
La police de Catalogne (nord-est de l’Espagne) a démantelé, mardi passé, un large réseau de trafic de drogue comprenant la cocaïne et le cannabis. Une partie considérable des substances illicites provenait du Maroc, ce qui souligne une fois encore le rôle du royaume en tant que carrefour d’approvisionnement en drogues pour l’Europe, particulièrement avec l’aide du Makhzen.
D’après le site d’information espagnol «Barlamane », l’opération connue sous le nom de « Triton » ciblait un groupe criminel agissant entre la Catalogne et plusieurs nations européennes.
Selon les forces de l’ordre, l’opération a conduit à une douzaine de perquisitions dans deux cités adjacentes à Barcelone, permettant ainsi l’arrestation des principaux acteurs du réseau.
Pour réaliser cette opération, 150 agents issus de diverses unités de sécurité ont été déployés, y compris la Division des enquêtes criminelles (DEC), la Salle centrale de coordination et plusieurs unités policières comme l’Aire régionale des ressources opérationnelles (ARRO) et la Première brigade mobile (Brimo). Des équipes cynophiles et un drone ont aussi été déployés. La Division des enquêtes criminelles a supervisé l’opération, ce qui témoigne de l’ampleur et de la dangerosité du réseau. Selon le communiqué, les investigations ont révélé que le réseau utilisait des infrastructures logistiques en Catalogne pour acheminer la drogue depuis le Maroc, la conserver et ensuite la répartir vers d’autres lieux en Europe.
Cette situation n’est pas inédite. Le 10 février passé, les autorités catalanes, en collaboration avec les forces de sécurité italiennes (la Guardia di Finanza), ont déjoué les activités d’un vaste réseau de trafic de cannabis récemment établi entre le Maroc et la Catalogne, où la drogue était destinée à être distribuée dans le nord de l’Europe. L’opération a conduit à l’arrestation de 17 personnes et au démantèlement de deux organisations : la première, basée en Catalogne, était responsable, selon les autorités, du « transport de haschisch depuis le Maroc et de la mise en place de centres logistiques pour son stockage ». La seconde réceptionnait la marchandise et coordonnait son transport vers le nord de l’Italie, où elle était ensuite distribuée.
Les observateurs estiment que la persistance de ces réseaux témoigne des défaillances économiques et sociales du régime du Makhzen, qui, en raison de la pauvreté et de la vulnérabilité des jeunes, a créé un terreau fertile pour le recrutement et l’exploitation de ces derniers au sein des réseaux de trafic.
Ce qui ressort aujourd’hui de ces opérations de sécurité successives nous oblige à nous interroger sur le rôle joué par le « Makhzen » dans ce contexte. Si le discours officiel marocain s’attache à présenter le Royaume comme un gardien des frontières méridionales de l’Europe, la réalité sur le terrain révèle une tout autre vérité : le Maroc apparaît comme une plaque tournante majeure, court-circuitant les pays voisins et s’ouvrant au monde entier, qu’ils approvisionnent en « haschisch et en cocaïne ».
Cette contradiction flagrante laisse penser que le passage de quantités aussi considérables par le détroit de «Djebel Tarek » vers des entrepôts à Barcelone et dans ses environs ne saurait se faire sans une faille ou une collusion au sein du système réglementaire marocain, voire une complicité institutionnelle exploitant l’économie souterraine pour atténuer les tensions socio-économiques internes.
À cet égard, les observateurs internationaux estiment que la poursuite des activités de ces réseaux avec une telle facilité est une conséquence directe de l’échec consternant des politiques de développement du régime marocain. Au lieu de créer de véritables opportunités d’emploi pour les jeunes, de s’attaquer à leurs problèmes, ou même simplement de reconnaître leur situation et d’en discuter, les autorités ont adopté une approche contraire, laissant de vastes régions du Nord et du Sud souffrir du poids de la marginalisation. Cette situation a transformé la jeunesse marocaine en un « réservoir humain » facilement enrôlable par les barons de la drogue.
La pauvreté qui ravage ces groupes a fait de la contrebande leur seul moyen de survie et d’une vie digne dans un pays qui les a pillés et privés de leurs droits. Il semble que le « Makhzen » (le pouvoir marocain) exploite cette situation comme une soupape de sécurité pour éviter des explosions sociales imminentes, transformant la crise économique interne en un moyen de pression sécuritaire sur l’Europe.
Abir Menasria
