
Le président de l’organisation patronale française Medef, Patrick Martin, a effectué une visite de quatre jours en Algérie à partir du jeudi 23 avril, à l’invitation du président du Conseil du renouveau économique algérien (CREA), M. Kamel Moula.
Cette visite intervient alors que l’Algérie et la France ne sont pas au beau fixe. Dans ce climat encore sensible, les échanges économiques apparaissent comme un canal privilégié de rapprochement, d’autant que certains secteurs, à l’image de l’agroalimentaire et notamment la pomme de terre algérienne, suscitent un intérêt croissant côté français. Fait notable, Patrick Martin a choisi de se déplacer personnellement, rompant avec l’usage habituel qui veut que les missions internationales soient conduites par le président de Medef International. À Alger, il a rencontré de manière discrète son homologue du CREA, ainsi que plusieurs dirigeants d’entreprise. Ce n’est que lundi dernier que l’organisation patronale algérienne, à l’origine de l’invitation, a officiellement communiqué sur cette visite. Dans une publication sur ses réseaux sociaux, Kamel Moula a replacé ces échanges dans un contexte global marqué par « des tensions géopolitiques et des défis énergétiques et climatiques », estimant que cela impose de renforcer les approches fondées sur « le rétablissement de la confiance, le partage des intérêts et l’intégration».
Selon M. Moula, ce déplacement s’inscrit dans une démarche visant à « identifier des opportunités pour parvenir à une convergence et établir des perspectives communes ». Il plaide pour une intensification du partenariat économique entre les deux pays dans un contexte où les relations bilatérales cherchent à retrouver un nouvel équilibre.
Il a également affirmé que les deux organisations patronales sont « pleinement convaincues » de la nécessité de développer des « partenariats de proximité et d’intensifier et structurer le dialogue économique entre les institutions économiques», ajoutant que les relations économiques entre l’Algérie et la France « méritent d’être mieux adaptées aux défis du XXIe siècle ». Le président du CREA a par ailleurs souligné la présence importante des entreprises françaises en Algérie, avec plusieurs centaines de sociétés actives en coopération avec leurs partenaires locaux. Un ancrage qu’il considère comme un atout stratégique à consolider, notamment à travers de nouveaux investissements créateurs de valeur et d’emplois des deux côtés de la Méditerranée.
Dans cette dynamique, les deux parties ont convenu d’élaborer rapidement un programme de travail commun associant les entreprises des deux pays, appelées à jouer un rôle central dans cette relance en tant que moteurs d’innovation, de développement et de pragmatisme économique.
Kamel Moula a également mis en avant les complémentarités entre les deux économies : d’un côté, une Algérie riche en ressources naturelles et dotée d’un capital humain jeune et qualifié, de l’autre, une France disposant d’une expertise technologique reconnue. Une convergence qui, selon lui, peut renforcer durablement la coopération bilatérale.
Enfin, la position géographique des deux pays, au carrefour de la Méditerranée et à la jonction de l’Europe et de l’Afrique, constitue un levier supplémentaire pour construire un partenariat économique plus solide, tourné vers l’avenir.
Dans un contexte où les relations politiques restent sensibles et cycliques, cette visite rappelle surtout une chose : le dialogue économique suit souvent sa propre logique, plus pragmatique et moins exposée aux tensions diplomatiques. Entre complémentarités structurelles et intérêts croisés, le partenariat Algérie–France se redessine ainsi non pas dans les déclarations officielles, mais dans la capacité des entreprises à maintenir des passerelles concrètes, même lorsque le politique avance en zigzag.
Amira Benhizia
