
Le Premier ministre Sifi Ghrieb a présidé, hier à Alger, la cérémonie d’inauguration d’une journée dédiée à la mise en avant de l’efficacité du guichet unique pour les entreprises à Alger.
Organisée par l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI) sous le thème « Guichet unique : de l’idée à la concrétisation », la cérémonie d’ouverture s’inscrit dans la continuité des réformes structurelles engagées par l’État pour améliorer le climat des affaires et renforcer l’efficacité de l’investissement en Algérie. L’événement a réuni plusieurs hauts responsables gouvernementaux, des membres de l’exécutif, des représentants d’organisations patronales et professionnelles, ainsi que des chefs d’entreprise.
Cette rencontre s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre des orientations stratégiques du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, visant à faire de l’investissement un levier central de la diversification de l’économie nationale. Une ambition qui repose sur la modernisation des mécanismes administratifs et la simplification des procédures, avec l’objectif de garantir un environnement plus attractif, plus lisible et plus transparent pour les investisseurs.
Dans ce cadre, la séance d’information a été consacrée à la présentation des nouvelles dispositions liées à la mise en place effective du guichet unique de l’investissement. Celles-ci portent notamment sur le renforcement des prérogatives des représentants des organismes publics concernés, la clarification de leurs missions dans l’accompagnement des porteurs de projets, ainsi que l’amélioration des délais de traitement des demandes.
L’accent a également été mis sur la délivrance plus rapide et plus efficace des autorisations et documents nécessaires à la concrétisation des projets. L’ensemble de ces mesures vise à fluidifier le parcours de l’investisseur et à consolider un environnement propice à l’investissement productif et au développement économique.
Un retour à la confiance des investisseurs
Lors de son allocution à l’ouverture des travaux, le Premier ministre Sifi Ghrieb a insisté sur la nécessité de renforcer et d’adapter en continu le cadre d’investissement, afin de l’aligner sur les mutations rapides que traverse l’économie mondiale.
Il a rappelé que les chaînes de valeur internationales sont aujourd’hui profondément reconfigurées sous l’effet des tensions géopolitiques, de la transition énergétique, de la révolution numérique et de l’accélération technologique.
Selon lui, la question du climat des affaires ne relève plus d’un simple enjeu technique ou administratif, mais constitue désormais un levier central pour attirer l’investissement productif, dynamiser les entreprises, favoriser l’intégration dans les chaînes de valeur régionales et mondiales, générer des emplois durables et assurer la rétention de la valeur ajoutée au niveau national.
Le chef de l’exécutif a également mis en avant les résultats enregistrés depuis la mise en œuvre du nouveau dispositif d’investissement, évoquant une dynamique « réelle, tangible et mesurable ». Il a indiqué que plus de 20 000 projets ont été enregistrés, pour un montant global dépassant 9 000 milliards de dinars (environ 67,5 milliards de dollars), avec à la clé la création potentielle de plus de 525 000 emplois.
Pour Sifi Ghrieb, ces indicateurs traduisent un « retour de la confiance » des investisseurs, porté par les réformes engagées et la volonté d’améliorer l’environnement économique.
Il a toutefois reconnu l’existence de certaines contraintes persistantes notamment des délais administratifs parfois longs, pouvant s’étendre sur plusieurs mois, ainsi qu’une lourdeur dans le traitement des dossiers, liée à la multiplication des pièces exigées et à un manque de coordination entre administrations.
Ces dysfonctionnements, a-t-il souligné, freinent encore la conversion rapide des projets en activités productives concrètes, appelant à une transformation en profondeur de l’approche administrative.
« Il faut passer d’un système fragmenté à un système intégré, d’une logique de procédures à une logique de résultats, et d’un accompagnement formel à un accompagnement réellement efficace », a-t-il conclu.
Un plan pour digitaliser entièrement l’investissement
De son côté, lors de sa prise de parole, le directeur général de l’Agence algérienne de promotion des investissements (AAPI), M. Omar Rekkache, a indiqué que l’agence travaille activement au lancement d’un «guichet unique numérique » dans le cadre d’un vaste chantier de numérisation des procédures liées à l’investissement, avec pour objectif de garantir aux investisseurs des démarches « claires, rapides et sécurisées ».
