
L’archevêque d’Alger, le cardinal Jean-Paul Vesco, avait souligné que la visite historique du pape Léon XIV en Algérie s’inscrit dans une perspective plus large, consacrant le pays comme point de départ d’un message mondial de paix et comme une plateforme d’appel à un monde troublé, en quête d’un langage alternatif à la violence et aux conflits.
Tous les regards se tournent aujourd’hui vers l’Algérie, à l’occasion de cette visite historique, prévue du 13 au 15 avril, qui dépasse le cadre protocolaire pour s’imposer comme un événement majeur, où le symbolisme religieux s’entrelace avec des messages politiques et humanitaires dans un contexte international marqué par l’escalade des conflits et l’accentuation des divisions.
Dans ce contexte, le cardinal Vesco, dans une déclaration à l’Agence de presse service, a rappelé qu’il s’agit de la première visite de ce type en Algérie depuis l’indépendance. La venue de la plus haute autorité spirituelle du monde chrétien dans un pays musulman de la taille de l’Algérie dépasse de loin les cérémonies d’accueil et la simple dimension ecclésiastique. Elle ouvre un espace de réflexion sur le dialogue interreligieux et met en lumière l’Algérie comme terre au riche patrimoine historique et culturel, capable de porter des messages d’envergure mondiale.
Dans cette perspective, l’archevêque a insisté sur le fait que le séjour du pape Léon XIV en Algérie serait « plein de sens », non seulement en raison de sa stature spirituelle, mais parce qu’il concrétise l’idée d’un pont entre les mondes chrétien et islamique. « C’est un responsable spirituel chrétien de premier plan qui visite un pays musulman », a-t-il martelé.
Selon lui, l’Algérie réunit des symboles historiques, religieux et culturels au sein d’un même territoire, fondé sur la reconnaissance mutuelle et la possibilité de rencontre. Le cardinal a insisté : « C’est un très bon signe qui redonne une profondeur à la grande histoire de l’Algérie, terre de saint Augustin », faisant écho à la place unique de l’Algérie dans l’espace méditerranéen et africain, fruit d’une longue expérience d’interactions religieuses et culturelles.
L’archevêque a rappelé que le pape connaissait déjà l’Algérie, l’ayant visitée à deux reprises avant son accession au trône pontifical. Cette visite vise à « poursuivre la construction des ponts entre les deux cultures et les deux religions », reflétant « la place stratégique de l’Algérie au carrefour de la Méditerranée et de l’Afrique ».
Vesco a souligné « l’engagement commun » entre l’Algérie et le Vatican pour soutenir les peuples opprimés et promouvoir la coexistence, conférant à la visite une dimension politique et morale qui dépasse le simple symbolisme religieux. Le choix du slogan, « As-salamu alaykum » (Que la paix soit sur vous), synthétise ce message de paix à l’échelle nationale et internationale.
Selon le cardinal, le pape Léon XIV arrive en Algérie en « homme de paix », porteur d’un message dont le monde a un « infini besoin ». « Je serais heureux que ce message soit entendu depuis l’Algérie », a-t-il déclaré, faisant du pays un point de départ pour un appel mondial à la paix, invitant les croyants de différentes confessions à s’unir autour du respect de « l’humanité sacrée ».
Cette visite dépasse le cadre purement ecclésiastique ou religieux : elle ouvre la voie à une solidarité transcendant les affiliations doctrinales, fondée sur la protection de la vie humaine et la préservation de sa dignité dans un monde marqué par la barbarie.
Vesco a également évoqué l’héritage de feu monseigneur Henri Teissier, rappelant que l’Algérie demeure un modèle de coexistence, où les différences religieuses deviennent une richesse plutôt qu’une source de conflit. « Quand on est sûr de son identité, on n’est pas dans les discours de haine », a-t-il affirmé, appelant à « un engagement commun contre le fondamentalisme pour construire un monde fondé sur le respect des traditions de chacun ».
Enfin, le cardinal a abordé la question de la mémoire historique, rappelant la « violence » et les « crimes coloniaux », dont les 130 ans de colonialisme français et les essais nucléaires qui ont laissé des cicatrices profondes. « Il y a une blessure parce qu’il y a eu humiliation, et elle ne se guérit pas si facilement. » Il a expliqué avoir interpellé le pape et les autorités compétentes afin que cette responsabilité historique soit reconnue, créant les conditions d’un véritable changement de paradigme fondé sur la vérité et la reconnaissance. « Je le demande au pape, comme je l’ai demandé à toutes les autorités capables de le faire. »
En conclusion, Mrg Vesco a évoqué son attachement personnel à l’Algérie, sa « patrie d’adoption » et la générosité du peuple algérien : « Ici, tu seras toujours en dette d’amitié. Tu ne pourras jamais rendre l’amitié qu’on te donne. Depuis plus de 20 ans, je confirme l’exactitude de cette parole » car l’affection et l’accueil que lui témoigne ce peuple dépassent de loin toute capacité de réciprocité.
En ce sens, la visite du pape Léon XIV en Algérie n’était plus seulement un événement religieux ou diplomatique, mais bien l’occasion de mettre en lumière un pays qui cherche à s’adresser au monde dans une perspective de coexistence, à raviver la mémoire à partir de la vérité et à transmettre un message de paix depuis une terre qui a historiquement payé un lourd tribut à la violence et au colonialisme, mais qui continue de privilégier la force des mots d’unité à celle des mots de violence.
Abir Menasria
