
Le gouvernement américain affiche son ambition d’intensifier la présence de ses entreprises énergétiques en Afrique du Nord, avec l’Algérie parmi les marchés ciblés. Les signaux se multiplient autour d’un possible renforcement de la présence d’ExxonMobil en Algérie. Les Etats-Unis affichent très ouvertement leur souhait de faciliter l’accès de leurs entreprises au marché énergétique algérien.
Diplomatie économique, rapprochement entre Sonatrach et le géant américain, potentiel gazier du Sud-Ouest : les signaux se multiplient autour d’un possible renforcement de la présence d’ExxonMobil en Algérie. Les Etats-Unis affichent très ouvertement leur ambition de faciliter l’accès de leurs entreprises au marché énergétique algérien.
A cet égard, Washington entend favoriser l’ouverture de nouvelles perspectives commerciales à ses grandes entreprises, avec la major, ExxonMobil en première ligne. Une orientation réaffirmée par Massad Boulos, conseiller principal du président américain pour l’Afrique, les affaires arabes et le Moyen-Orient, à l’issue d’échanges avec des représentants du groupe pétrolier et gazier.
Au cœur de cette démarche : l’élargissement des opportunités d’investissement en Algérie et en Libye, deux marchés stratégiques en Afrique du Nord. Dans une publication sur le réseau social X, le responsable américain a qualifié les discussions de fructueuses et présenté ExxonMobil comme un « partenaire précieux dans les efforts du gouvernement américain pour ouvrir de nouvelles perspectives aux entreprises américaines opérant dans le secteur énergétique en Afrique du Nord ».
Massad Boulos a également souligné que ces initiatives visaient à «consolider les liens économiques et à favoriser la prospérité du peuple américain ».
Pour l’Algérie, cette démarche intervient alors que les discussions entre Sonatrach et ExxonMobil portent déjà sur la valorisation du potentiel gazier national. Elle pose aussi une question économique centrale : comment transformer l’intérêt affiché par l’une des plus grandes compagnies énergétiques mondiales en investissements effectifs, en transfert de savoir-faire et en retombées durables pour l’économie algérienne ?
La démarche de Massad Boulos s’inscrit dans une séquence plus large de rapprochement économique entre Alger et Washington. En septembre 2026, le conseiller américain s’est rendu en Algérie pour la troisième fois, après ses déplacements de juillet 2025 et de janvier 2026. Il y a rencontré le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, avant d’être reçu par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune.
Lors de cette visite, il avait mis en avant le rôle de l’Algérie dans la promotion de la sécurité régionale et son importance pour le développement des relations économiques avec les États-Unis. Il avait également rencontré le Premier ministre, Sifi Ghrieb, ainsi que le président-directeur général de Sonatrach, Nour Eddine Daoudi, pour évoquer notamment les perspectives de coopération énergétique.
La rencontre avec ExxonMobil prolonge cette démarche en reliant plus directement les ambitions diplomatiques américaines aux intérêts commerciaux de leurs entreprises. Pour Washington, l’enjeu consiste à ouvrir de nouveaux débouchés à ses groupes énergétiques. Pour Alger, l’intérêt est de transformer cette volonté de rapprochement en partenariats industriels et en investissements contribuant à la valorisation des ressources nationales.
Cette convergence ne signifie toutefois pas qu’un nouvel investissement d’ExxonMobil a déjà été décidé. À ce stade, les déclarations de Massad Boulos attestent surtout de la volonté américaine de favoriser les opportunités commerciales en Algérie et en Libye. La concrétisation de cette ambition dépendra des négociations entre les entreprises, des conditions d’exploitation et des décisions d’investissement.
Le gaz de l’Ahnet et du Gourara
Le rapprochement politique intervient surtout au moment où les deux groupes énergétiques entretiennent des contacts directs. Du 12 au 16 octobre, une délégation de Sonatrach conduite par son P-dg, Nour Eddine Daoudi, a effectué une visite de travail aux États-Unis, marquée par des rencontres avec les dirigeants de plusieurs grandes entreprises du secteur.
Le programme a débuté le 12 octobre par une réunion avec les responsables d’ExxonMobil. Les discussions ont porté sur les perspectives de coopération dans l’exploration, ainsi que sur les possibilités de développement et de valorisation des ressources en hydrocarbures. Sonatrach a présenté cette rencontre comme une étape dans le renforcement du partenariat existant entre les deux groupes.
Au cœur de cette relation figure le protocole d’accord signé en mai 2024, qui prévoit l’étude des possibilités de développement des ressources en hydrocarbures dans les bassins de l’Ahnet et du Gourara, dans le Sud-Ouest algérien. Les deux entreprises ont notamment placé l’innovation technologique, l’excellence opérationnelle et la prise en compte des exigences environnementales parmi les axes de leur coopération.
Ces bassins représentent un enjeu pour l’évaluation et la valorisation du potentiel gazier algérien. Leur développement nécessite toutefois des travaux d’exploration, une appréciation précise des ressources récupérables et une évaluation des coûts d’exploitation. Le potentiel géologique ne se traduit donc pas automatiquement par des volumes commercialisables : seules les études techniques et économiques permettront de déterminer les perspectives réelles de production.
Passer aux investissements
L’intérêt de Washington est réel et il peut offrir de nombreuses perspectives pour l’économie algérienne. Cependant, les déclarations politiques et les protocoles d’accord devront déboucher sur des programmes de travail précis, des décisions d’investissement et, à terme, des projets de développement.
Pour l’Algérie, les retombées attendues dépassent la seule augmentation des volumes d’hydrocarbures. La coopération doit également être appréciée à l’aune du transfert de technologies, du développement des compétences nationales, de la maîtrise des coûts et de la valeur créée localement. Ces éléments pèseront dans l’évaluation de l’intérêt économique des futurs projets.
Le dossier ExxonMobil illustre ainsi une double dynamique : Washington cherche à ouvrir davantage le marché nord-africain à ses entreprises, tandis que Sonatrach poursuit ses démarches auprès de partenaires internationaux pour développer ses activités dans l’amont pétrolier et gazier.
L’enjeu est désormais de donner un contenu industriel à ce rapprochement. L’intérêt américain est affiché, les échanges entre les deux groupes se poursuivent et les bassins de l’Ahnet et du Gourara figurent déjà dans leur agenda commun. Reste à franchir l’étape décisive : transformer ce cadre de coopération en projets concrets, capables de renforcer la valorisation des ressources algériennes et de générer des retombées durables pour l’économie nationale.
G. Salah Eddine
