
Dans un reportage spécial diffusé samedi dernier par la chaîne algérienne internationale AL24 News, la dimension historique de la visite du pape Léon XIV en Algérie a été mise en lumière. Cet événement,
qui suscite un intérêt médiatique croissant aux niveaux régional et international, est présenté comme la première visite d’un pape du Vatican en Algérie, reflétant son importance dans les contextes religieux et géopolitique.
La visite du pape Léon XIV en Algérie suscite un intérêt médiatique croissant aux niveaux régional et international. Présentée comme un événement historique, puisqu’il s’agit de la première visite papale en Algérie, elle revêt une importance à la fois religieuse et géopolitique. Les médias lui accordent une attention particulière, compte tenu de l’approche algérienne fondée sur le dialogue et la médiation, qui renforce la position des deux parties en tant qu’acteurs de la promotion de la paix mondiale. Selon les médias internationaux, cette visite dépasse également la dimension religieuse et devient une tribune internationale pour souligner l’importance du soft power dans la gestion des relations entre les peuples et les nations.
À cet égard, le professeur Abdessalam Fila a mis en lumière que la visite du pape revêt de multiples dimensions et bénéficie d’une attention internationale, ce qui est compréhensible et traditionnel, d’autant plus qu’il s’agit d’une première pour l’Algérie. Elle est donc unique, d’abord du point de vue des relations entre l’Algérie et le Vatican. Il s’agit là d’une perspective diplomatique, c’est-à-dire de la dimension des relations entre États. Mais il existe aussi une seconde dimension liée à la personnalité du nouveau pape, Léon XIV, qui, dès son intronisation à cette plus haute fonction religieuse du monde chrétien, a lié son parcours, son expérience, son œuvre et son projet à saint Augustin, enfant de cette terre. Cela le rattache à ce que l’on peut qualifier de « relation embryonnaire entre l’Algérie et le Vatican ». C’est pourquoi, en Algérie, nous interprétons cette visite sous cet angle, en faisant abstraction des relations politiques extérieures entre les deux pays. Ce qui prime, c’est « le lien direct que le nouveau pape a établi avec saint Augustin, fils de Souk-Ahras et plus tard d’Annaba ». Le pape a spirituellement lié « son œuvre, ses projets et toutes les activités du Vatican à cette région géographique ».
« Nous accordons une grande importance à cette visite, d’abord en raison de l’importance de l’invité et ensuite en raison des avantages potentiels en matière de diplomatie culturelle, ou soft power, pour l’Algérie, compte tenu de son influence dans ce domaine. Nous savons tous combien ce facteur est crucial dans les relations internationales, alors pourquoi l’Algérie ne l’exploiterait-elle pas ?, a-t-il indiqué.
Il a expliqué que l’Algérie s’est déjà engagée auprès d’autres pays à différents niveaux, citant en exemple « l’ordre soufi Tijaniyya, et plus particulièrement la figure de l’imam al-Maghili, ainsi que la relation avec le Sultanat d’Oman sous un aspect particulier ». Ce sont donc des ponts de coopération, des ponts d’affection et des ponts de confiance qui relient ces pays importants.
De plus, l’orateur a souligné que nous assistons aujourd’hui à une situation qui dépasse le cadre des visites classiques de chefs d’État, de juges ou de rois. Aujourd’hui, nous avons affaire à une personne représentant une religion entière, d’autant plus que l’Église catholique compte plus de 1,4 milliard de fidèles dans le monde. Par conséquent, l’Algérie doit accorder une attention particulière à cette visite et lui fournir une couverture et une analyse approfondies. Une décision mûrement réfléchie.
