou relais activés pour porter atteinte à sa souveraineté », a-t-il déclaré.

Un dispositif sécuritaire fort
Les faits rapportés par la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) donnent à cette affaire une dimension particulière. Dans un communiqué publié dimanche 11 octobre, la DGSN a annoncé le démantèlement d’un réseau criminel international et l’arrestation de 61 ressortissants marocains, dont un ancien militaire de l’armée marocaine. Les premières investigations ont révélé, selon cette même source, que les mis en cause préparaient des actes de sabotage susceptibles de porter atteinte à la sécurité et à l’ordre publics.
L’opération a été menée au début du mois par les éléments de la Police judiciaire de la Sûreté de wilaya d’Oran. D’après les informations communiquées par la DGSN, les suspects auraient transité par l’aéroport international de Tunis avant de pénétrer clandestinement sur le territoire algérien en empruntant des sentiers montagneux escarpés et des chemins forestiers isolés dans la région d’El Kala, dans la wilaya d’El Tarf, à proximité de la frontière tunisienne. Ils se seraient ensuite déplacés par voie terrestre jusqu’à Oran, où ils comptaient mettre à exécution leurs projets.
L’intervention a également permis la saisie de passeports marocains et de sommes d’argent en dirhams marocains et en euros. Les mis en cause ont été présentés devant le procureur de la République près le pôle pénal spécialisé d’Oran.
Au-delà du nombre de personnes interpellées et de leur itinéraire présumé, Ahmed Mizab met l’accent sur la capacité des services de sécurité à identifier une menace avant qu’elle ne se concrétise. Dans le domaine sécuritaire, souligne-t-il, l’efficacité d’une opération ne se mesure pas uniquement aux arrestations effectuées, mais aussi à la possibilité de détecter les préparatifs, d’identifier les risques et de neutraliser les moyens susceptibles d’être mobilisés pour porter atteinte à l’ordre public.
« Dans la doctrine sécuritaire moderne, le succès se mesure à la capacité de détecter la menace à un stade précoce, d’en déterminer les ramifications potentielles et de neutraliser sa capacité de mise à exécution », explique-t-il.
Cette approche repose sur un travail qui dépasse largement le moment de l’intervention sur le terrain. Surveillance, recoupement des informations, analyse des déplacements, enquêtes et coordination entre les services constituent autant de composantes d’un dispositif dont la finalité est d’empêcher une menace de se transformer en action. C’est précisément cette dimension anticipative que l’expert considère comme l’un des enseignements majeurs de l’opération menée à Oran.

La souveraineté comme ligne de conduite
Ahmed Mizab inscrit cette affaire dans un contexte régional qu’il juge préoccupant, marqué, selon son analyse, par des manœuvres destinées à fragiliser la sécurité de l’Algérie. Il estime que les réseaux susceptibles de servir des objectifs de déstabilisation peuvent s’appuyer sur plusieurs intermédiaires, modifier leurs méthodes et contourner les mécanismes habituels de contrôle. D’où, selon lui, la nécessité de ne laisser aucune zone d’ombre dans le traitement des menaces visant le territoire national.
« Si le régime du Makhzen mise sur la multiplicité des moyens, le changement d’intermédiaires et le contournement des règles régissant les relations entre les Etats, l’approche algérienne repose, quant à elle, sur la vigilance stratégique, la souveraineté dans la prise de décision et la capacité à transformer les données sécuritaires en preuves et en riposte décisive », a-t-il affirmé.
Dans cette lecture, la fermeté de l’État ne se limite pas à dénoncer les menaces ou à afficher une posture de résistance. Elle doit se traduire par des faits établis, des enquêtes rigoureuses et l’application de la loi. La présentation des mis en cause devant la juridiction compétente constitue ainsi une étape essentielle : elle inscrit l’intervention sécuritaire dans un processus judiciaire destiné à déterminer les responsabilités et à établir les faits.
L’expert insiste également sur la portée politique de la cohésion nationale. Pour lui, la résistance aux tentatives de déstabilisation ne dépend pas uniquement des moyens policiers ou du renseignement. Elle repose aussi sur la solidité des institutions, la continuité de l’action publique et la capacité du pays à préserver son unité face aux pressions extérieures.
« Les Etats qui parient sur la déstabilisation de leurs voisins ne font que semer les germes de la tension dans leur propre environnement, tandis que la force de l’Algérie réside dans la solidité de ses institutions, la cohésion de son front intérieur et l’indépendance de sa décision nationale », a-t-il souligné.
Cette indépendance de décision constitue, dans le discours de Mizab, un élément central de la doctrine algérienne. Elle signifie que les choix liés à la sécurité et à la défense des intérêts nationaux ne sauraient être dictés par des pressions extérieures, mais doivent s’appuyer sur l’évaluation souveraine des risques et sur les moyens dont dispose l’État pour y répondre.

