12e édition de L’AFIC : Alger au cœur de l’offensive commerciale continentale

La capitale algérienne rouvre une nouvelle fois ses espaces économiques à l’Afrique et au reste du monde à l’occasion de la 12e édition du Forum africain de l’investissement et du commerce (AFIC). Porté par l’élan des éditions précédentes, l’événement s’est installé cette année sous une bannière plus affirmée : «Ensemble, ouvrons les marchés ». Un slogan qui résume à lui seul l’ambition affichée, mais que l’on mesure surtout en arpentant les allées du forum. Organisé par le Centre arabo-africain pour l’investissement et le développement, il a réuni plus de 40 délégations économiques et diplomatiques.
Pour comprendre ce qui se joue réellement derrière les chiffres et les annonces, Alger16 s’est aventuré dans les luxueux halls de l’hôtel Sheraton d’Alger où se déroule l’AFIC.

Reportage réalisé par Abir Menasria

Dès les premiers pas, un constat s’impose : la diversité africaine n’est pas un concept ici, elle est tangible, visible, presque palpable. C’est d’abord l’odeur du café noir qui nous attire. Sur un stand dédié au café, Mme Engedaye Eshete présente son produit avec une aisance naturelle.
Le packaging est soigné, presque luxueux, mais c’est surtout l’odeur qui accroche les visiteurs, un mélange puissant de café et de notes boisées qui attire les curieux bien avant les explications. Elle parle de son produit avec une précision calme, sans excès, mais avec une assurance qui capte immédiatement l’attention. Autour d’elle, les échanges se font spontanés, sans barrière formelle, comme si le produit lui-même servait de langue commune.
Plus loin, M. Dato Gaas Ali, représentant de la Fondation Amoyta, présente une gamme de produits destinés aux soins des enfants et des femmes. Son discours est direct, presque sans détour. « Tout ce qui touche aux soins des femmes et des enfants est une de nos priorités absolues. Nous recherchons et éliminons tout ce qui peut être nocif, même à une concentration aussi infime que 0,09 %. » Une phrase qui résume une approche industrielle centrée sur la sécurité et la précision dans un secteur où la confiance est un capital essentiel.
Dans les allées, impossible de rater les bijoux artisanaux qui captivent les regards. Chaque pièce raconte un pays, une identité, une histoire. Ouganda, Soudan, Libye et d’autres encore exposent leurs créations, entre tradition et modernité. Les vêtements traditionnels, eux, donnent une dimension presque vivante à l’exposition. Ici, les exposants ne se contentent pas de présenter leurs produits, ils les portent. Les costumes formels ont disparu au profit des tenues nationales, transformant l’espace en une scène où l’économie se mêle à la culture. Le résultat surprend, parfois même déstabilise, mais capte immédiatement l’attention des visiteurs.
Au détour d’un autre stand, notre équipe s’arrête devant des produits 100 % locaux : Silver Chips et Pom d’Or, fabriqués en Algérie. Le responsable prend le temps de détailler chaque étape, de la sélection des pommes de terre jusqu’au produit final. Rien n’est laissé au hasard. L’histoire industrielle devient presque pédagogique. Selon lui, tout repose sur la qualité de la matière première et une transformation maîtrisée localement. Il insiste : « Nos pommes de terre sont de bonne qualité et propres, jusqu’aux racines. Pour préserver leur qualité et le croustillant recherché pour les chips, elles ne sont frites qu’une seule fois, ce qui est plus sain et garantit également une meilleure conservation. »
Un peu plus loin, on tombe sur Anis, étudiant, carnet en main, qui navigue entre les stands comme on explore un futur possible. Il échange avec la banque Al Salam, pose des questions sur le financement, les stages, les premières étapes pour transformer une idée en projet réel. Ce n’est pas un discours institutionnel, c’est quelque chose de plus brut, presque instinctif : chercher une porte d’entrée. Et en face, des réponses, des conseils, parfois même des pistes concrètes. À cet instant, le forum cesse d’être une vitrine pour devenir un point de départ.
Dans un coin de cette manifestation, l’énergie bascule clairement vers le futur. La start-up DigiRoots XR attire les curieux avec son projet Techrih, une immersion dans les technologies interactives et immersives. On ne regarde plus seulement des produits, on teste des idées, on projette des usages, on imagine des mondes numériques encore en construction. L’Afrique ne se raconte plus comme un retard à combler, mais comme un terrain d’expérimentation en train de se structurer.
L’Algérie n’est pas seulement présente dans les chiffres et les accords du forum, elle s’impose aussi par son identité visuelle et culturelle. Dans les allées, les regards s’arrêtent sur la djeba kabyle et le karakou, portés et mis en valeur par la fondatrice de la marque Sefar. Ici, on ne parle pas seulement de vêtements traditionnels, mais d’un patrimoine vivant qui circule, séduit et dialogue avec des visiteurs venus d’ailleurs. La culture devient presque un point d’entrée dans l’économie, une manière douce mais efficace de raconter un pays autrement que par ses indicateurs.

Des experts engagés pour l’Afrique
Bien sûr, les produits et les expositions attirent immédiatement le regard. Mais réduire l’AFIC à ses stands serait passé à côté de l’essentiel. Le forum prend tout son sens dans les échanges entre experts venus des quatre coins du continent, réunis autour d’un objectif commun : transformer l’ambition de l’Agenda 2063 et accélérer la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). C’est là, loin du simple décor, que se joue le cœur du débat.
Pour comprendre ce qui se décide réellement, nous avons suivi ces discussions de plus près. Elles sont techniques, parfois denses, mais une ligne directrice se dégage clairement. Trois secteurs dominent les échanges : l’agroalimentaire, l’énergie et le numérique. Des piliers classiques, mais cette année, un autre thème s’impose avec une force nouvelle, presque naturelle : la jeunesse et l’innovation. Comme si le forum avait changé de fréquence, passant d’un langage institutionnel à une logique plus vivante, plus tournée vers l’avenir.
C’est précisément ce message qu’a voulu faire passer le ministre de la Jeunesse dans une intervention brève mais sans détour où il indique que l’Algérie est un espace d’opportunités et la jeunesse en constitue le moteur central. Pas de slogans, pas de détour rhétorique. Une idée simple, presque brute : sans initiative, rien ne démarre. Sans accompagnement, rien ne survit.
Dans les débats plus larges, les experts ramènent constamment la discussion à une réalité que le continent ne peut plus esquiver : l’Afrique ne peut plus se contenter d’être un fournisseur de matières premières. Elle doit produire, transformer, créer de la valeur sur son propre sol. Dans cette équation, des institutions comme la Banque africaine d’import-export reviennent régulièrement comme des outils clés pour soutenir cette transition.
Et c’est peut-être là que le forum change vraiment de dimension. Au-delà des stands et des produits, on sent un déplacement du centre de gravité. L’AFIC n’est plus seulement un espace de discours économiques, mais un terrain où les idées s’éprouvent, où les projets prennent forme, où les ambitions quittent le papier pour affronter le réel.
Au final, l’AFIC 12 dépasse largement le cadre d’un événement protocolaire rythmé par des interventions et des signatures. Il ressemble plutôt à un moment de bascule discret mais réel, celui d’un continent qui commence à parler intégration économique non plus comme un horizon abstrait, mais comme un chantier en cours, imparfait, mouvant, mais déjà engagé.
Et c’est sans doute cela qui reste une fois les échanges terminés : la sensation qu’un mouvement est lancé. Pas encore stabilisé, pas totalement structuré, mais suffisamment concret pour ne plus pouvoir être ignoré.
Abir Menasria

ALGER 16 DZ

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