
L’Algérie commémore, demain, le 81ᵉ anniversaire des massacres du 8 Mai 1945, considérés parmi les plus tragiques de l’histoire contemporaine. Cet événement constitue une étape charnière de l’histoire nationale, au cours de laquelle des dizaines de milliers de martyrs ont perdu la vie, en plus de milliers d’arrestations, notamment à Guelma, Sétif et Kherrata.
L’Algérie, souvent qualifiée de « perle de l’Afrique », a toujours suscité de nombreuses convoitises en raison de sa position géographique stratégique et de ses richesses naturelles exceptionnelles, qu’il s’agisse de l’or, du pétrole, du phosphate, des minerais, ou encore de la diversité de ses paysages entre mer, montagnes et désert. Cette richesse en a fait une terre particulièrement convoitée.
En 1830, l’Algérie est tombée sous occupation coloniale française, une domination qui a duré jusqu’au 5 Juillet 1962. Durant cette période, le peuple algérien a subi de lourdes épreuves marquées par la répression, les massacres, la torture, la marginalisation et la discrimination raciale, ainsi que de nombreuses formes d’injustice.
Ce qui s’est produit le 8 Mai 1945 constitue une preuve éclatante de la brutalité de la France coloniale. Avec le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, en 1939, et l’invasion de plusieurs pays, dont la France, par l’Allemagne, cette dernière a compris qu’elle ne pouvait faire face à la « menace nazie » qu’avec une armée nombreuse et un armement puissant. Elle s’est alors tournée vers le peuple algérien et a exploité ses ressources humaines pour cette guerre, promettant qu’en échange de leur participation aux côtés de la France durant la Seconde Guerre mondiale, l’Algérie obtiendrait son indépendance. Ainsi, des milliers d’Algériens ont été mobilisés. Après la victoire de la France sur le nazisme, les Algériens sont sortis le 8 Mai 1945 pour célébrer cette victoire, convaincus que l’heure de la liberté et de l’indépendance approchait. Cependant, la réponse française fut choquante : ces célébrations se sont transformées en massacres sanglants, révélant la véritable nature du colonialisme.
La promesse non tenue n’est pas nouvelle pour la France, car elle a toujours manqué à ses engagements. En 1945, les manifestants ont brandi pour la première fois depuis 1830 le drapeau algérien, exprimant leur joie et leur espoir de voir la promesse d’émancipation se réaliser. Mais la France a brisé cet espoir et réprimé les manifestations avec une extrême violence.
Les manifestations pacifiques ont été violemment dispersées par l’armée française et les milices composées de civils européens. La première victime fut un jeune homme nommé Saâl Boussid à Sétif, considéré comme le premier à avoir brandi le drapeau algérien et le premier martyr de ces manifestations.
Ces événements ont fait de nombreuses victimes, notamment dans les régions de Kherrata, Guelma et Sétif. La répression ne s’est pas limitée à la dispersion des foules : elle a également inclus des bombardements de villages et de villes par l’aviation, l’artillerie et les navires de guerre pendant plusieurs semaines.
Les victimes ont été enterrées dans des fosses communes et de nombreux corps n’ont même pas été retrouvés, faisant des milliers de disparus.
Ces massacres ont constitué la naissance de la Révolution de libération algérienne, car c’est à partir de cette date que les préparatifs de la Révolution de 1954 ont véritablement commencé.
Aujourd’hui, le peuple algérien commémore le 81ᵉ anniversaire de ces massacres, une journée au cours de laquelle il se remémore les souffrances endurées par ses ancêtres : tortures, injustices, répression, spoliation des biens, assassinats d’enfants, de femmes, de veuves et de vieillards, ainsi que toutes les formes d’atrocités subies en Algérie.
Cet événement demeure ainsi une blessure profonde dans les relations algéro-françaises, d’autant plus qu’il n’a toujours pas fait l’objet d’une reconnaissance officielle de la part de la France, incapable — ou peu disposée — à reconnaître pleinement ces crimes devant la communauté internationale.
Ces massacres restent donc une preuve flagrante de la brutalité du colonialisme et de la contradiction entre ses discours et ses pratiques : alors qu’il prétend défendre la liberté, l’égalité et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, il a en réalité réprimé, opprimé et massacré les peuples qui réclamaient leur indépendance.
À cette occasion, gloire et éternité à nos martyrs, les justes, qui ont sacrifié le plus précieux pour une Algérie libre et indépendante. Ils sont morts pour que nous puissions vivre dans la dignité, dans un pays sûr, libre et souverain.
Amira Benhizia
