Relations algéro-françaises : De Villepin appelle à tourner la page des tensions entre Paris et Alger

L’ancien Premier ministre français M. Dominique de Villepin a plaidé, dimanche dernier, dans un entretien accordé à France-Inter, pour la poursuite du rapprochement engagé entre l’Algérie et la France, estimant que les deux pays ont tout intérêt à privilégier le dialogue plutôt qu’une nouvelle phase de confrontation diplomatique.

Lors de sa prise de parole médiatique, M. De Villepin a souligné que les relations bilatérales connaissent depuis plusieurs semaines des signes d’apaisement, après une période marquée par de fortes crispations politiques et médiatiques.
Dominique de Villepin a notamment évoqué la participation officielle de la France aux cérémonies commémoratives des massacres du 8 Mai 1945 en Algérie, le retour de l’ambassadeur français à Alger, ainsi que la reprise progressive de certains mécanismes de coopération sécuritaire entre les deux pays. Selon lui, cette évolution reste essentielle dans un contexte régional particulièrement fragile, notamment au Sahel, où les questions sécuritaires et migratoires imposent une coordination plus étroite entre Alger et Paris.
« Les choses reprennent petit à petit», a affirmé l’ancien chef du gouvernement français, rappelant que « l’Algérie est un pays clé dans le Maghreb » et que la relation entre les deux États revêt une dimension « essentielle et stratégique ».
Il a insisté sur le fait que les intérêts communs dépassent largement les tensions conjoncturelles et concernent aussi bien la sécurité régionale que les échanges humains, économiques et culturels entre les deux rives de la Méditerranée.

Une réponse directe aux partisans de la fermeté
Dominique de Villepin s’est également exprimé sur les discours prônant une ligne dure vis-à-vis d’Alger, en visant particulièrement Bruno Retailleau. L’ancien ministre de l’Intérieur français avait défendu ces derniers mois une politique de fermeté à l’égard des autorités algériennes, notamment sur les questions migratoires et consulaires.
Réagissant à cette approche, Dominique de Villepin s’est interrogé sur ses résultats réels :
« Vers quoi la politique préconisée à l’époque par Bruno Retailleau a conduit ? », avant d’ajouter : « S’il veut rentrer à nouveau en guerre avec l’Algérie, je comprendrais, mais nous avons des intérêts partagés, nous avons, de part et d’autre de la Méditerranée, des hommes et des femmes dont l’avenir dépend de la qualité de cette relation.»
Pour l’ancien Premier ministre, cette posture relève davantage d’un calcul politique intérieur que d’une véritable stratégie diplomatique. Il a estimé que caricaturer les relations avec un pays étranger pouvait certes flatter une partie de l’électorat, mais ne permettait pas de résoudre les différends ni de défendre durablement les intérêts de la France.
Il a ainsi dénoncé « une posture sans issue », considérant qu’un responsable politique doit avant tout chercher à faire avancer les dossiers sensibles plutôt qu’à alimenter les tensions. Selon lui, les relations franco-algériennes nécessitent au contraire patience, dialogue et compréhension mutuelle, compte tenu de la profondeur historique qui lie les deux pays.

«Retravailler ensemble avec respect»
Dominique de Villepin a également soutenu les propos du président français Emmanuel Macron, qui avait récemment critiqué ceux appelant à une rupture avec Alger, les qualifiant de «mabouls ». Pour l’ancien ministre des Affaires étrangères, cette déclaration traduit la volonté de préserver une relation stratégique malgré les désaccords persistants.
Il a rappelé que l’histoire entre la France et l’Algérie demeure à la fois complexe et profondément marquante pour les sociétés des deux pays. « Les relations entre la France et l’Algérie ont été extrêmement difficiles, mais aussi très riches », a-t-il souligné, jugeant inutile et contre-productif de considérer qu’« il ne sert à rien de se parler et qu’il faut se taper dessus ».
Dans un contexte international marqué par les crises géopolitiques, les tensions migratoires et les enjeux sécuritaires en Afrique du Nord et au Sahel, Dominique de Villepin estime qu’il est indispensable de sortir des logiques d’affrontement systématique. Il a plaidé pour une reprise du travail commun « avec respect », tout en appelant à traiter les différends hérités du passé afin de construire une relation plus stable et durable entre Alger et Paris.
Emmanuel Macron dispose aujourd’hui de la marge politique nécessaire pour poursuivre cette dynamique de rapprochement et ouvrir une nouvelle étape dans les relations entre les deux pays.
Cheklat Meriem

ALGER 16 DZ

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