M. Rekkache a précisé que l’AAPI a engagé « la mise en œuvre d’un plan d’action » visant à digitaliser l’ensemble des procédures d’investissement. Ce programme inclut notamment la création d’un « guichet unique numérique », projet en cours de développement sous la supervision de la Haute-Autorité à la numérisation.
Dans ce cadre, il a souligné que cette future plateforme permettra de simplifier et de fluidifier les démarches, en offrant aux investisseurs un parcours plus lisible et plus efficace.
Pour le directeur général de l’AAPI, le fait que le Premier ministre ait présidé cette rencontre illustre l’importance accordée à la réforme du système d’investissement dans les priorités de l’État, conformément à la vision du président Abdelmadjid Tebboune visant à instaurer un climat d’investissement «sûr et attractif , fondé sur le renforcement de la confiance des acteurs économiques et sur le rôle des entreprises productives comme moteurs de croissance, de création de richesse et de création d’emplois ».
M. Rekkache a également affirmé que la mise en service du guichet intégré, ainsi que l’octroi de prérogatives élargies aux représentants des administrations concernées pour délivrer les autorisations en un seul lieu, traduisent clairement « la volonté politique de réformer le climat d’investissement et de lever les lourdeurs bureaucratiques ».
M. Rekkache a également évoqué un «programme ambitieux » visant à améliorer la qualité des services destinés aux investisseurs, à mieux répondre à leurs préoccupations et à les accompagner directement sur le terrain jusqu’à la concrétisation de leurs projets.
Insistant sur le fait que la réussite de la politique de promotion des investissements dépend étroitement de la coordination entre les différents intervenants, il a conclu en appelant au renfoncement de la dynamique collective afin de créer « un climat d’investissement attractif » capable d’encourager l’initiative et de consolider la position de « l’Algérie comme destination d’investissement prometteuse ».
Au-delà des annonces et des chiffres, cette journée dédiée au guichet unique dessine surtout une inflexion plus profonde : celle d’un système qui cherche à passer d’une logique administrative lourde à une dynamique économique plus fluide et plus réactive. Entre digitalisation des procédures, réorganisation des acteurs publics et volonté affichée de réduire les délais, l’objectif est clair : remettre la confiance et la lisibilité au centre du parcours investisseur.
Mais le véritable enjeu se joue désormais dans l’exécution. Car si les réformes posent le cadre, leur impact réel dépendra de leur mise en œuvre sur le terrain, là où les projets se débloquent ou s’enlisent. C’est précisément dans cette capacité à transformer les intentions en résultats concrets que se jouera la crédibilité du nouveau dispositif.
L’Algérie affiche ainsi une ambition nette : devenir un espace d’investissement plus compétitif, capable de capter des projets, de les accompagner efficacement et surtout de les voir aboutir. Reste à savoir si la mécanique administrative suivra le rythme de cette ambition affichée.
Abir Menasria
Deux accords pour digitaliser l’investissement
En marge de la journée d’information consacrée au renforcement du guichet unique, ouverte hier par le Premier ministre, M. Sifi Ghrieb, deux accords ont été signés entre l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI) et le Haut-Commissariat à la numérisation. Objectif : accélérer la transformation digitale du système national d’investissement et renforcer l’efficacité du futur « guichet unique numérique». La signature a été actée par le directeur général de l’AAPI, M. Omar Rekkache, et la ministre, haut-commissaire à la numérisation, Mme Meriem Benmouloud. Le premier accord concerne l’exploitation par l’AAPI des infrastructures de Cloud souverain de l’État, hébergées au Centre national des services numériques (data center). Une étape jugée stratégique, puisqu’elle vise à sécuriser et centraliser les données liées à l’investissement dans un environnement numérique national maîtrisé.
Le second accord porte sur la conception, le développement et l’interconnexion du guichet unique numérique de l’investissement, ainsi que sur les mécanismes d’échange de données entre les différentes administrations concernées. Au-delà de l’aspect technique, cette démarche s’inscrit dans le cadre de la mise en place d’un système numérique intégré, pensé pour fluidifier les procédures, améliorer la coordination interinstitutionnelle et réduire significativement les délais de traitement des projets.
Ab. M.