Une sécurité nationale non négociable
Pour Ahmed Mizab, l’opération d’Oran rappelle qu’une tentative d’infiltration ne peut être réduite à la seule présence d’individus en situation irrégulière sur le territoire. Lorsque les investigations font apparaître des préparatifs de sabotage, la question devient celle des objectifs poursuivis, des moyens mobilisés et des éventuelles ramifications du réseau.
L’enjeu est donc d’établir toute la chaîne des responsabilités, depuis les conditions d’entrée sur le territoire jusqu’aux actions projetées et aux éventuels soutiens dont les mis en cause auraient pu bénéficier. C’est à cette condition que l’intervention sécuritaire peut déboucher sur une compréhension complète de la menace et sur les mesures nécessaires pour prévenir sa réapparition.
« Le message stratégique de cette opération est clair : l’Algérie n’est pas un espace ouvert aux réseaux criminels ni aux tentatives d’infiltration et de sabotage, sa sécurité nationale n’est ni négociable ni un terrain d’expérimentation et quiconque envisage de porter atteinte à l’intégrité des citoyens, aux biens ou aux institutions de l’Etat doit savoir que de tels actes se heurteront aux dispositifs juridiques et sécuritaires de l’Etat et que parier sur l’infiltration du front intérieur aura un coût exorbitant en termes de traque, d’enquêtes et de poursuites judiciaires », a soutenu M. Mizab.
L’expert tient ainsi à distinguer la force de l’État d’une simple réaction après la commission d’un acte hostile. Une institution sécuritaire efficace est aussi celle qui agit sans attendre que les menaces produisent leurs effets, en s’appuyant sur le renseignement, la coordination et la maîtrise des procédures d’enquête. La protection des citoyens, des biens et des institutions exige précisément cette capacité à intervenir avec discernement, mais sans faiblesse face aux projets criminels.
Il estime, dans cette optique, que les services de sécurité méritent d’être salués autant pour l’intervention elle-même que pour le travail préalable qui a permis d’identifier les risques. « La force de l’Etat ne se manifeste pas uniquement dans une réaction retentissante après la commission d’une attaque, mais aussi dans sa capacité à détecter, calmement et méthodiquement, les risques et à les neutraliser, tout en préservant la continuité des institutions et la confiance de la société », a-t-il relevé.

Une vigilance appelée à se maintenir
La lutte contre les menaces transnationales exige une vigilance constante. Les méthodes d’infiltration évoluent, les réseaux peuvent s’appuyer sur des itinéraires indirects et les préparatifs d’une opération peuvent impliquer plusieurs acteurs répartis sur différents territoires. Face à ces risques, le travail des services de sécurité consiste autant à empêcher le passage à l’acte qu’à établir avec précision les faits et les responsabilités.
Dans le cas de l’affaire d’Oran, les investigations judiciaires devront permettre de préciser les circonstances de l’entrée des mis en cause sur le territoire algérien, la nature exacte des actes envisagés et les éventuelles ramifications du réseau. Ces éléments seront déterminants pour mesurer l’ampleur du projet déjoué et établir les responsabilités dans le respect des procédures judiciaires.
Pour Ahmed Mizab, une certitude demeure : la protection du territoire national relève d’une priorité qui ne souffre ni d’impréparation ni de complaisance. «L’Algérie n’est pas un terrain ouvert aux quatre vents, et sa sécurité nationale est hors de portée des calculs du régime du Makhzen ou des paris de ses alliés », a-t-il rappelé, en soulignant que l’État dispose, selon lui, de l’expérience et du niveau de préparation nécessaires pour détecter et neutraliser les menaces.
Au-delà du coup de filet réalisé à Oran, l’enjeu est donc de maintenir cette capacité d’anticipation et de faire de chaque menace déjouée un motif de renforcer davantage la vigilance. Pour l’Algérie, la défense de la souveraineté ne relève pas d’un slogan : elle exige des institutions mobilisées, une justice capable d’établir les responsabilités et un front intérieur suffisamment solide pour que toute tentative de déstabilisation se heurte à un État préparé à défendre ses citoyens et ses intérêts. G. Salah Eddine

ALGER 16 DZ

Next Post

Brahim Ghali. président de la RASD et SG du Front Polisario : «L’unité nationale, un pilier fondamental de la consolidation de l’entité nationale sahraouie»

mar Oct 13 , 2026
L’unité nationale a constitué un pilier fondamental dans la consolidation de l’entité nationale sahraouie, la préservation de son identité et le maintien de sa place parmi les peuples et les nations, a affirmé le président de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) et secrétaire général du Front Polisario, Brahim Ghali.Dans […]

You May Like

Alger 16

Le quotidien du grand public

Édité par: Sarl bma.com

Adresse: 26 rue Mohamed El Ayachi Belouizdad

Adresse du journal: 5-7 Rue Sacré-coeur Alger Centre

E-mail:alger16bma@gmail.com

Numéro de téléphone: 021 64 69 37