Témoignage, Halima Gharbi, moudjahida : sur les crimes de la France coloniale contre les Algériens

La moudjahida Halima Gharbi, originaire de la wilaya de Relizane, évoque le 65e anniversaire des massacres du 17 Octobre 1961 à Paris, se remémorant les événements d’une nuit sanglante au cours de laquelle des Algériens ont été sévèrement réprimés pour être descendus dans la rue pour manifester pacifiquement et réclamer la liberté, ainsi que le recouvrement de la souveraineté nationale.
Ils avaient alors été confrontés à une répression brutale des forces de police françaises, qui avait fait de nombreuses victimes et entraîné des arrestations massives. Cet événement constitue l’un des épisodes marquants qui témoignent des souffrances de la communauté algérienne en France et de sa contribution à la glorieuse Guerre de libération nationale.
Née en 1944 à Oued Rhiou, dans la wilaya de Relizane, la moudjahida Halima Gharbi, fille du chahid Gharbi Kaddour, raconte les détails de sa participation à cette manifestation alors qu’elle n’avait que 17 ans.
Elle confie à l’APS avoir pris part à cette manifestation aux côtés de son frère, le moudjahid Adda Gharbi, et de son époux, le moudjahid Karoui Bouabdellah. Le cortège était parti du quartier d’Aubervilliers, situé dans la banlieue nord de Paris, où résidait sa famille.
Avec une vive émotion, la moudjahida se souvient des premières heures précédant les massacres perpétrés par la police française. Elle indique que les membres de sa famille avaient rejoint d’immenses foules de manifestants venus de différents quartiers de la capitale française et de sa périphérie, alors que les mesures de sécurité étaient renforcées et que plusieurs voies d’accès étaient fermées, notamment au niveau du pont de Neuilly.
Evoquant la terrible journée et les circonstances de sa participation à ces manifestations aux côtés de milliers d’autres Algériens, l’octogénaire a insisté que le caractère pacifique des manifestations. « Les moudjahidine de la Fédération de France du Front de libération nationale (FLN) nous avaient demandé de garder notre calme et d’éviter tout affrontement avec les forces de police durant la marche. Ils avaient insisté sur la nécessité de manifester pacifiquement. Cependant, les événements ne se sont pas déroulés comme nous l’avions prévu ».
Elle a précisé que les manifestants avaient été « confrontés à une intervention répressive de la police française et avaient été frappés à coups de matraque et de crosse de fusil. Son époux avait été grièvement blessé, tandis que de nombreuses personnes avaient perdu la vie. Et un grand nombre de participants avaient été arrêtés ». La moudjahida s’est également remémorée certaines scènes qui restent profondément gravées dans sa mémoire, notamment « les blessés et des personnes arrêtées transportés dans les véhicules de police, ainsi que les manifestants jetés dans la Seine ».
« Ces images restent gravées. Je m’en souviens chaque fois que je repense aux événements de cette nuit ou que je vois la Seine ».
Elle a rappelé que la répression, les meurtres et les arrestations s’étaient poursuivis jusqu’aux environs de 21h30. Les manifestants algériens avaient ainsi vécu des conditions tragiques et extrêmement difficiles en raison des pratiques brutales des forces de police françaises. Et d’ajouter qu’un groupe de femmes était parvenu, vers minuit dans la nuit du 17 Octobre 1961, à rejoindre le siège de la mairie Sur-Seine, portant le drapeau national et scandant « Vive l’Algérie » et « Vive le Front de libération nationale », tout en réclamant l’indépendance. « Ces femmes avaient, elles aussi, été victimes de la répression et arrêtées ».
Selon elle, la répression ne s’était pas limitée aux Algériens. Elle avait également touché certains immigrés d’origine latine ou arabe, dont les traits physiques ressemblaient à ceux des Algériens. Certains d’entre eux avaient été tués de sang-froid.
A ce jour, la moudjahida ne s’explique pas l’ampleur de la répression vu le caractère pacifique des manifestations, réaffirmant, à de nombreuses reprises, que « la direction de la Fédération du FLN de France avait veillé à organiser les rassemblements de manière disciplinée et pacifique, en demandant aux participants de ne rien emporter avec eux. Même les hampes des drapeaux avaient été débarrassées de leurs bâtons, et les manifestants avaient reçu pour consigne de marcher en rangs serrés, sous la conduite des responsables chargés de l’encadrement ».
Elle a souligné que cette organisation pacifique avait été confrontée à la brutalité de la police française, qui avait exercé contre les manifestants une répression particulièrement violente dans le cadre d’une opération menée sous l’autorité du préfet de police de Paris, Maurice Papon, et du ministre français de l’Intérieur, Roger Frey, avec le soutien officiel du président français, Charles de Gaulle.
Le témoignage de la moudjahida Halima Gharbi, qui relate sa participation, ainsi que celle de membres de sa famille aux manifestations du 17 Octobre 1961, fait partie de la mémoire historique et témoigne des sacrifices consentis par les Algériens, en Algérie comme à l’étranger, pour recouvrer la souveraineté nationale. C’est ce qu’a souligné à l’APS le chercheur en histoire de la région, M. Mohamed Ghartil.
Ce dernier a indiqué que les manifestations du 17 Octobre 1961 à Paris demeurent présentes dans la mémoire nationale et continuent de faire l’objet de recherches et de travaux de documentation historique.
Elles constituent une étape marquante de la lutte pour l’indépendance, au cours de laquelle des hommes, des femmes et des enfants algériens avaient participé pour protester contre les mesures discriminatoires et racistes imposées par les autorités françaises.
Il a ajouté que ces manifestations avaient mis en évidence l’attachement des membres de la communauté algérienne à l’étranger à leur patrie, leur détermination à arracher l’indépendance et leur soutien à la glorieuse Guerre de libération nationale. APS

ALGER 16 DZ

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