De l’Angleterre, à l’Afrique puis l’Asie : Le Palmarès XXL De Riyad Mahrez

Samedi dernier, dans une finale tendue de la Ligue des champions asiatique, Al-Ahli s’est imposé face à Machida Zelvia sur la plus petite des marges. Un but, un seul, suffisant pour écrire une nouvelle page d’histoire. Et dans cette page, comme souvent quand le scénario devient sérieux, le ballon passe par les pieds de Riyad Mahrez. Une passe décisive, propre, chirurgicale, presque évidente pour lui, mais décisive pour tout le reste du monde.

Mahrez venait de s’offrir un dix-septième trophée dans une vitrine déjà trop étroite pour son génie. Ce n’était pas seulement un titre de plus ; c’était la signature d’un homme qui, d’un continent à l’autre, prouve toujours sa valeur.
Cette insolente réussite pour notre légende algérienne prend racine bien loin des pelouses tondues au millimètre de Jeddah ou de Manchester. Tout commence sur le bitume de Sarcelles dans cet anonymat où l’on apprend que le talent ne suffit pas s’il n’est pas porté par une confiance inébranlable. Avec Le Havre. Rien de spectaculaire en surface pour Riyad, mais déjà quelque chose de visible pour ceux qui savent regarder : sa manière de jouer comme si le temps ralentissait autour de lui. À ce moment-là, personne ne parle encore de légende.
À l’époque, Mahrez était ce gamin trop frêle, ce gaucher dont on louait la technique mais dont on craignait la fragilité. Pourtant, sous ses pieds, le ballon semblait déjà obéir à des lois physiques différentes.
Puis arrive l’Angleterre pour une modique somme de 300 000 livres sterling et avec elle, le moment où les histoires deviennent improbables. Leicester City. Une équipe censée survivre en Championship réussit à la remporter et à monter en Premier League, le plus grand des championnats de football. C’est le premier trophée, mineur soit-il, de Mahrez. Cette ascension lui vaut une convocation en équipe nationale pour la Coupe du monde 2014 où il ne jouera que 45 minutes contre la Belgique.
Mais bon, bref, revenons en Angleterre. En Premier League, lors de la première saison, Mahrez était encore remplaçant, on ne lui faisait pas assez confiance. Il ne dispute que des matchs en fin de saison. Ces matchs ont été cruciaux car oui, Leicester a réussi l’improbable : le club s’est maintenu en remportant ses cinq derniers matchs, alors qu’il semblait condamné. Des matchs où Mahrez avait joué un rôle important. C’était surtout la seconde saison de Premier League qui va ouvrir le compteur des trophées d’une carrière qui en sera chargée. Mahrez devient titulaire indiscutable, le meneur même de Leicester dans ce qui va être appelé par tout le monde un miracle. Leicester sous la conduite de Claudio Ranieri réussira à décrocher la Premier League devant les géants que sont Arsenal, Manchester City ou encore Manchester United. Et au cœur de cette anomalie historique, Mahrez devient l’un des visages du miracle. Dribbles courts, décisions rapides, gestes justes dans les moments où tout le monde hésite. Ce n’est plus une promesse, c’est une confirmation brutale : ce joueur-là ne subit pas l’histoire, il l’influence. Il sera décerné meilleur joueur de Premier League cette saison-là. Le premier véritable trophée de sa carrière est une Premier League, rien que ça.
Il participera à la Ligue des champions la saison suivante avec Leicester où il y restera deux saisons même. Ensuite, c’est la course pour le signer entre les cadors anglais mais c’est Manchester City qui tient l’accord et qui en fait le plus cher joueur arabe de l’histoire. À City, c’est le sommet du football organisé, calibré, presque scientifique. Beaucoup s’y perdent. Lui s’y adapte. Il devient un joueur de précision, un joueur de scénarios millimétrés, capable de briller dans les matchs où chaque détail est une frontière entre victoire et frustration. Pendant ces saisons, les titres s’enchaînent : quatre championnats et deux finales de Ligue des champions de l’UEFA, avec une victoire à la fin en 2023 contre l’Inter Milan. Une victoire qui s’ajoute à une FA Cup et à un championnat au cours de la même année où City a roulé sur l’Europe. Il décrochera d’ailleurs deux FA Cup dans sa carrière, trois Coupes de la Ligue anglaise et même une Community Shield, l’équivalent de la Supercoupe en Angleterre. Mahrez s’installe définitivement dans une catégorie à part, celle des joueurs qui gagnent partout, dans tous les contextes.