Une visite humaine et symbolique
De l’autre côté du débat analytique sur l’engouement médiatique suscité par la visite du pape en Algérie, le professeur Rabah Laroussi a également souligné que cet événement dépasse le cadre traditionnel des visites officielles. Il a expliqué que nous assistons à un phénomène exceptionnel : « Il ne s’agit pas d’une simple visite de chef d’État… La présence médiatique s’étend bien au-delà du Vatican pour embrasser le monde entier, car le pape représente le christianisme à l’échelle planétaire.» M. Laroussi a ajouté que cet intérêt mondial explique « l’importante couverture médiatique de l’événement, qui aura lieu lundi », précisant que la visite repose sur trois piliers majeurs : « Une dimension politique, un caractère religieux et une dimension humanitaire, qui est au cœur du sujet.» Concernant les dimensions politique et sécuritaire, le professeur a souligné que le choix de l’Algérie à ce moment précis reflète son nouveau statut international, considérant que «l’Algérie d’aujourd’hui, après son retour en force sur la scène régionale et internationale, n’est plus seulement un point sur une carte, mais est devenue un acteur régional majeur, présent et actif.» Il a attribué cette importance à la stabilité dont jouit le pays, soulignant que « l’Algérie bénéficie d’une situation sécuritaire très confortable grâce à des institutions fortes, capables de protéger la nation, au premier rang desquelles l’Armée nationale populaire, qui remplit parfaitement son rôle de chef de file ». M. Laroussi a également évoqué la profonde dimension religieuse et humanitaire de la visite, mettant en lumière la portée symbolique des sites inscrits au programme. Il a noté que « le pape se rendra à Annaba, où se trouve l’église considérée comme le lieu de naissance de saint Augustin, et le pape se considère lui-même comme un fils de ce saint ». Il a expliqué que «la dimension humanitaire englobe une culture de la coexistence et de la paix, et plus encore, une culture de l’acceptation et du dialogue entre les civilisations ». Il a également rappelé les prises de position humanitaires du pape, soulignant que « pendant la guerre dans la bande de Ghaza, il a été parmi les premiers à appeler à un cessez-le-feu… Tous ses discours insistent sur la nécessité de la coexistence dans ce monde ; nous n’avons d’autre espace ni d’autre géographie que cette planète ».
Une Dimension Historique
M. Laroussi a également pris la parole, évoquant les racines historiques de la tolérance en Algérie, déclarant : « Même avant la guerre d’indépendance, et si l’on considère le message de l’émir Abdelkader et sa protection des chrétiens, tout cela témoigne du caractère d’une grande diversité en Algérie.» Il a cité en exemple la présence de « nombreux non-musulmans et non-Algériens qui ont insisté pour rester en Algérie après l’indépendance et qui étaient des amis de la guerre d’indépendance… et qui vivent aujourd’hui parmi le peuple algérien». Fort de cet héritage, M. Laroussi estime que « l’Algérie peut être un pilier essentiel de la diffusion d’un message de paix, notamment sur des questions internationales complexes telles que la question palestinienne… un message fort pour la cessation des opérations militaires et la reprise du dialogue et des négociations ».
« L’Algérie n’a jamais été dans l’histoire comme un pays ayant expulsé des populations, usé de violence ou traité avec haine les personnes d’autres confessions », a ajouté l’orateur.
Il a également affirmé la profonde dimension humaine de l’événement, déclarant : « Le pape a choisi l’Algérie comme un point central… car c’est un pays de stabilité et de sécurité, ce qui envoie un message clair : la coexistence est la clé de la pérennité de la vie sur cette planète. »
Pour sa part, le professeur Abdel Salam Filali a exploré les racines culturelles de l’Algérie, la décrivant comme « une terre de civilisations où se sont côtoyées diverses influences, des phéniciennes et puniques aux islamiques ». Il a expliqué que cette terre n’était pas seulement un lieu d’assimilation, mais un foyer de pensée universelle, affirmant que «saint Augustin est au sommet de l’influence et de l’assimilation, il est l’un des quatre grands pères de l’Église et le plus grand penseur du Moyen-Âge ».
Les deux analystes ont conclu en soulignant que cette visite établit un lien entre un passé glorieux et un présent dynamique. Laroussi a fait remarquer que « l’Algérie d’aujourd’hui n’est plus seulement un point sur une carte, mais est devenue un pôle régional important et présent», tandis que Filali a insisté sur le fait qu’évoquer des figures comme saint Augustin prouve que l’Algérie «n’était pas seulement un creuset de cultures, mais participait activement au contexte civilisationnel mondial ».
Abir Menasria
