
L’ONG Médecins Sans Frontières (MSF) a lancé, jeudi dernier, une nouvelle alerte sur les conséquences sanitaires dramatiques de la famine dans la bande de Ghaza, dénonçant l’impact direct du blocus et des restrictions humanitaires sur les femmes enceintes et les nourrissons.
Dans une analyse portant sur plusieurs structures médicales soutenues par l’organisation entre fin 2024 et début 2026, MSF fait état d’une hausse inquiétante des naissances prématurées, des fausses couches et de la mortalité néonatale chez les mères souffrant de malnutrition.
« L’insécurité, les déplacements de population, les restrictions sur l’aide humanitaire et l’accès limité à la nourriture et aux soins médicaux ont eu des conséquences dévastatrices sur la santé maternelle et néonatale », affirme l’organisation dans un communiqué.
Les données recueillies auprès de plus de 200 mères et nouveau-nés pris en charge dans les unités de soins intensifs néonatals de Khan Younes et de la ville de Ghaza City montrent que plus de la moitié des femmes ont souffert de malnutrition durant leur grossesse, tandis qu’un quart demeuraient en état de malnutrition au moment de l’accouchement.
Selon l’ONG, « 90% des bébés nés de mères souffrant de malnutrition étaient prématurés et 84% présentaient un faible poids à la naissance ». Plus alarmant encore, « la mortalité néonatale était deux fois plus élevée chez les nourrissons nés de mères souffrant de malnutrition ».
MSF souligne également que des centaines d’enfants de moins de six mois présentent aujourd’hui des risques graves de retard de croissance et de développement dans un contexte où les infrastructures médicales demeurent fortement fragilisées après deux années d’agression et de destructions.
L’organisation appelle ainsi les autorités d’occupation à « autoriser immédiatement l’entrée sans entrave de l’aide à Ghaza », estimant que la situation humanitaire reste « extrêmement fragile » malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis octobre dernier.
Dans son rapport, MSF critique également la gestion de l’aide humanitaire durant la crise, notamment à travers la “Gaza Humanitarian Foundation (GHF)”, structure créée pour remplacer partiellement les mécanismes humanitaires traditionnels. L’ONG rappelle qu’avec son déploiement en 2025, le nombre de points de distribution alimentaire est passé d’environ 400 à seulement quatre centres, qualifiés par l’organisation de points de distribution « militarisés et mortels ».
Derrière les chiffres et les rapports médicaux, c’est toute une génération d’enfants qui risque aujourd’hui de subir durablement les conséquences d’une crise humanitaire devenue l’une des plus graves du monde contemporain. Humanité moderne : capable d’envoyer des satellites partout, mais toujours incapable de garantir du lait et des soins à des nourrissons. Fascinant désastre collectif.
G. Salah Eddine