Mais son histoire ne se résume jamais à l’Europe. Au milieu de sa carrière à City, il remporte le titre qu’il a qualifié de “plus cher à ses yeux” et qu’il ne changerait pour rien au monde. Il devient un des artisans de la victoire de l’Algérie en CAN 2019. En Égypte, le capitaine ne se contente pas de jouer, il porte, il assume, il décide. Le coup franc contre le Nigeria reste un moment gravé dans la mémoire collective. Ce soir-là, Mahrez n’est plus seulement un joueur de club, il devient un fragment de fierté nationale.
Qu’ajouter de plus à cette histoire ? Pourquoi ne pas suivre la tendance des plus grands joueurs qui ont choisi de se diriger vers le nouveau pôle footballistique émergent, celui de l’Arabie saoudite ? Il reçoit une offre qui ferait de lui le 5e joueur le mieux payé au monde après Ronaldo, Messi, Brozovic et Karim Benzema. C’est Al Ahli, un des cinq clubs du fonds souverain d’Arabie saoudite, qui veut en faire sa première star.
Pour Riyad, c’est une nouvelle étape, souvent jugée à tort comme une fin de parcours : l’Arabie saoudite. Al-Ahli. Un championnat différent, une dynamique différente, mais un même joueur. Parce que les grands ne disparaissent pas, ils déplacent simplement leur terrain de jeu. Et encore une fois, il gagne. Encore une fois, il décide. Encore une fois, il apparaît là où il faut, quand il faut.
Certains estimeront même que parmi les joueurs transférés en Arabie saoudite, c’est celui qui aura la plus grande réussite, même plus que Ronaldo ou Benzema.
La finale de samedi dernier s’inscrit dans cette logique presque déroutante. Un match verrouillé, fermé, où chaque espace doit être arraché. Et dans ce type de rencontre, les joueurs ordinaires disparaissent. Les autres, ceux qui ont une lecture différente du jeu, laissent une trace. La passe décisive de Mahrez n’est pas un exploit isolé. C’est une signature.
Avec ce 17e trophée, son parcours prend une dimension presque historique. Non pas parce qu’il s’agit d’un chiffre impressionnant, mais parce qu’il traverse les contextes sans jamais se diluer. Angleterre, Afrique, Europe, Asie. Quatre univers footballistiques différents, quatre exigences différentes et une constante : l’impact.
Ce qui frappe dans son histoire, ce n’est pas seulement ce qu’il a gagné, mais la manière dont il l’a gagné. Sans bruit inutile, sans rupture artificielle, en laissant le ballon parler à sa place. Dans un football moderne souvent saturé de vitesse et de puissance, Mahrez reste un joueur de temps, de justesse et d’intelligence.
Qu’il joue sous la pluie fine du nord de l’Angleterre, sous la chaleur étouffante d’Égypte ou dans l’effervescence des nouveaux stades saoudiens, Riyad Mahrez reste le même : un esthète souverain. Ce 17e titre n’est qu’une balise de plus sur un chemin de gloire qui traverse les cultures et les fuseaux horaires. Il ne court pas après les records, ce sont les records qui tentent de le rattraper. En regardant Mahrez aujourd’hui, on ne voit pas un joueur en fin de carrière, on voit un maître qui continue de donner des leçons de football, nous rappelant à chaque contrôle de balle que la vraie classe est éternelle et que les légendes ne s’éteignent jamais, elles changent simplement d’horizon.
G. Salah Eddine

ALGER 16 DZ

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